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En famille avec le Trio Pascal sur la scène de Gaveau

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Paris. Salle Gaveau. 24-I-2020. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio avec piano n° 3 en do mineur op. 1 n°3 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes en si majeur op. 8 ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio pour piano et cordes n° 2 op. 100. Alexandre Pascal, violon ; Aurélien Pascal, violoncelle ; Denis Pascal, piano

Pour son premier récital à Gaveau, le Trio Pascal, père et fils, affiche un programme ambitieux tourné vers la génération romantique allemande.

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S’il n’est plus besoin de présenter , pianiste et pédagogue éminent, rappelons que le jeune Aurélien, violoncelliste, s’est vu décerner le Premier Grand Prix du Concours Emmanuel Feuermann en 2014 et a été lauréat du Concours Reine Elisabeth 2017. Quant à Alexandre, violoniste, il est diplômé du CNSM (classe d’Olivier Charlier) et vient d’intégrer la Chapelle Reine Elisabeth auprès d’Augustin Dumay.

On est encore dans le classicisme viennois avec le Trio op.1 n° 3 de Beethoven qui débute le concert. L’œuvre est écrite dans les dernières années du XVIIIᵉ siècle et regarde vers le modèle haydnien. Pour autant, Beethoven le conçoit en quatre mouvements, conférant une touche plus personnelle au finale. La vigueur beethovénienne se ressent d’emblée sous le geste des interprètes, dans un premier mouvement quelque peu heurté, tout en tension et contrastes un rien outrés à notre goût. Le jeu s’apaise dans l’Andante con variazioni, relevant de la pure tradition classique et du ton aimable des vieux maîtres. Haydnien en diable, le Menuetto est une perle de finesse et d’humour, avec ses glissades ascendantes (menuet) et descendantes (trio) coulant sous le toucher perlé de . Avec sa brève introduction, le finale est quasi théâtral, où s’entend déjà le drame beethovénien, avec ce thème chevillé à la dominante du ton principal qui circule aux trois instruments. Le son s’ouvre et la synergie opère au sein du trio, qui termine le mouvement « sur la pointe des pieds », dans un bel équilibre sonore.

On fait un bond dans le temps avec le Trio opus 8 de (1854) écrit à l’âge de 20 ans. Une pièce que le maître de Hambourg ne pourra s’empêcher de réviser en 1889, sans altérer pour autant le souffle et l’exaltation lyrique de son inspiration juvénile : tel ce premier thème très inspiré qu’amorce le piano et que le violoncelle d’ fait chanter d’une sonorité profonde et chaleureuse : avant d’être repris par le « tutti », pourrait-on dire, tant l’envergure sonore est ici orchestrale. Le premier mouvement est fort bien conduit, dans un élan sans cesse réamorcé jusqu’à cette coda superlative et typiquement brahmsienne. La même énergie traverse le Scherzo dont le thème éminemment pianistique crépite sous les archets affutés des violon et violoncelle. On est toujours saisi par l’écriture du trio central, avec les cordes en trémolos qui diffractent la sonorité du piano : belle trouvaille de la part du jeune compositeur, superbement mise en valeur par les musiciens. La mélancolie habite l’espace de l’Adagio où violon et violoncelle solidaires dialoguent avec le piano : cette page introspective est jouée à fleur d’émotion et chantée d’une seule voix par nos trois musiciens ; avant qu’ils ne fédèrent à nouveau leur énergie dans un Finale très enlevé, auquel le violon expressif et lumineux d’ donne toute la brillance.

Les deux trios avec piano de Schubert sont l’œuvre de fin de vie d’un compositeur qui vient de terminer die Winterreise (« Le Voyage d’hiver »), dernier cycle de Lieder où s’entend déjà son adieu au monde. C’est le Trio n° 2 opus 100 qu’ont choisi les Pascal pour terminer leur concert, chef d’œuvre inscrit à leur répertoire, auquel ils confèrent tout à la fois éloquence et profondeur. Schubertien dans l’âme, Denis Pascal tire de son clavier cette « lumière spéciale » (pour paraphraser Debussy), intimiste et sur-réelle, que l’on retrouve dans les dernières sonates du maître. Le drame sourd au sein du trio dès l’Allegro initial, avec ses contrastes de climats et l’obsession des notes répétées au piano. L’équilibre sonore est idéal dans ce premier mouvement où s’exerce le dialogue permanent des « voix ». Celle du violoncelle d’Aurélien, sensible et éloquente, chante la première dans l’Andante con moto, instant sublime où chaque instrument est convié en soliste, le violon intense et vibrant d’Alexandre portant l’expression à son comble. Voilà sans doute l’une des plus belles pages de musique de chambre restituée avec ferveur par les musiciens. Le Scherzando fait quelque peu diversion, avec ses canons irrésistibles et sa page centrale rustique, bien ancrée dans le sol par les interprètes. Le dernier mouvement n’évite pas les « belles longueurs », dominé par le thème vibratile qui revient constamment au piano, dans cette « lumière » très émouvante. Le violoncelle est en vedette avec le retour du thème de l’Andante ; on sent Schubert dans l’impossibilité de conclure, qui revient, développe, répète… Les Pascal mènent le discours avec une égale ardeur et une virtuosité transcendante, conférant aux dernières pages ce sentiment d’urgence panique devant la mort.

Sollicités par un public nombreux et chaleureux, ils ont choisi pour leur bis un Adagietto de l’Autrichien , écrit en 1915 ; une pièce d’un romantisme tardif donc, faisant la part belle au violon ductile d’, qui déploie toutes les facettes de sa palette expressive.

Crédit photographique : © Michèle Tosi

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Paris. Salle Gaveau. 24-I-2020. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Trio avec piano n° 3 en do mineur op. 1 n°3 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Trio pour piano et cordes en si majeur op. 8 ; Franz Schubert (1797-1828) : Trio pour piano et cordes n° 2 op. 100. Alexandre Pascal, violon ; Aurélien Pascal, violoncelle ; Denis Pascal, piano

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