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Madeleine Fournier, jeune chorégraphe française d’aujourd’hui

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Créations souvent confidentielles, univers élitiste peu représenté dans les cursus des conservatoires et bien trop absent des programmes de l’éducation musicale dans les écoles… Difficile pour un spectateur lambda de percevoir les nouveaux langages de la musique et de la danse contemporaines ainsi que ses nouveaux acteurs. Quels sont aujourd’hui les jeunes compositeurs et chorégraphes de notre pays qui vont nourrir la création musicale et chorégraphique de demain ? ResMusica propose une série de portraits de cette nouvelle génération de compositeurs et chorégraphes français qui, portés par une ferveur créatrice, ont encore tout à démontrer. Pour accéder au dossier complet : Jeunes compositeurs et chorégraphes français d’aujourd’hui

 

La jeune chorégraphe et interprète, dont le premier solo Labourer a attiré l’attention aux Ateliers de la danse, prépare – à distance – la création de son prochain spectacle, La Chaleur, un quintette sur des chœurs de Purcell. Une manière de poursuivre son travail sur la relation entre corps et voix chantée.

unnamed-3_2Le parcours de  passe par le Conservatoire national supérieur de musique et de danse à Paris et le d’Angers, avant de démarrer une carrière d’interprète auprès d’ et d’, qui était la directrice du à l’époque, puis d’enchaîner par trois créations avec … et aussi beaucoup de collaborations avec des artistes visuels, comme Boris Achour, Jocelyn Cottencin, Philippe Ramette ou avec : « Mon activité d’interprète s’est réduite, mais je continue de jouer dans le dernier spectacle de , d’un ami chorégraphe portugais ou d’une amie artiste visuelle.»

A Angers, elle rencontre Jonas Chéraud, avec lequel elle commence à monter des projets, en particulier des duos dans lesquels ils se mettent tous les deux en scène. En 2016, elle démarre ses recherches sur le solo Labourer, qu’elle crée en novembre 2018. En parallèle, elle lance sa compagnie Odetta. Depuis un an, elle est en phase de recherche et de création de La Chaleur, sa nouvelle création, qui verra normalement le jour au Buda à Courtrai, en Belgique, les 13 et 14 novembre 2020, dans le cadre d’un festival transfrontalier intitulé Next.

Dans son premier solo Labourer, elle témoigne d’un intérêt pour le vocabulaire folklorique, qui trouve sa source en Auvergne auprès de l’association Les Braillots, avec laquelle elle suit plusieurs stages de bourrée, une danse très pratiquée dans la région : « La bourrée est une danse qui a l’air très simple, qui n’est pas spectaculaire, mais qui est compliquée à intégrer et à danser. L’interdépendance entre la danse et la musique autour du même terme, la bourrée, m’intéressait aussi. Retrouver une sorte de dépendance totale entre musique et danse était très jouissif.» Par la suite, elle découvre la house, une danse urbaine proche du hip hop, dans un milieu complètement différent à Paris. Elle s’aperçoit que le pas de bourrée, qui est le pas de base de la bourrée trois temps, est aussi présent dans la house. Elle en fait alors une forme de porte d’entrée et de lien entre la house et la bourrée.

« Je me suis mise à découvrir les danses sociales et à les apprendre par plaisir, par curiosité. »

D’autres centres d’intérêts de la jeune chorégraphe convergent vers cette création, comme la question du vivant : « Pour la première fois, j’étais seule en création et j’ai eu envie de mettre le vivant et le végétal sur le même plan. Cela a développé toute une ramification d’images et de sens. La question du féminin et de la reproduction, aussi, que l’on pouvait assimiler à la germination et au végétal, a pris plusieurs formes et est assez centrale dans le spectacle. » Elle souligne aussi son envie de s’investir physiquement dans une pratique concrète, de la même manière que lorsqu’elle avait appris ces danses sociales, la bourrée ou la house : « J’avais envie d’être dans le faire, et d’être dans l’action. »

