Comédies musicales, La Scène

Yes ! par Les Brigands : partie fine

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Besançon. Les 2 Scènes-Scène nationale de Besançon. Théâtre Ledoux. 14-XI-2019. Maurice Yvain (1891-1965) : Yes !, opérette en trois actes sur un livret de Pierre Soulaine et René Pujol. Lyrics : Albert Willemetz. Mise en scène : Vladislav Galard et Bogdan Hatisi. Scénographie : François Gauthier-Lafaye. Lumière : Yvon Julou. Costumes : Benjamin Moreau. Avec : Clarisse Dalles, Totte ; Caroline Binder, Loulou/Clémentine ; Emmanuelle Goizé, Marquita Negri ; Anne-Emmanuelle Davy, Madame de Saint-Aiglefin ; Gilles Bugeaud, Monsieur de Saint-Aiglefin ; Eric Boucher, René Gavard ; Célian d’Auvigny, Maxime Gavard ; Mathieu Dubroca, César ; Flannan Obé, Roger. Matthieu Bloch, contrebasse ; Thibault Perriard, percussions, piano ; Paul-Marie Barbier, piano, vibraphone et direction

Après Hervé et Messager, c’est Yvain que le Palazzetto Bru Zane met à l’honneur en remontant Yes !. s’emparent avec leur coutumière fantaisie de cette opérette des Années folles.

Ainsi que le pointe le programme subtilement détaillé du Palazzetto, Yes !, opérette mâtinée de jazz naissant, est un des antidotes d’une époque (l’entre-deux-guerres) noyée, au choix, dans les « brumes wagnériennes » ou les « brouillards debussystes ». composa Yes ! en quelques mois, de novembre 1927 à janvier 1928. La partition, joliment troussée, élégante et légère, révèle quelques perles : à l’éponyme Yes !, seul rescapé de l’oubli, nous préférerons le parodique trio offenbachien « Il faut chercher » et surtout le si original et si ensorcelant « Ou ou » au cœur de l’Acte II.

Tiré d’un roman de Pierre Soulaine, déjà malicieusement intitulé Totte et sa chance, Yes ! combine les clichés du théâtre de boulevard chers à Feydeau. Tout commence un lendemain de « partie fine » dans l’appartement de Maxime Gavard, riche héritier de René Gavard, roi du vermicelle. Un désordre plus qu’apparent, posé sur un podium qui pourrait être un 78 tours, et sous quelques oripeaux historiques de 1929 (une affiche des Folies Bergères, une autre à la gloire de l’ascension mussolinienne) fait apparaître un à un les personnages. Maxime, nu comme un ver, émerge au bras de Loulou, cocotte de passage, et se voit sommé par son magnat de père, sous peine d’être déshérité, d’épouser la fortune d’une riche brésilienne qu’il n’a jamais vue. Peu intéressé, car il est amoureux de Madame de Saint-Aiglefin, le jeune homme va opter pour un stratagème qui lui fera conclure un mariage blanc avec sa manucure Totte. Quelques jeux de l’amour et du hasard plus loin, le « mariage pour rire » deviendra « un mariage pour de bon ». Tout rentrera joyeusement dans l’ordre au terme d’une intrigue voyageuse qui aura fait apparaître, en contrepoint de ce monde de nantis, et dans un décor transformiste (le disque se fracture au II devant un paysage maritime) le rêve de gloire lyrique d’un coiffeur, l’espoir politique d’un domestique communiste, la gouaille d’une demandeuse d’emploi (rôle dans lequel Arletty se glissa avec aisance).

On est toujours heureux de retrouver . Avec eux, il faut aimer rire, bien sûr, et, ce qui fait de la soirée un moment des plus fréquentables, il ne faut pas être effarouché par le second degré. Transcendant la modestie des moyens, la mise en scène de et fait feu de tous les corps offerts par une épatante troupe de chanteurs, dont certains sont les piliers de la compagnie. On connaît bien le chant stylé et le jeu malicieux de , on s’impatiente jusqu’à l’irruption, en Joséphine Baker latino, de l’hilarante . Le plaisir est grand de retrouver la mécanique horlogère du jeu et la voix si amusante de , la classe d’, on savoure le baryton clair de , très émouvant rêveur de justice sociale, le talent assuré de , passant incognito d’une incarnation à l’autre. Quant au couple d’amoureux, le soprano agile de donne une jolie réplique au Maxime virevoltant de Célian d’Auvigny, ce dernier passant avec aisance une grande partie de la soirée lesté du souci de ne pas grever le budget costumes. Ramenée, moyennant quelques coupures, à deux heures sans entracte, l’action, étourdissante, nécessite une vigilance sans faille du spectateur, au risque (notamment en fin d’Acte II) de l’ensevelissement dans l’avalanche logorrhéique.

En référence au célèbre duo formé à l’époque par Jean Wiéner et Clément Doucet, la partition ne prévoit que deux pianos. Cette version originale qui valut à Yes ! un beau succès, fut suivie, dans la foulée, de deux orchestrations (une adaptation pour un effectif de 12 instrumentistes de jazz, puis pour un orchestre de 35 musiciens et deux pianos) toutes deux perdues aujourd’hui. Grand moment de la soirée, la version musicale présentée au Théâtre Ledoux (deux pianos, contrebasse, vibraphone et percussions) a décidé de se mettre elle aussi en scène. On comprend vite que les trois musiciens, d’abord en très petite tenue, et se rhabillant progressivement, ont voulu jouer la « partie fine » introductive avec leurs petits camarades chanteurs. Un peu comme la coccinelle de Gotlib, ils sont à l’origine de nombreux gags musicaux. Mention spéciale au percussionniste, bien décidé à frapper sur tout ce qui passe à sa portée : des cuillères à thé dans leur tasse, des baguettes forcenées qui continuent de frapper au sol, des maracas agitées de l’intérieur des poches du musicien transformé en danseur malgré lui.

Le programme, pas en reste d’humour lui aussi, constate : « Yvain ne fait pas partie de ces compositeurs qu’on ne présente plus. » Le cinéphile contemporain le connaît même davantage (Pas sur la Bouche d’Alain Resnais en 2003, c’est lui) que le mélomane. La partie fine jouée par Les Brigands devrait rétablir l’équilibre.

 

Crédits photographiques : © Michel Slomka

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Besançon. Les 2 Scènes-Scène nationale de Besançon. Théâtre Ledoux. 14-XI-2019. Maurice Yvain (1891-1965) : Yes !, opérette en trois actes sur un livret de Pierre Soulaine et René Pujol. Lyrics : Albert Willemetz. Mise en scène : Vladislav Galard et Bogdan Hatisi. Scénographie : François Gauthier-Lafaye. Lumière : Yvon Julou. Costumes : Benjamin Moreau. Avec : Clarisse Dalles, Totte ; Caroline Binder, Loulou/Clémentine ; Emmanuelle Goizé, Marquita Negri ; Anne-Emmanuelle Davy, Madame de Saint-Aiglefin ; Gilles Bugeaud, Monsieur de Saint-Aiglefin ; Eric Boucher, René Gavard ; Célian d’Auvigny, Maxime Gavard ; Mathieu Dubroca, César ; Flannan Obé, Roger. Matthieu Bloch, contrebasse ; Thibault Perriard, percussions, piano ; Paul-Marie Barbier, piano, vibraphone et direction

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