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Concert franco-britannique à l’Auditorium Marcel Landowski

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Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR. 19-XI-2019. Maël Bailly (né en 1988) : Six miniatures pour sextuor ; Hilda Pardes (née en 1957) : Siphonophorae pour six instruments (3 cordes, flûte, clarinette piano ; Rebecca Saunders (née en 1967) : Stirring Still I pour clarinette, flûte alto, hautbois, crotales et piano ; François Paris (né en 1961) : À propos de Nice, musique sur le film muet éponyme de Jean Vigo. Ensembles Court-Circuit et Birmingham Contemporay Music Group. Direction : Jean Deroyer

Les musiciens du Birmingham Contemporary Music Group sont sur scène avec ceux de Court-Circuit dans ce concert-échange « Outre-Manche », mêlant pièces instrumentales et musique à l’image. 

siphonophore

Compositeur mais aussi altiste et improvisateur, écrit ses Six Miniatures pour sextuor en 2015, alors qu’il est encore étudiant au Conservatoire de Paris dans la classe de . Le piano est préparé et le saxophone soprano a pris la place de la clarinette. L’écriture y est ciselée, cette musique de gestes balançant entre traits énergétiques et équilibre qui menace toujours de se rompre. Elle fonctionne parfois en boucles, laissant l’auditeur se délecter un instant des alliages subtils de timbre, car tout est très fugitif, acrobatique pourrait-on dire, dans l’univers de ce compositeur qui aime travailler avec les circassiens. Chaque Miniature invite une formation différente, du sextuor, qui débute et termine la pièce, au duo (alto/flûte, flûte/violoncelle), du quatuor (flûte, violon, saxophone et piano) au trio à cordes, engageant la virtuosité de chaque instrumentiste : une manière, dit dans sa note d’intention, de faire vivre une idée sous différents éclairages.

Précisons d’abord que le Siphonophorae, titre de la pièce de la compositrice mexicaine , est ce cnidaire des eaux chaudes, un animal composé de milliers d’individus qui vivent en colonie arrangée en chaîne : « des masses de tentacules imbriqués de formes et de couleurs différentes » nous dit encore Paredes : une image qui nous fait mieux tendre l’oreille vers cette matière sonore fractale, foisonnante, bruitée, étrange et cependant organique, qu’engendre l’écriture de la compositrice avec les six instruments convoqués (trio à cordes, flûte, clarinette et piano). Il faut l’oreille bien exercée de pour donner forme à ce projet sonore un rien risqué.

La préoccupation est d’ordre spatial dans Stirrings Still 1 (2006) de la Londonienne , qui s’inspire de l’ouvrage éponyme de Beckett pour imaginer le dispositif et la spécificité sonore de sa composition : clarinette et flûte sont à cour et à jardin, le piano au centre du plateau, hautbois et jeu de crotales à distance, à hauteur du public. Des citations de l’écrivain sont reportées sur la partition, comme des didascalies pour mettre le son en scène : « La lumière est infiniment faible, c’est vrai, maintenant plus qu’un simple murmure / Certaines choses ne vont bientôt plus bouger ». Une même épure règne au sein de l’écriture « intensément fragile » : les multiphoniques délicats de la clarinette fusionnent avec les sons tremblés de la flûte, le hautbois est légèrement plus coloré tandis que l’archet frotté sur les crotales, comme les résonances du piano joué dans les cordes, apportent ce « calme enveloppant » suggéré par Beckett. La magie opère dans une salle plongée dans l’obscurité où s’instaure entre public et musiciens la même poésie de l’écoute.

On connait le film muet de , À propos de Nice, dont la facture audacieuse et avant-gardiste (cette vue aérienne de la ville en 1929 par exemple)  est étonnante. , installé lui-même à Nice où il dirige le Cirm (Centre National de Création Musicale), en signe la partition musicale en 2005. Dans sa note d’intention très argumentée, le compositeur précise qu’il n’a pas voulu commenter les images de Vigo. Il s’agit davantage d’un dialogue avec elles au sein d’une partition « qui ne colle pas systématiquement au film mais qui respire avec lui ». De fait, le rapport  à l’image très personnel peut surprendre, telles ces détonations guerrières lorsque Vigo filme la bourgeoisie oisive de la ville ou encore ces textures « flottantes » des bois, superbes au demeurant, en contrepoint du jeu de jambes très suggestif de jeunes filles aguicheuses. Si la qualité de l’image n’est pas optimale ce soir, la restitution sonore est remarquable, consacrant la réunion des deux ensembles sous la direction experte de .

Crédits photographiques : Siphonophora © Alexander Semenov

 

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Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR. 19-XI-2019. Maël Bailly (né en 1988) : Six miniatures pour sextuor ; Hilda Pardes (née en 1957) : Siphonophorae pour six instruments (3 cordes, flûte, clarinette piano ; Rebecca Saunders (née en 1967) : Stirring Still I pour clarinette, flûte alto, hautbois, crotales et piano ; François Paris (né en 1961) : À propos de Nice, musique sur le film muet éponyme de Jean Vigo. Ensembles Court-Circuit et Birmingham Contemporay Music Group. Direction : Jean Deroyer

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