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Frida d’Annabelle Lopez Ochoa par le Dutch National Ballet

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Amsterdam. Dutch national Ballet. 15-II-2020. Frida (création mondiale). Conception, livret et chorégraphie : Annabelle Lopez Ochoa. Dramaturgie : Nancy Meckler. Musique : Peter Salem. Décor et costumes : Dieuweke van Reij. Lumières : Michael Mazzola. Assistant de la chorégraphe : Luis Torres Ortiz. Avec : Frida : Maia Makhateli, Diego de Riveira : James Stout, Le Cerf : Erica Horwood; L’Oiseau : Riho Sakamoto. Et les danseurs et danseuses du Dutch national Ballet. Orchestre du Dutch Ballet sous la direction de Matthew Rowe

A Amsterdam, la chorégraphe met en ballet l’histoire de l’artiste mexicaine Frida Khalo. Assister à la création d’un ballet narratif de style néoclassique est une opportunité qui se fait rare à Paris, et dont Frida est une illustration réussie.


Artiste engagée au destin brisé, Frida Khalo a tout du personnage romanesque idéal. Pourtant, si un film lui a été consacré en 2002, aucun chorégraphe ne s’y était intéressé avant . En 2016, celle-ci lui consacre une pièce en un acte, Broken Wings – She persisted, au sein du programme mixte She Said de l’English national ballet. C’est , le directeur du , qui offre l’opportunité à Lopez Ochoa de développer cette pièce en un ballet complet. S’ensuit un ballet de 2 heures, dont la création mondiale a eu lieu à Amsterdam le 6 février.

Annabelle Lopez Ochoa possède sans aucun doute le talent de raconter des histoires. Avec inventivité, force, passion et humour. S’appuyant sur la partition du compositeur britannique , elle prend le parti de raconter la vie de l’artiste-peintre Frida Khalo, depuis son enfance jusqu’à sa mort. Cela implique nécessairement de faire des choix, sélectionner les épisodes. Lopez Ochoa le fait avec pertinence, s’appuyant sur des épisodes-clés comme le terrible accident de bus qui fera basculer la vie de l’artiste à 18 ans, la rencontre avec Diego Riveira et leur histoire d’amour faite de passion, de trahison et de ruptures, les fausses-couches et le mal d’enfant, leur séjour aux États-Unis et les liaisons de Frida avec Nickolas Muray et Joséphine Baker.

Qui dit sélection, dit aussi exclusion, et l’engagement politique de Frida en faveur du communisme aux côtés de Diego, sa relation avec Trotsky, son féminisme et ses liens avec le monde de l’art sont largement passés sous silence. Ce qui intéresse Lopez Ochoa c’est plutôt de montrer la force de cette femme face à la mort qui guette, sa capacité à convertir sa douleur physique et morale en matière artistique.

L’une des particularités du ballet est d’intégrer, aux côtés des personnages historiques, des figures fantastiques, tout droit sortis de l’imaginaire pictural de Frida : cerf, oiseau, groupe d’hommes à jupes colorées et coiffes, femmes à couronne végétale et doigts qui se prolongent en feuillage. Ces personnages évoluent de manière autonome, comme si le ballet donnait vie à l’imaginaire de Frida. Le cerf (Erica Horwood) apparaît comme le double bienveillant de Frida, animal blessé dont la mort annonce celle de l’artiste, à l’instar de l’autoportrait Le Cerf blessé.

Les décors et costumes, créés par Dieuweke van Reij, sont eux aussi inspirés par les différentes œuvres de Frida : couronnes de fleurs, larges jupes de couleur, bustier à lanières blanches emprunté à l’œuvre célèbre La Colonne brisée, fils rouges qui évoquent le sang des fausses-couches, comme dans le tableau L’Hôpital Henri Ford. Les décors sont épurés et modulables grâce à un dispositif ingénieux de boîtes, à l’intérieur duquel un décor est peint, faisant référence aux différents épisodes de sa vie. Compagnons de route des personnages, un groupe de sympathiques squelettes s’invite dans les différents tableaux. Si cette référence omniprésente à la mort qui pèse sur la destinée de Frida est parfois un peu insistante, elle n’est jamais morbide car Annabelle Lopez Ochoa la patine d’humour, dans l’esprit du Día de muertos (jour des morts) célébré dans la culture mexicaine.

Toutefois, à des passages brillants comme le magnifique duo entre Frida et Diego sur la chanson de Chavela Vargas, La Llorona, ou les ensembles colorés aux influences pré-colombiennes, succèdent quelques longueurs. Dans le second acte, l’effet de surprise causé par l’apparition des personnages fantastiques et les squelettes a disparu et l’on aurait aimé une danse plus puissante et inventive. La scène des femmes – feuillage au début de la deuxième partie, qui comporte de très beaux effets de canon reproduisant les mouvements d’une déesse aux bras multiples, est une réussite et l’on aurait aimé voir le corps de ballet davantage exploité.

Il faut saluer la prestation impeccable de , remarquable Frida. La danseuse géorgienne, engagée au en 2007, exprime l’évolution du personnage, de l’enfance insouciante des premières scènes, à la souffrance du corps disloqué, à la femme passionnée qui séduit Diego, à la femme libérée ou révoltée. Sa technique est précise, ses jambes semblent d’une longueur disproportionnée par rapport à sa petite taille tant les mouvements sont étirés.

incarne un Diego charismatique, volage et tempétueux. Le couple de danseurs parvient à transcrire la relation destructrice des deux personnages qui fera dire à Frida : « j’ai eu deux grands accidents dans ma vie: le tramway et Diego. Diego est de loin le pire ».

Cette création montre la capacité d’Annabelle Lopez Ochoa à renouveler le genre du ballet narratif en s’intéressant à de nouvelles figures et l’on ne peut que saluer le talent de l’une des rares chorégraphes femmes de style néoclassique.

Crédits photographiques : © Hans Gerritsen

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Amsterdam. Dutch national Ballet. 15-II-2020. Frida (création mondiale). Conception, livret et chorégraphie : Annabelle Lopez Ochoa. Dramaturgie : Nancy Meckler. Musique : Peter Salem. Décor et costumes : Dieuweke van Reij. Lumières : Michael Mazzola. Assistant de la chorégraphe : Luis Torres Ortiz. Avec : Frida : Maia Makhateli, Diego de Riveira : James Stout, Le Cerf : Erica Horwood; L’Oiseau : Riho Sakamoto. Et les danseurs et danseuses du Dutch national Ballet. Orchestre du Dutch Ballet sous la direction de Matthew Rowe

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