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Rutilant orchestre de Pittsburgh dans la Symphonie n° 4 de Tchaïkovski

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 op. 36. Jonathan Leshnoff (né en 1973) : Double concerto pour clarinette et basson. Michael Rusinek, clarinette ; Nancy Goeres, basson ; Orchestre symphonique de Pittsburgh ; direction : Manfred Honeck. 1 CD Reference Recordings. Enregistré au Heinz Hall for the Performing Arts de Pittsburgh, en mai 2016 (Tchaïkovski) et juin 2019 (Leshnoff). Notice en anglais. Durée : 61:00

 

Après les gravures des deux dernières symphonies de Tchaïkovski, et l’orchestre de Pittsburgh offrent une lecture impressionnante de virtuosité de la Symphonie en fa mineur. Est-ce suffisant pour marquer durablement la discographie ?

Tchaikovski symph 4 Honeck ExtonLa captation aide grandement à la définition des plans sonores et des timbres. Voilà un bel atout car la formation creuse les lignes en évitant toute emphase mais en recherchant une efficacité théâtrale ! C’est d’autant plus juste que composa l’œuvre à l’époque de son opéra Eugène Onéguine. Les interprètes accomplissent un travail appréciable pour souligner l’écriture profondément novatrice de la symphonie. En effet, elle associe un contrepoint complexe à des idées mélodiques et rythmiques puisées dans les folklores. Dans le premier mouvement, Honeck nous propose un rythme de marche funèbre très « mahlérien » (on sait à quel point Mahler appréciait peu les symphonies de Tchaïkovski, à l’inverse de ses opéras…). Le chef voit « loin », jouant de l’alternance entre moments chambristes et effets de masses sonores de la partition. C’est bien le paradoxe de cette musique dédiée au fatum, et dont il faut préserver la fluidité malgré des changements incessants de mesures et d’atmosphères. Hélas, lorsqu’il est nécessaire de donner brutalement le maximum de puissance dynamique, les premiers violons n’évitent pas quelques raideurs voire des attaques brouillonnes (minute 12 de l’Andante sostenuto). De fait, le sentiment d’un étouffement du son demeure dans les moments paroxystiques.

Présenté au hautbois, le thème du mouvement lent évoque la solitude d’un être perdu au milieu d’un espace immense. Les pizzicati des cordes manquent d’imagination dans le renouvellement des couleurs. L’excellence des pupitres des bois ne masque pas le peu d’idées d’une lecture qui s’en tient à un climat purement contemplatif.

Tchaïkovski ne précisa pas de tempo déterminé pour le Scherzo, seulement indiqué Pizzicato ostinato. L’air populaire qui est présenté par les cordes transforme l’orchestre en une immense balalaïka. Honeck combine une inspiration populaire aux frontières de la trivialité avec une écriture au contrepoint raffiné. Le tempo choisi, à la limite de ce qui est réalisable, ne lui permet pas de détailler diverses expressions, comme l’humour dans l’épisode « militaire » au centre du mouvement ou bien le caractère tantôt macabre, tantôt délicatement pastoral de la partition. L’impressionnante virtuosité de l’ensemble effleure tout cela.

Dans la flamboyance du finale, Tchaïkovski emprunte le thème à une chanson, Un bouleau se dressait dans les champs. Dans le folklore russe, le bouleau symbolise « la solitude de la femme qui se retrouve seule, malgré les amants que lui apporte le vent ». Faut-il y voir une allusion à l’échec du mariage du compositeur ? Honeck dirige le dernier mouvement comme une conclusion héroïque, ce qui est pour le moins paradoxal. Pour autant, l’efficacité de l’orchestre, son engagement physique demeurent admirables. Des trois dernières symphonies gravées par le Symphonique de Pittsburgh, celle-ci est la plus réussie. Toutefois, peut-elle rivaliser avec les témoignages de Mravinsky, Karajan, Markevitch, Gergiev et Jansons ?

Le Double concerto pour clarinette et basson de complète la symphonie. Le compositeur fait preuve d’une connaissance très sûre de l’écriture orchestrale. L’œuvre nous laisse pourtant dubitatif. Peut-être parce qu’elle remplit tous les critères attendus d’une certaine musique actuelle américaine : suffisamment belle et paresseuse pour attirer le grand public, épicée toutefois de quelques dissonances et rythmes swingués calqués sur des critères précis en matière de bienséance et d’émotions grandioses. Voilà une musique d’atmosphères, impeccablement composée, virtuose à souhait pour les deux solistes qui ont fort à faire. On se dit que depuis l’époque des compositeurs exilés d’Europe centrale des années trente et quarante, peu de choses ont changé.

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Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 4 op. 36. Jonathan Leshnoff (né en 1973) : Double concerto pour clarinette et basson. Michael Rusinek, clarinette ; Nancy Goeres, basson ; Orchestre symphonique de Pittsburgh ; direction : Manfred Honeck. 1 CD Reference Recordings. Enregistré au Heinz Hall for the Performing Arts de Pittsburgh, en mai 2016 (Tchaïkovski) et juin 2019 (Leshnoff). Notice en anglais. Durée : 61:00

 
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