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L’Itinéraire et Meitar sous la conduite de Pierre-André Valade

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Paris. Auditorium Marcel Landowski. 7-I-2020. Talia Amar (née en 1989) : Reverberations, pour ensemble et électronique ; Grégoire Lorieux (né en 1976) : Deep Adaptation, pour ensemble et électronique ; Ziv Cojocaru (né en 1977) : XoOx..! Formus Agitatus, pour ensemble ; Ofer Pelz (né en 1978) : Do bats eat cats?, pour ensemble ; Hugues Dufourt (né en 1943) : L’Europe d’après Tiepolo, pour ensemble. Ensemble L’Itinéraire : Anne Mercier, violon ; Lucia Peralta, alto ; Myrtille Hetzel, violoncelle ; Christophe Bredeloup, percussion ; Meitar Ensemble : Hagar Shahal, flûte ; Jonathan Hadas, clarinette ; Nadav Cohen, basson ; Amit Dolberg, piano ; Eran Borovich, contrebasse. Direction : Pierre-André Valade

Concert-échange, avec L’Itinéraire cette fois, qui croise ses forces avec celles de l’. Le programme, sous la conduite de , invite compositeurs israéliens et français, tous présents dans l’Auditorium du CRR, et affiche trois créations parisiennes.

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On connait les Meitar, qui se sont déjà produits en France sous la direction du même , chef en résidence auprès de l’ensemble depuis six ans. La stricte parité règne ce soir au sein des musiciens (cinq de chaque phalange) dans un concert réservant de belles découvertes.

La compositrice , à peine trente ans, convoque l’ensemble instrumental et l’électronique dans Reverberations, une pièce où s’entend « un écho de mes œuvres précédentes » nous dit-elle. On est d’emblée saisi par la puissance du geste et l’univers habité, auquel l’électronique subtilement intégré confère une envergure orchestrale. L’écriture y est ciselée, ménageant de superbes solos (clarinette basse, basson) au sein d’une dramaturgie bien conduite et une belle maîtrise de l’espace : une révélation sans aucun doute, à laquelle Pierre-André Valade et les musiciens apportent tout leur soin.

Très attendue, la création de Deep Adaptation de intègre également l’électronique. Compositeur et réalisateur en informatique musicale à l’, qui assure aujourd’hui la co-direction de L’Itinéraire, conçoit une pièce d’envergure (près de 25′), « pensée comme un rituel d’invocation aux oiseaux disparus », formule-t-il dans sa note d’intention. Intrigante et sinueuse, l’écriture procède au départ par courts fragments de caractère narratif, ménageant divers solos où la percussion – vaillant Christophe Bredeloup – est très sollicitée. L’électronique est envisagée comme une seconde voix, conférant à l’ensemble instrumental sa dimension spectrale autant qu’onirique. Au sein d’une trajectoire qui cherche et qui se cherche, maintenant la tension de l’écoute en dépit des tours et détours, se déploient de belles séquences-oiseaux dans une polyphonie complexe où le piano solo (Messiaen demeure) se fait entendre. Fruit d’un long processus œuvrant à la fusion des timbres et de l’électronique, l’image spectrale envoûtante dévoilée dans la dernière partie de l’œuvre darde ses couleurs, entretenue par une percussion active et résonnante.

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Courte et concentrée, la pièce de , XoOx..! Formus Agitatus, balance entre séquence énergétique qui « groove » (X) et épisodes de relâchement (O) laissant place à l’ondulation des lignes et au temps de la résonance. Le matériau comme la structure sont formulés dans le titre ! Les musiciens n’en font qu’une bouchée.

« Do bats eat cats? » (Les chauve-souris mangent-elles des chats ?) est la question que se pose Alice lorsqu’elle tombe dans le terrier du lapin… C’est aussi le titre de la pièce de . Il y répercute les phénomènes de l’éruption et du ricochet : musique alerte et rafraichissante, ludique autant que risquée, où se conjuguent finesse et inventivité. Pierre-André Valade lui confère sa légèreté et en détaille les trouvailles sonores.

Avec, on l’espère, le projet de diriger dans une seule soirée l’intégrale des Continents d’après Tiepolo d’ (et celui de l’enregistrer, puisque qu’elle n’existe pas encore en CD) Pierre-André Valade donne ce soir L’Europe d’après Tiepolo, quelques semaines après L’Afrique d’après Tiepolo, interprétée sur la scène de Cortot. Dernier volet de la tétralogie, L’Europe d’après Tiepolo en est aussi le plus spectaculaire, le compositeur mettant à l’œuvre la résonance vibratoire de la matière sonore. Les premières minutes sont conçues dans l’effervescence des timbres et la jubilation des couleurs vrillées par la cymbale chinoise, sous la scansion du piano en accords. Un lent processus tire les sonorités vers le grave, dans un climat plus apaisé et une matière qui s’élimine pour ne garder que la seule vibration de la cymbale. C’est sur ce fond sombre et vibratoire que le piano solo (Amit Dolberg) déploie ses accords, dans la jouissance du timbre et le temps long de la contemplation. La percussion résonnante (Christophe Bredeloup) vient en prolonger et en hybrider les sonorités, dans une dernière séquence à haute tension, avant que le temps et la matière ne se figent. Saluons la concentration et l’engagement des musiciens, sous le geste aguerri de leur chef, nous invitant à cette expérience d’écoute singulière dans des conditions acoustiques idéales.

Crédits photographiques : © L’Itinéraire / Michèle Tosi

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Paris. Auditorium Marcel Landowski. 7-I-2020. Talia Amar (née en 1989) : Reverberations, pour ensemble et électronique ; Grégoire Lorieux (né en 1976) : Deep Adaptation, pour ensemble et électronique ; Ziv Cojocaru (né en 1977) : XoOx..! Formus Agitatus, pour ensemble ; Ofer Pelz (né en 1978) : Do bats eat cats?, pour ensemble ; Hugues Dufourt (né en 1943) : L’Europe d’après Tiepolo, pour ensemble. Ensemble L’Itinéraire : Anne Mercier, violon ; Lucia Peralta, alto ; Myrtille Hetzel, violoncelle ; Christophe Bredeloup, percussion ; Meitar Ensemble : Hagar Shahal, flûte ; Jonathan Hadas, clarinette ; Nadav Cohen, basson ; Amit Dolberg, piano ; Eran Borovich, contrebasse. Direction : Pierre-André Valade

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