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Fantasque Bourgeois gentilhomme à la Comédie de Clermont

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Clermont-Ferrand. La Comédie. 09-III-2020. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Le Bourgeois gentilhomme, comédie ballet de Molière. Mise en scène : Jérôme Deschamps. Décor : Félix Deschamps. Costumes : Vanessa Sannino. Chorégraphie : Natalie van Parys. Lumières : François Menou. Avec : Jérôme Deschamps, Monsieur Jourdain ; Flore Babled, Lucile ; Jean-Claude Bolle-Reddat, maître de Philosophie ; Sébastien Boudrot, maître de musique, tailleur ; Vincent Debost, Covielle, maître d’armes ; Pauline Deshons, Dorimène ; Aurélien Gabrielli, Cléonte ; Guillaume Laloux, Dorante, maître de danse ; Josiane Stoléru, Madame Jourdain ; Pauline Tricot, Nicole. Solistes et Académie des Musiciens du Louvre, direction : Thibault Noally

Drôle et attachant, le fantasque Monsieur Jourdain conquiert la Comédie de Clermont-Ferrand.

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A la différence du spectacle désormais célèbre mené par et , la mise en scène de ne cherche pas à reproduire avec exactitude l’ambiance des représentations scéniques du temps de et Lully. Mais ce n’est pas pour autant que cette vision de la comédie-ballet créée en 1670 devant Louis XIV dénature l’ouvrage, apporte en vérité une fantasque finesse qui transforme ce « pigeon ridicule » de Monsieur Jourdain en un être sincère et attachant auquel le spectateur d’aujourd’hui peut encore s’identifier. Le rapport de chacun avec la culture, que ce soit la musique, la danse, le théâtre (a fortiori l’escrime il est vrai !), restant une éternelle conquête pour nous tous.

En fosse, sous la direction de , les onze musiciens ne manquent ni de légèreté, ni d’élégance interprétative, ni de netteté et de précision, que ce soit dans les traits des violons ou dans l’exécution de la basse continue. Vocalement, le quatuor déploie des temps musicaux pleins de charmes et d’humour, parfaitement complémentaires les uns des autres. La soprano affirme un agacement sans excès, propage son lumineux timbre de haute-contre, alors que le ténor Lisandro Nesis trouve sa place par une ligne de chant bien agréable. La basse de ne se laisse pas démonter par des lacunes culinaires qui feront rire un public conquis par cette petite saynète champêtre où poule, lièvre et autre animal de ferme agrémentent des blagues simples et toujours de bon ton. A leur côté, l’ensemble des comédiens portent avec talent chaque caractéristique de leur personnage, avec en premier lieu qui retranscrit par différentes mimiques les étonnements et autres interrogations du rôle-titre.

Le décor unique s’impose par sa simplicité, révélant un balcon ou un petit théâtre au besoin, construit surtout pour structurer et rythmer les entrées et les sorties de chaque protagoniste. Les sublimes costumes de , autant majestueux qu’exubérants, sont la principale force de ce spectacle. A l’origine, l’ouvrage a été conçu afin de répondre au désir de divertissement d’un roi. Mais Louis XIV demandait aussi à ses auteurs de le venger de la brusquerie de l’ambassadeur du grand seigneur turc, le Sultan Mahomet IV Soliman Aga, qui lors de sa visite à la Cour un an auparavant, n’avait pas su apprécier à sa juste valeur tout le faste déployé pour l’impressionner. Les « turqueries » à la mode au XVIIᵉ siècle pourraient sembler quelque peu désuètes au XXIᵉ, mais les turbans disproportionnés et la caractérisation par les couleurs des costumes « à la turca » richement brodés, marquent toute l’ironie traduite par . Lully organise, quant à lui, une cérémonie donnant lieu à un ballet ou Mufti, Dervis et Turcs mêlent les codes de la danse baroque à des pas aussi amusants et charmeurs que leurs apparats.

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Les perruques colorées coordonnées toutes au costume qu’elles accompagnent, la richesse des tissus, les costumes d’époque parfaitement ajustés, les détails (les collants !)… Cette utilisation de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel pourrait paraître caricaturale. C’est tout le contraire. Avec la force étonnante de contribuer en première ligne à l’ironie et au comique de la pièce. Quel parfait philosophe (l’un des moments les plus enthousiasmants de la soirée) ! Quel élégant musicien ! Les images sont belles, accessibles aux petits comme aux grands, contribuant à la magie et aux rires qui ponctuent la représentation. Le costume le plus emblématique reste celui immaculé des danseurs et de leur maître à danser qui accompagne chacun de leur mouvement par ceux des plumes composant leurs perruques, ou de la tulle vaporeuse marquant la grâce de leurs déplacements. Au final, on rit, on s’émerveille et on compatit face à la situation de ce pauvre Monsieur Jourdain, faisant passer à une vitesse folle ses trois heures d’espièglerie réjouissantes.

Crédits photographiques : © Marie Clauzade

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Clermont-Ferrand. La Comédie. 09-III-2020. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Le Bourgeois gentilhomme, comédie ballet de Molière. Mise en scène : Jérôme Deschamps. Décor : Félix Deschamps. Costumes : Vanessa Sannino. Chorégraphie : Natalie van Parys. Lumières : François Menou. Avec : Jérôme Deschamps, Monsieur Jourdain ; Flore Babled, Lucile ; Jean-Claude Bolle-Reddat, maître de Philosophie ; Sébastien Boudrot, maître de musique, tailleur ; Vincent Debost, Covielle, maître d’armes ; Pauline Deshons, Dorimène ; Aurélien Gabrielli, Cléonte ; Guillaume Laloux, Dorante, maître de danse ; Josiane Stoléru, Madame Jourdain ; Pauline Tricot, Nicole. Solistes et Académie des Musiciens du Louvre, direction : Thibault Noally

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