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Décevante Virginia de Gil Harush par le Ballet du Rhin

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Mulhouse. La Filature. 9-II-2020. Yours, Virginia (création). CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin.
Chorégraphie, costumes & lumières : Gil Harush. Dramaturgie musicale : Jamie Man. Piano : Maxime Georges. Assistant à la chorégraphie : Rubén Albeda Giner. Scénographie : Aurélie Maestre. Avec les danseurs du CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin. Musique, Benjamin Britten, Dmitri Chostakovitch, Arvo Pärt, Philip Glass, Ralph Vaughan Williams. Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Thomas Herzog

Le chorégraphe Gil Harush signe, avec Yours, Virginia, sa seconde création pour le Ballet de l’Opéra du Rhin, autour du personnage de l’écrivaine Virginia Woolf.


En 2018, pour sa première collaboration avec le CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin, dirigé par Bruno Bouché, Gil Harush avait créé The Heart of my heart, qui faisait écho à un discours de Michelle Obama. Pour cette nouvelle création, il aborde le personnage de Virginia Woolf, figure de l’avant-garde littéraire et du féminisme du début du XXᵉ siècle. Passionné par cette femme, Harush a compulsé avec boulimie ses écrits, romans, journaux, essais, correspondances et les films qui lui sont consacrés. Le destin tragique de l’écrivaine, qui se suicide en 1941, dans la rivière qui borde son cottage, sa mélancolie mais aussi son engagement au service de la cause féminine ont de quoi fasciner. Mais c’est surtout l’actualité des questions soulevées par Virginia Woolf qui intéresse Gil Harush.

Pour illustrer musicalement son propos chorégraphique, Harush fait appel à la compositrice et cheffe d’orchestre Jamie Man. Celle-ci a choisi une sélection de vingt morceaux, allant de Haendel à , en passant par Beethoven, Tchaïkovski ou Chostakovitch. La musique est jouée par l’ et le pianiste Maxime Georges, avec à la direction.

Conçue pour les 32 danseurs du Ballet de l’Opéra national du Rhin, la pièce ne suit pas de fil conducteur narratif, mais est divisée en deux actes distincts au cours desquels une série de tableaux se succèdent sur chaque morceau.

Au premier acte, un décor simple a été élaboré par Aurélie Maestre, dont le principal élément est constitué par une vitre transparente à l’effet légèrement déformant. Les costumes ont été dessinés dans un camaïeu blanc et bleu, longues jupes blanches et justaucorps bleus décolletés pour les femmes, chemises transparentes bleues et pantalons blancs pour les hommes.

La plupart des tableaux sont des mouvements d’ensemble qui, en raison du grand nombre de danseurs sur scène et d’une gestuelle prolixe, donnent l’impression d’un manque de précision, d’une masse confuse. Si quelques duos sont chorégraphiés, aucune personnalité ne se détache dans cette première partie. L’acte se termine sur une scène de sexe crue, possible évocation de l’abus sexuel dont aurait été victime Virginia, selon la thèse de Louise DeSalvo¹.

En dehors des citations projetées en fond de scène, il est toutefois difficile de dégager, à travers la danse, une évocation claire de son engagement, de ses peurs, de ses doutes et ses combats dans un univers désincarné où les individualités sont noyées dans le groupe.


La seconde partie s’ouvre sur un nouveau décor, caractérisé par un plafond de roses suspendues qui évoque le jardin anglais de Virginia et son mari Leonard. Les danseurs et danseuses, à demi-nus, portent des slip blancs uniformisés, assortis de débardeurs pour les filles.

Le style évolue dans un sens moins académique. Plusieurs duos sont dansés entre hommes, comme celui où les deux danseurs portent des couronnes à l’allure dérisoire. Faut-il voir dans cet attribut de la royauté une manière de tourner en dérision la domination masculine ou seulement une touche d’humour ?

La dernière scène est dérangeante. Une femme, vêtue d’une jupe et d’un chemisier en cuir, portant des talons et munie d’une baguette, entraine derrière elle tout le groupe des danseurs qui la suivent à quatre pattes, comme une meute de chiens. Elle les mène littéralement à la baguette, leur intimant les mouvements d’une danse. Avant la fermeture du rideau, l’on s’aperçoit que la femme en cuir a été remplacée par un homme dans le même costume. Cette scène, qui se veut peut-être une allusion à la bisexualité de Virginia, porte toutefois une vision du masculin domestiqué et un rapport de domination inversé entre les sexes qui pose question. L’allusion au suicide de Virginia par un bocal remplit d’eau, des pierres, un fusil et le bruit d’un ruisseau manque également de subtilité.

Le foisonnement d’idées et l’intérêt pour une figure littéraire marquante ne suffisent pas à créer une œuvre chorégraphique réussie. Il aurait fallu pour cela un propos mieux articulé et une meilleure mise en valeur des danseurs à l’aide d’un langage chorégraphique moins confus et mieux assimilé.

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney

¹Louise DeSalvo, « Virginia Woolf: The Impact of Childhood Sexual Abuse on Her Life and Work” (1989)

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Mulhouse. La Filature. 9-II-2020. Yours, Virginia (création). CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin.
Chorégraphie, costumes & lumières : Gil Harush. Dramaturgie musicale : Jamie Man. Piano : Maxime Georges. Assistant à la chorégraphie : Rubén Albeda Giner. Scénographie : Aurélie Maestre. Avec les danseurs du CCN – Ballet de l’Opéra national du Rhin. Musique, Benjamin Britten, Dmitri Chostakovitch, Arvo Pärt, Philip Glass, Ralph Vaughan Williams. Orchestre symphonique de Mulhouse, direction : Thomas Herzog

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