Concerts, La Scène, Musique symphonique

À Genève, pour une douzaine de minutes de clarinette

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices. 30-I-2020. Darius Milhaud (1892-1974) : Le Bœuf sur le Toit op. 58, Scène surréaliste avec chanteurs d’oiseaux. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre en do majeur op. 56. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie no. 101 en ré majeur « L’Horloge ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Trois airs tirés de l’opéra « La Clemenza di Tito », KV. 621, « Voi che sapete » tiré de l’opéra « Le Nozze di Figaro », KV. 492. Simone Roggen (violon), Ira Givol (violoncelle), David Greilsammer (piano). Véronique Gens (soprano). Geneva Camerata. Direction : David Greilsammer

Il aura fallu attendre le dernier quart d’heure d’un concert de près de trois heures du pour qu’enfin, à travers l’accompagnement obligé d’une clarinette au solo de , l’émotion de la musique reprenne ses droits.

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Les concerts du ont la particularité de l’originalité. Celui proposé dans leur série « Prestige », sous-titré « Le Bal des Miracles », joue sur une grande variété de musiques allant d’un concerto de Beethoven aux opéras de Mozart en passant par et Haydn, le tout alimenté par l’intervention impromptue et poétique de deux jeunes hommes qui se sont mués, à force d’entendre, d’analyser et de contrefaire en chanteurs d’oiseaux.

Une alléchante affiche donc. Le monumental Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre de Beethoven, précédait la venue du baryton basse Erwin Schrott, vedette absolue des scènes lyriques actuelles, devant chanter trois airs d’opéras de Mozart. Sauf que, alors que chaque spectateur était installé dans son siège, la directrice du Geneva Camerata avise l’audience de la défection du baryton pour raison de santé. Étrangement, cette annonce semble être reçue comme une banalité. Aucune réaction ne vient troubler l’atmosphère. Cette passivité du public laisse pantois.

La déception de cette annonce est suffisamment sévère pour que l’attention de votre serviteur ne soit pas totale à l’écoute de la pièce de , Le bœuf sur le toit. Même si les sifflements de Jean Boucault et de Johnny Rasse, merveilleux imitateurs de chants d’oiseaux, apportent une note insolite, on note que le Geneva Camerata et son chef ne semblent pas se préoccuper de toute la précision attendue dans cette œuvre. Nombreux sont les décalages, pas mal d’inexactitudes parsèment une partition manquant à l’évidence de répétitions d’orchestre.

Dirigeant depuis le piano, tente de rassembler son orchestre autour du Triple concerto pour violon, violoncelle et piano de Beethoven. Membres du Geneva Camerata, aujourd’hui promus au grade de solistes, au violon et au violoncelle mettent la main à la pâte en s’investissant avec les pupitres des cordes pour en consolider le volume sonore avant même d’assurer la partie de soliste. Si la violoniste ne possède pas une grande puissance sonore, elle domine cependant sa partie avec sûreté et précision. De son côté, le violoncelliste semble ne pas adapter son style de jeu à cette œuvre, en offrant un vibrato trop ample, des attaques de notes pas très franches et quelques problèmes de justesse. Au piano, , tout occupé à tenir la maison orchestrale en place, se laisse parfois aller à des phrasés quelque peu fantaisistes au point de déstabiliser ses autres solistes dont le rattrapage miraculeux d’une séquence du Largo a bien failli être catastrophique.

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Après l’entracte, la Symphonie n° 101 « L’Horloge » de Haydn est jouée dans une relative indifférence, laissant apparaître des trompettes claironnantes qu’on aurait aimé plus discrètes et musicales.

Pour remplacer Erwin Schrott, on a fait appel à la soprano qui chante de belle manière quelques pages de La Clemenza di Tito de Mozart. Dans l’air de Vitellia « Non più di fiori, vaghe catene », la soprano fait montre d’une technique vocale affirmée, bien projetée, avec une belle émission sur tout le registre. Mais plus encore que le chant, dans cet air, la partie de clarinette basse obligée semble s’insérer dans le chant de la soprano avec une insistance discrète imparable. Bientôt, cette clarinette s’approprie irrésistiblement le devant de la scène comme si le chant l’accompagnait. Enfin, il se passe quelque chose. La musique est là ! Alors l’air de Sesto « Parto, ma tu ben mio » voit une Véronique Gens, portée par le précédent contrechant, sublimer son chant sous l’impulsion de cette autre clarinette, plus aiguë, mais encore plus présente, plus inspirée. Artisan de ce véritable miracle musical, le clarinettiste Matthieu Steffanus, discret artiste de pupitre à l’art raffiné. Avec une musicalité exceptionnelle, un son de velours, le clarinettiste transcende tout : le chant, l’orchestre, Mozart. Pendant une bonne douzaine de minutes, ce merveilleux musicien donne à entendre l’évidence admirable. Merci Monsieur Steffanus !

Crédit photographique : © DR/Geca

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Genève. Bâtiment des Forces Motrices. 30-I-2020. Darius Milhaud (1892-1974) : Le Bœuf sur le Toit op. 58, Scène surréaliste avec chanteurs d’oiseaux. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Triple concerto pour violon, violoncelle, piano et orchestre en do majeur op. 56. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie no. 101 en ré majeur « L’Horloge ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Trois airs tirés de l’opéra « La Clemenza di Tito », KV. 621, « Voi che sapete » tiré de l’opéra « Le Nozze di Figaro », KV. 492. Simone Roggen (violon), Ira Givol (violoncelle), David Greilsammer (piano). Véronique Gens (soprano). Geneva Camerata. Direction : David Greilsammer

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