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Mozart par Blomstedt et la Radio bavaroise, une cure de jouvence

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Munich. Philharmonie. 20-XII-2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 39 KV. 543 ; Grande Messe en ut mineur KV. 427/417a. Christina Landshamer, Tara Erraught, sopranos ; Robin Tritschler, ténor ; Jóhann Kristinsson. Chœur et orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Herbert Blomstedt.

Rien de pire chez Mozart que la routine ; ici, des œuvres si bien connues retrouvent la fraîcheur des premières fois. vient chaque saison diriger l’orchestre de la Radio bavaroise, de nombreux enregistrements en témoignent ; cette fois, le chœur se joint à eux pour un programme entièrement consacré à Mozart.

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Même si le geste du chef s’est raidi avec les années, il n’y a aucun doute que ce que le public entend ce soir est bien en tout point conforme aux choix interprétatifs de Blomstedt, à la fois immédiatement compréhensibles et très personnels. Dès l’introduction lente de la Symphonie n° 39, la densité du discours est frappante : rien d’empesé dans cette solennité, bien au contraire. Blomstedt va de l’avant :

L’interprétation des deux mouvements suivants accentue le contraste entre eux de façon frappante. Ce n’est pas tellement une question de tempo (certes, l’Andante con moto est plutôt lent, mais le moto, le mouvement, est bien là) qu’une question de couleurs : le mouvement lent est une merveille d’émotion, pudique et intense, avec ces délicates nuances hivernales que Blomstedt sait utiliser mieux que personne ; la dynamique elle aussi est très retenue. Au contraire, le menuet et trio ne boude pas les plaisirs simples de la danse et des couleurs vives – sans excès naturellement, sans qu’il soit besoin d’aller toujours plus vite et toujours plus fort. Mais le son très rond de la clarinette solo fait irrésistiblement penser à de la musique populaire, et la danse est bien là, une danse stylisée et élégante, sans débordements mais non sans séduction.

Le finale est de la même eau : on l’a déjà entendu, c’est certain, plus énergique et plus rapide, mais rarement aussi limpide, aussi léger dans son élégance bondissante. Nul doute que ce concert viendra compléter, chez l’excellent éditeur discographique propre à la Radio bavaroise, les symphonies n° 40 et n° 41 déjà publiées, avec ici une plus grande réussite encore.

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Blomstedt choisit pour cette symphonie un effectif relativement réduit (environ 45 musiciens) ; des cordes supplémentaires s’y ajoutent dans la Grande messe en ut mineur qui suit l’entracte, quitte à les laisser au repos là où la puissance sonore ne le justifie pas. La relation privilégiée de Blomstedt avec cet orchestre s’entend constamment : que l’Orchestre de la Radio Bavaroise fasse partie de l’élite européenne, c’est entendu, mais un tel orchestre connaît avec certains chefs des moments de grâce où ils repoussent leurs limites ; ce soir est un de ces moments.

Au cours de cette messe, on se prend parfois à penser que le Requiem n’est pas si loin, tant Blomstedt lui donne de sévère grandeur. Le Qui tollis est poignant, et les invocations Miserere nobis ne sont pas des figures de style. Dès les premières mesures, les choses sont claires : là où d’autres ne semblent y voir que des fioritures, Blomstedt anticipe avec ces figures de cordes l’imploration du chœur dans le Kyrie ; jamais l’orchestre ici ne devient un simple accompagnement du chœur, et le travail très minutieux sur la dynamique préserve constamment les équilibres.

Il est heureux que l’orchestre et le chœur offrent tant à l’auditeur : les solistes sont aujourd’hui d’une grande discrétion, qui n’en fait pas une concurrence bien terrible pour le chœur, qui privilégie ce soir à fort juste titre la transparence et la Christina Landshamer chante le célèbre Et incarnatus est avec plus d’élégance que d’intensité, le jeu chambriste des trois vents solistes qui l’ont rejointe en front de scène étant ici le plus intéressant. C’est Anna Lucia Richter qui devait dialoguer avec elle ; c’est une mezzo qui la remplace, , ce qui est pour le moins inhabituel dans cette œuvre, et il faut bien dire que le déséquilibre sonore qui en résulte perturbe les habitudes d’écoute : le Laudamus te où elle est seule est un beau moment, mais sa voix prend vite le pas sur celle de ses collègues dans les passages en duo ou trio.

a certes beaucoup joué le répertoire post-romantique, mais il n’a pas renoncé pour autant au répertoire antérieur : avec ce Mozart plein de sève, aussi vivant qu’émouvant, il offre au public un miracle musical qui console de tant d’interprétations en série qui finiraient presque par faire douter de Mozart.

Crédits photographiques © Astrid Ackermann

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Munich. Philharmonie. 20-XII-2019. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 39 KV. 543 ; Grande Messe en ut mineur KV. 427/417a. Christina Landshamer, Tara Erraught, sopranos ; Robin Tritschler, ténor ; Jóhann Kristinsson. Chœur et orchestre symphonique de la Radio bavaroise ; direction : Herbert Blomstedt.

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