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Coup d’envoi d’Innovasound au Centquatre de Paris

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Paris.Festival Innovasound . Le Centquatre . 22 et 23-XI-2019
22-XI : Salle 400 ; Electrosounds : eRikm (né en 1970) : ElectroA ; Compagnie d’Autres Cordes : Frank Vigroux (né en 1973) et Antoine Schmitt (né en 1961) : Chronostasis-Concert A/V
23-XI : salle 200 ; Poeticsounds : 11h : Matthias Pintscher (né en 1971) : Study II for Treatise on the Veil pour trio à cordes ; J.S. Bach (1685-1750) : Variations Goldberg, BWV 988, arrangement pour trio à cordes ; Joan Magrané Figuera (né en 1988) : Fantaisie à trois (CM) pour trio à cordes ; Kaija Saariaho (né en 1952) : Cloud Trio pour trio à cordes. Trio Sacher.
16h : Ivan Fedele (né en 1953) : Imaginary Sky-lines pour flûte et harpe ; Salvatore Sciarrino (né en 1947 : L’Addio a Trachis, pour harpe ; Let me die before I wake, pour clarinette ; Olga Neuwirth (né en 1968) : Spleen, pour clarinette basse ; John Cage (1912-1992) : 4’33, Tacet pour n’importe quel instrument ou combinaison d’instruments ; Luciano Berio (1925-2003) : Autre fois. Berceuse canonique pour Igor Stravinsky, pour flûte, clarinette et harpe ; Matthias Pintscher (né en 1971) : Beyond (a system of passing), pour flûte ; Toshio Hosokawa (né en 1955) : Arc-Song, pour hautbois et harpe ; Harrison Birtwistle (né en 1934) : Pulse Sampler, pour hautbois et claves. Solistes de l’Ensemble Intercontemporain : Martin Adamek, clarinette; Sophie Cherrier, flûte ; Samuel Favre, percussion ; Philippe Grauvogel, hautbois ; Valeria Kafelnikov, harpe

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    Trois jours de musique immersive, en partenariat avec le salon Virtuality installé au Centquatre, c’est ce que nous propose Innovasound, un nouveau festival emmené par le dynamique qui lance une première édition très prometteuse.

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    Invitant le public dans ce lieu pluridisciplinaire de la culture qu’est Le Centquatre, Innovasound entend « construire et diversifier les espaces de diffusion et de valorisation des artistes et des œuvres en développant des expériences événementielles innovantes pour tous les publics » : c’est une déclaration à valeur de manifeste de son directeur et programmateur qui bénéficie du soutien de la Spedidam (organisme de gestion collective des droits de Propriété Intellectuelle des artistes-interprètes) et de son réseau labellisé dans lequel Innovasound s’inscrit désormais. Á côté des concerts proposés durant ces trois jours festifs, auxquels le public du salon a le libre accès, le festival s’implante au sein même de Virtuality (le salon de la réalité virtuelle et des technologies immersives) avec un espace dédié – le Village Innovasound –  où l’on peut découvrir et tester diverses applications technologiques en lien avec le monde sonore (Double Jack, Embodme, Culture concept, etc.) et rencontrer les acteurs de nombreuses entreprises culturelles.

    Côté son, le festival décline la thématique de l’immersion, celle de l’écoute qui nous submerge et nous déconnecte de la réalité. Quatre concerts sont à l’affiche de la manifestation, qui diversifient tout à la fois les sources et les univers sonores, en mêlant différentes pratiques et esthétiques : Immersion mixte avec Mixsounds qui ouvre le festival en convoquant sur scène les instruments et un dispositif électronique et visuel. A côté des œuvres mixtes de Maresz, Matalon et Romitelli, Gilbert Nouno, cositeur, artiste sonore, pédagogue et chercheur émérite donne Slightly Nothing (« Presque rien ») pour alto virtuel, électronique live et vidéo, la première des deux créations mondiales du festival.

    Les instruments relèvent des nouvelles technologies le lendemain, avec une immersion digitale et numérique cette fois, dans une salle 400 transfigurée par la magie des lumières. Si a abandonné les platines dans Electro A, il poursuit avec la même dextérité et souplesse féline l’exploration d’une matière sonore qu’il sculpte en direct, louvoyant entre machines analogiques et sons de synthèse : musique éphémère ou plus insistante, elle capte notre écoute et nous raconte une histoire que la voix, parlée et traitée, vient ponctuer dans une dernière séquence très réussie.

    Chronostasie  (« Arrêt du temps » ) est une performance audio-visuelle de (musique live) et (images live), un voyage auriculaire et spectaculaire dans un espace-temps virtuel où la matière toujours mouvante participe des évolutions et révolutions des deux univers en mouvement. Si le flux des images numériques en 3D ne manque pas d’impressionner, les trames puissantes que génère la musique de , et la richesse des strates sonores dont il soigne les textures ne cèdent en rien à notre attention. Les chocs lourds dans un espace de résonance démultiplié projettent d’étonnantes images sonores qui viennent contrepointer celles de l’écran.

