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Avec Alan Walker, un Chopin raffiné, policé, aristocratique

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Fryderyk Chopin, A Life and Times. Alan Walker. Farrar, Straus and Giroux. New York. En anglais. 727 pages. 2018. 17,75 €

 

Ce « Chopin » s’avère une somme époustouflante, fracassante, voire insolente dans laquelle tout y est, dans laquelle on y apprend tout sur l’homme, son temps, son œuvre.

chopin alan walkerInutile donc de revenir ici sur les mille et un détails de cette biographie, concluante et fouillée, de , puisqu’Alan , par ailleurs maître d’œuvre d’un Franz Liszt, couvert, lui, de prix et autres récompenses (traduit en français, Fayard), le fait pour nous et avec quelle maestria.

La famille, bien sûr : Nicolas (Mikołaj), Tekla Justyna, Ludwika, Izabella, Emilia et les autres… Les amis d’enfance (Dziewanowski surnommé « Domuś »), les invités réguliers de la maison des Chopin (Linde), les condisciples (Fontana et Matuszyński), les professeurs (Elsner), tous nombreux, et auxquels Chopin restera fidèle durant sa vie. Plus tard, le futur Dr. Malfatti qui, en son temps, avait soigné Beethoven, le violoncelliste Auguste Franchomme… Les premières improvisations et compositions, pour lesquelles il puisa l’inspiration dans les pages de, pour n’en citer que ces deux noms, Mozart (dont, nous rappelle Gorge Sand, il adorait l’« intimité ») et Boieldieu. Les premiers récitals : dans les salons de l’aristocratie polonaise, dans les grandes familles de Varsovie, chez les Romanov. C’est ainsi qu’il se forme un « caractère » : courtois, policé, aristocratique… Berlioz lui reprochera un jour de ne jouer que pour les princes, les ministres et les ambassadeurs. Mais, timide, Chopin déteste ces immenses salles de concert et leur « immense » public…

La santé : un physique frêle et délicat, les premiers signes d’une tuberculose « galopante », les cures (deux verres d’eau minérale par jour, Bad Reinerz, été 1826). Plus tard, Custine et Moscheles puis Sand s’inquiètent. Chopin ira aussi consulter Mademoiselle Lenormand, clairvoyante, cartomancienne qui compte parmi ses clients le Tsar Alexandre 1er, le Duc de Wellington et Marie d’Agoult. Les goûts, surtout pour la musique de Johann Sebastian Bach et pour l’opéra. Il apprécie peu la « virtuosité vide » de Liszt. Il va écouter la Sontag, la Catalani, , la Pasta (dans Medea). Il est chouchouté, célébré, de Vienne à Manchester, voire adulé. Kreutzer, Czerny, Hiller (qui l’appelle, lui, le « Raphael » du piano) viennent l’écouter. Mais il est toujours trop timoré pour aller leur parler. À Londres, il sera impressionné par les chevaux, les femmes et les palais. Chopin est un homme de routine. Tout changement le désoriente. En fin de vie, bien qu’atrocement affaibli, il court encore les concerts et récitals, les bals de l’Hôtel Lambert, le théâtre (Marie Dorval).

Les coups de foudre, les caprices, les amours pour Konstancja Gładkowska et Maria Wodzińska, mais peut-être aussi pour Delfina Potocka. Il fera, durant l’été 1830, 300 km pour aller écouter Konstancja Gładkowska dont il est épris. Et puis , bien sûr, qu’il rencontre en 1836 dans l’une de ces soirées qu’il affectionne, organisée cette fois par Marie d’Agoult et que fréquentent Heine, Delacroix, Hugo, Balzac… Walker illustre à point le couple dans un admirable condensé biographique (pp. 352-371). Pendant plus de 10 ans, Chopin recevra de Sand toute l’attention qu’il réclame d’elle. Majorque : le chapitre consacré au séjour sur cette île (pp. 372-398) demeure à lui seul un véritable morceau d’anthologie. Le style de Walker se corse. Les péripéties, les mésaventures se multiplient, rebondissent de page en page (l’arrivée du piano droit, l’installation à Valldemosa, le temps, exécrable, le voyage retour). Les mois avant la mort : Walker touche à tout comme les difficultés financières, les brouilles, l’indéfinissable Solange, l’aide que lui accordent Jane Stirling et la sœur de celle-ci, Katherine Erskine, un ultime voyage à Londres où il rencontre, entre autres, Dickens, Thackeray, Emerson, Hallé… Il consulte Sir James Clark, médecin de la reine Victoria. La confusion et les scènes chaotiques des derniers instants. Chopin meurt le 17 octobre 1849. Il a 39 ans.

A Life… and Times : Walker consacre un court chapitre de 32 pages aux « événements » de Varsovie (1830-1831), mentionne un concert de levée de fonds pour les exilés polonais de Londres, quelques « incidents » liés à l’époque… C’est peu. Et puis, que dire des mille et une « notes » de cette biographie ? Elles interviennent dès la page 4, interrompent, encombrent, excessives, un récit par ailleurs fluide et transparent. Elles sont aussi, bien souvent, superflues et accessoires… Avouons cependant que Walker remet hic et nunc les pendules à l’heure. Il corrige, révise, rectifie, revient sur certains détails de précédentes biographies. Et nous apprenons que Maurois et Louise Vincent appartiennent à l’histoire ancienne. Reste l’œuvre. Un régal. Walker analyse ainsi avec acuité, pertinence, perspicacité les Nocturnes, Mazurkas, Ballades, Polonaises, Préludes et Valses. Il décortique, épluche, pour ne pas dire dépèce un corpus qu’il connaît sur le bout des doigts.

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Fryderyk Chopin, A Life and Times. Alan Walker. Farrar, Straus and Giroux. New York. En anglais. 727 pages. 2018. 17,75 €

 
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