unnamed_1_4La période de confinement est venue interrompre le processus de création de son nouveau spectacle, La Chaleur, en pleine résidence au Buda de Courtrai, qui a été écourtée. Sa résidence prévue en mai à Caen a été reportée au mois d’août prochain. Enfin, trois représentations de Labourer ont été annulées, à Bourges, à La Norville (dans l’Essonne) et à Vienne, en Autriche, pour le festival Impulstanz. Après la première, qui aura lieu les 13 et 14 novembre à Courtrai, les dates de tournée de La Chaleur sont prévues en 2021, notamment à Marseille, à Genève, aux , à Nantes et à Bruxelles, qui sont des lieux dans lesquels elle présente régulièrement son travail.

Avec son équipe de création, composée de  aux lumières, Andrea Baglione, pour la scénographie et la conception d’objets à partir d’images symboliques du tarot, de la muse, de l’astrologie et des signes du zodiaque, mais aussi les danseurs, elle s’est demandée comment ils allaient pouvoir travailler ensemble en respectant la distance physique et après avoir vécu le confinement : « Le fait de ne pas pouvoir se toucher met en exergue le lien, l’espace entre nous. C’est comme si cela révélait la kinesphère autour de nous et la kinesphère de l’autre. Cette sensation ultra-développée peut être une matière de recherche pour nous, puisqu’il y a une sorte de tension augmentée entre nous. Nous ne savons pas encore trop ce que cela peut produire dans l’espace public, mais je suis sûre que cela va habiter le projet. Je ne peux pas m’empêcher de me mettre à la place du spectateur aussi dans cette pandémie et d’imaginer ce qu’il va ressentir d’être à nouveau dans un théâtre, d’être proche des gens, de voir d’autres corps sur scène. Cela crée quelque chose et il est impossible de pas ne pas le prendre en compte.»

« Je souhaite que La Chaleur soit reçu par le public comme un ensemble.»

Le point de départ de ce nouveau spectacle pour cinq interprètes est la voix et le chant, en particulier des chœurs à plusieurs voix de Purcell que chacun a appris de son côté, alors que travailler le chant choral à distance ne semble pas possible à la chorégraphe : « Le chœur, c’est fait pour être chanté ensemble, mais nous allons beaucoup travailler seul, donc chacun avec sa voix. Nous avons fait de toutes petites sessions de travail, en individuel, mais c’était davantage pour leur donner quelques indications afin qu’ils puissent chacun travailler de leur côté. S’approprier chacun sa voix, en intimité avec sa voix, comme si on était en solo. Nous avons eu un chef de chœur pendant trois semaines, qui est aussi chef de chœur dans une chorale amateur à laquelle je participe depuis plusieurs années. Il nous a transmis et aidé à apprendre ces chants.» Il s’agit d’une dizaine de morceaux, comme If music be the food of love, Wellcome to all the pleasures ou Then lift up your voices, qui expriment pour la joie de la musique, l’amour, quelque chose d’assez lumineux, d’assez optimiste et quelques morceaux plus tragiques, issus des funérailles pour la Reine Mary.

Les chants seront tous a capella et la chorégraphe a choisi de collaborer à nouveau avec Clément Vercelleto (qui avait conçu le dispositif musical de Labourer) mais cette fois avec du papier et des boomers posés sur le papier : « Ce qui m’intéresse, c’est ce contraste entre les chants harmoniques, les mélodies baroques et cet objet sonore qui aura un côté plus « noise », plus brut. Cela pose forcément aussi la question de ce qu’est la musique, des styles tellement différents qui viennent s’entrechoquer.» Avec Clément Vercelleto, qui fait aussi beaucoup de synthétiseur modulaire (électronique) et travaille sur l’intonation juste, Madeleine Fournier va explorer la rencontre entre ces deux sources organique/machines, baroque/noise : « J’aime bien discuter avec toute l’équipe de tous les aspects scénographiques, sonores et lumineux qui s’entremêlent. Je souhaite que La Chaleur soit reçu par le public comme un ensemble. »

Crédits photographiques : image de une © Tamara Seilman ; Labourer © Patrick Berger

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