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    L’immersion est poétique, le troisième jour, avec deux concerts acoustiques, invitant une écoute au cœur du son des instruments. Sur la scène du Centquatre, ce samedi matin à onze heures, le jeune Trio Sacher, estampillé Génération Spedidam depuis 2016, a élaboré un programme sur mesure, où Bach coudoie la création contemporaine. Eun Joo Lee, violon, Vladimir Perčević, alto et Gauthier Broutin, violoncelle se sont rencontrés dans la classe du DAI contemporain du Conservatoire de Paris et se consacre aux musiques des XXᵉ et XXIᵉ siècles sans pour autant délaisser le répertoire.

    Si le choix des Variations Goldberg dans leur transcription pour trio à cordes ne nous convainc pas totalement, la « plongée » dans l’univers silencieux de qu’ils opèrent avec Study II for Treatise on the Veil est saisissante. Autre musique liminale invitant à une écoute aigüe, Fantaisie à trois du Catalan est la seconde création mondiale du festival. On sent sous les archets des trois jeunes artistes une familiarité avec cette musique délicate, aux textures fragiles qu’ils restituent avec une grande sensibilité. Ils terminent leur concert avec Cloud Trio de où l’aisance du geste et l’intelligence du jeu servent avec bonheur cette musique suggestive et colorée.

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    Last but not least
    , ce sont les solistes de l’Intercontemporain qui viennent clôturer le festival avec un programme en solo, duo et trio réservant quelques surprises, tel ce trio très silencieux, malgré le geste incitatif du « chef » , pour flûte, hautbois et piano de , 4’33, « joué » ce soir en trois mouvements. Parmi les huit autres pièces, toutes superbement défendues par les interprètes, citons d’abord Spleen pour clarinette basse, magnifique trajectoire narrative d’, seule compositrice à figurer sur cette affiche beaucoup trop masculine! Les deux partitions de , L’Addio a Tracis pour harpe (Valeria Kafelnikov) et Let me die before I wake pour clarinette (Martin Adamek) retiennent toute notre attention : musique de l’effleurement, du grésillement et de l’oscillation, dont les interprètes nous communiquent l’intensité émotionnelle. Beyond (a system of passing) de explore les connexions entre le souffle et le son, engageant une virtuosité inouïe sous les doigts de . Imaginary Sky-lines pour flûte et harpe d’ séduit par les couleurs et la délicatesse de la « toile sonore » que tissent les deux instruments. Le percussionniste revient sur scène, toujours dos au public, avec une paires de claves dans les mains. Dans Pulse Sampler d’,  c’est le percussionniste qui indique les tempi au hautboïste – réactif – au sein d’une pièce brillante et un rien théâtrale sur laquelle s’achève ce panorama éblouissant des musiques des XXᵉ et XXIᵉ siècles.

    Crédit photographique : © Festival Innovasound

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    Paris.Festival Innovasound . Le Centquatre . 22 et 23-XI-2019
    22-XI : Salle 400 ; Electrosounds : eRikm (né en 1970) : ElectroA ; Compagnie d’Autres Cordes : Frank Vigroux (né en 1973) et Antoine Schmitt (né en 1961) : Chronostasis-Concert A/V
    23-XI : salle 200 ; Poeticsounds : 11h : Matthias Pintscher (né en 1971) : Study II for Treatise on the Veil pour trio à cordes ; J.S. Bach (1685-1750) : Variations Goldberg, BWV 988, arrangement pour trio à cordes ; Joan Magrané Figuera (né en 1988) : Fantaisie à trois (CM) pour trio à cordes ; Kaija Saariaho (né en 1952) : Cloud Trio pour trio à cordes. Trio Sacher.
    16h : Ivan Fedele (né en 1953) : Imaginary Sky-lines pour flûte et harpe ; Salvatore Sciarrino (né en 1947 : L’Addio a Trachis, pour harpe ; Let me die before I wake, pour clarinette ; Olga Neuwirth (né en 1968) : Spleen, pour clarinette basse ; John Cage (1912-1992) : 4’33, Tacet pour n’importe quel instrument ou combinaison d’instruments ; Luciano Berio (1925-2003) : Autre fois. Berceuse canonique pour Igor Stravinsky, pour flûte, clarinette et harpe ; Matthias Pintscher (né en 1971) : Beyond (a system of passing), pour flûte ; Toshio Hosokawa (né en 1955) : Arc-Song, pour hautbois et harpe ; Harrison Birtwistle (né en 1934) : Pulse Sampler, pour hautbois et claves. Solistes de l’Ensemble Intercontemporain : Martin Adamek, clarinette; Sophie Cherrier, flûte ; Samuel Favre, percussion ; Philippe Grauvogel, hautbois ; Valeria Kafelnikov, harpe

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