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À Évian aussi, Les Indes Galantes par Alarcón ovationnées

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Évian. Grange au Lac. 19-X-2019. Voix d’Automne. Jean-Philippe Rameau (1683-1752) : Les Indes Galantes, opéra-ballet en un prologue et quatre actes sur un livret de Louis Fuzelier. Version concertante. Avec Sabine Devieilhe, Hébé, Phani, Zima ; Edwin Crossley-Mercer, Osman, Ali, Adario ; Julie Fuchs, Emilie, Fatime ; Mathias Vidal, Valère, Don Carlos, Tacmas ; Alexandre Duhamel, Huascar, Don Alvar. Chœur de Chambre de Namur. Orchestre Cappella Mediterranea. Direction musicale : Leonardo García Alarcón.

Après les douze représentations scéniques à l’Opéra Bastille, Les Indes Galantes font une apparition concertante et à partition réduite dans le cadre du Festival des « Voix d’Automne » à Évian.

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Par rapport aux représentations parisiennes, la « version » d’Évian a été allégée (décision sage et normale pour une station thermale) d’une petite heure de musique et de quelques personnages. La redistribution de certains rôles a permis de présenter un spectacle qui semblerait se tenir si le manque de caractérisation des nombreux personnages chantés par de mêmes chanteurs, ne faisait que, passée la première demi heure, le déroulement de l’action échappe au spectateur. Exiger des chanteurs tenant deux à trois rôles de changer de costumes à chaque fois qu’ils revêtent un autre personnage est incompatible avec une version concertante. Peut-être qu’un simple chapeau, un châle de couleur différente jeté sur les épaules aurait suffit à différencier les personnages et éclaircir l’intrigue.

Ainsi il ne resterait que l’appréciation des chanteurs pour leurs performances et de l’orchestre pour sa musique. Et disons-le, trois heures de , aussi bien chantées et interprétées soient-elles, c’est long ! D’aucuns diront que la musique est belle. Certes, mais reste que cette impression d’ambiances musicales sans grandes variations de climats finit par lasser.

Le par-cœur quasi intégral permet à chaque chanteur d’aller au-delà du strict concert. A ce jeu, la soprano (Hébé, Phani, Zima) remporte la palme. Le style, la voix, la puissance, l’oser artistique, elle donne à chaque instant l’impression de chanter pour le première ou la dernière fois sur la scène. Une artiste véritable. Avec (Emilie, Fatime), si la voix reste d’une grande beauté, on se prend à imaginer d’autres couleurs que sa magnificence lyrique pour ce genre de musique. Chez les messieurs, le ténor (Valère, Don Carlos, Tacmas) jouit d’un abattage impressionnant même si parfois, une certaine dureté du timbre l’amène au bord de l’inconfort de l’auditeur. On apprécie la noblesse d’un (Osman, Ali, Adario) alors que (Huascar, Don Alvar), même si annoncé souffrant, laisse entendre une sensibilité à fleur de peau le portant (peut-être malgré lui) à une touchante personnalisation de ses personnages.

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Pourtant, la direction musicale de est on ne peut plus vivante. Tout son corps participe à l’expression musicale. Nul ne peut ignorer ses intentions tant il est expressif. Et il sourit, et il rit, et il s’agite, sautille, se tortille. En un mot, il swingue comme il vit cette musique. L’orchestre est, de son côté, un ensemble magnifique de précision et de couleurs. Bien évidemment, les nombreuses répétitions, les représentations scéniques ont préparé cet ensemble de la plus belle des façons.
Parfois la monotonie musicale citée plus haut est rompue par des interventions aux sonorités champêtres comme cette soudaine apparition d’une musette. C’est un moment de charme presque irrésistible. Une récréation. Puis, plus loin, c’est une flûte jouant depuis les rangs du public et dialoguant avec une des solistes. Plus loin encore, ce sont des trompettes cuivrantes à souhait qui soudain mettent de l’or dans l’orchestre. Enfin quand retentit la danse du Grand Calumet de la Paix, le seul air qu’on est encore capable de fredonner à l’issue de ces heures de musique, le public ovationne joyeusement l’orchestre et les solistes en reprenant en chœur les mots de cette danse.

L’orchestre, le chef, les chanteurs, tous superbes mais le est à mettre au pinacle des artistes de ce concert. La quarantaine de choristes ont rejoint une perfection qu’on entend que très rarement, les meilleurs ensembles vocaux actuels se contentant d’obtenir des couleurs vocales en oubliant (comme souvent les solistes eux-mêmes) l’importance de l’articulation des mots. Avec le , leur préparation est telle que toutes les paroles qu’ils chantent sont parfaitement intelligibles. Et quand on sait les difficultés de la langue française chantée, on ne peut qu’admirer l’exceptionnelle prestation de ces artistes.

Crédit photographique : © Aline Paley

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Évian. Grange au Lac. 19-X-2019. Voix d’Automne. Jean-Philippe Rameau (1683-1752) : Les Indes Galantes, opéra-ballet en un prologue et quatre actes sur un livret de Louis Fuzelier. Version concertante. Avec Sabine Devieilhe, Hébé, Phani, Zima ; Edwin Crossley-Mercer, Osman, Ali, Adario ; Julie Fuchs, Emilie, Fatime ; Mathias Vidal, Valère, Don Carlos, Tacmas ; Alexandre Duhamel, Huascar, Don Alvar. Chœur de Chambre de Namur. Orchestre Cappella Mediterranea. Direction musicale : Leonardo García Alarcón.

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