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Jean-Claude Gallotta et l’Ensemble Justiniana : Makil, la tribu qui chante

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Vesoul. Théâtre Edwige Feuillère. 5-XI-2019. Henri Torgue (né en 1957), Serge Houppin (né en 1957), Franz Schubert (1797-1828) : Makil, la tribu qui chante. Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta, assisté de Théophile Alexandre, Mathilde Altaraz. Dramaturgie : Claude-Henri Buffard. Lumières : Gérard Champlon. Interprétation : Enfants et adolescents de l’Atelier chant-danse-théâtre (chefs de chœur : Mylène Liebermann, Pierre Frantz) du Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul

Cette commande de l’ permet au chorégraphe de revisiter une (ultime ?) fois son mythique Mammame de 1985. Une recréation qui repose entièrement sur les épaules d’enfants et d’adolescents.

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D’abord intitulé Le désert d’Arkadine, puis Les enfants qui toussent (1986), Mammame-Montréal (1987), fut re-créé en 1998, en 2002, et complété par L’Enfance de Mammame la même année. La pièce a également inspiré en 1986 un film au visionnaire Raoul Ruiz.

À Vesoul, les Mammame deviennent les Makil. Trente-quatre ans plus tard, il s’agit toujours de la même et vibrionnante tribu en short sable et maillot de peau. L’angoisse existentielle effleurée par un bref prologue à discrète visée écologique (chuchoté par le chorégraphe en personne) laisse la place au mouvement de la vie, de l’amour. Chez les Makil, le « vivre ensemble » est un art de vivre. Les adultes de jadis qui s’ébattaient déjà comme des enfants (Gallotta lui-même y intriguait d’ingénuité) laissent à ces derniers, possédés par la même énergie que leurs aînés, la possibilité de s’ébattre comme des adultes. Vingt-huit enfants se hissent, avec l’aide de et , dans le style libertaire du chorégraphe. On est loin d’une adaptation « pour enfants » et c’est probablement ce qui fait la beauté étreignante du spectacle. Un travail d’un an a conduit à ce Makil d’une petite heure mais d’une grande charge émotionnelle.

Dans une scénographie dépouillée, entre ombre et lumière, l’image phorique originelle d’un colosse blond déposant avec une infinie délicatesse au sol une minuscule danseuse annonce combien le spectacle, jusqu’à la bouleversante étreinte finale, aura été, au fil d’un projet ouvert à tous les enfants (aucune sélection n’a été effectuée), celui de toutes les différences. Possédé par une énergie jamais prise en défaut, chaque danseur conserve son individualité, conduisant le regard du spectateur à se laisser ballotter par la variété et la grâce des propositions qui émergent de cette vague collective.

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Charpenté sur le squelette de Mammame, Makil est une quasi-création sur le plan musical. , directrice de l’, et à l’origine de l’aventure, a conduit les compositeurs Henri Torgue et Serge Houppin, rouages essentiels du Groupe Émile Dubois fondé par Gallotta en 1979, à la ré-écriture. La nouvelle partition, plus resserrée, plus belle, très certainement la plus aboutie de tous les Mammame, est l’autre grand attrait de la soirée. Elle inclut quatre pièces destinées à l’Atelier chant-danse-théâtre du Théâtre Edwige Feuillère, et chantées en kreul, cette langue créée, à l’instar de celle de Dogora du regretté Étienne Perruchon, par la tribu dansante de Gallotta. Ce sont de superbes réussites (la dernière est heureusement bissée) et les voix de la jeunesse, parfaitement préparées (Mylène Liebermann et Pierre Frantz), y font merveille. Tribales et ultra-mélodiques, elles émergent avec aplomb d’un environnement sonore électronique, tissé d’envoûtantes nappes planantes, donnant çà et là parole à de séduisants solos de piano, à la sublime éclaircie de l’Andante con moto de la Neuvième de Schubert.

Juste avant la représentation, le Théâtre Edwige Feuillère, que dirige également , déjà estampillé Scène conventionnée Voix d’enfants/Espace scénique, s’est vu adoubé Pôle d’excellence de la Région Bourgogne-Franche-Comté, par la DRAC, les Collectivités, et même l’Éducation Nationale. Ce n’est que justice pour un théâtre qui, depuis 2009, toute l’année, et même un mois complet en Mai, ouvre grand sa porte et les dimensions de sa scène à l’Enfance.

Crédits photographiques : © Yves Petit

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Vesoul. Théâtre Edwige Feuillère. 5-XI-2019. Henri Torgue (né en 1957), Serge Houppin (né en 1957), Franz Schubert (1797-1828) : Makil, la tribu qui chante. Chorégraphie : Jean-Claude Gallotta, assisté de Théophile Alexandre, Mathilde Altaraz. Dramaturgie : Claude-Henri Buffard. Lumières : Gérard Champlon. Interprétation : Enfants et adolescents de l’Atelier chant-danse-théâtre (chefs de chœur : Mylène Liebermann, Pierre Frantz) du Théâtre Edwige Feuillère de Vesoul

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