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Cordes pincées en liberté : le geste et la joie

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Œuvres de François Couperin (1668-1733), Robert de Visée (c.1655-1732), Michel Lambert (c.1610-1696), Marin Marais (1656-1728), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691), Antoine Forqueray (1672-1745), Jean-Philippe Rameau (1683-1764). Thomas Dunford, archiluth ; Jean Rondeau, clavecin ; Lea Desandre, mezzo-soprano ; Marc Mauillon, baryton ; Myriam Rignol, viole de gambe. 1 CD Erato. Enregistré à la chapelle Corneille de Rouen en septembre 2019. Durée : 70:49

 

, et leurs amis de l’ nous invitent ici à questionner les mystères de la musique par le truchement de quelques unes des plus belles pièces du baroque français.

Barricades_Jean Rondeau_Thomas Dunford_EratoLa musique baroque offre aux interprètes un immense terrain de jeu propice à l’improvisation, à laquelle président respect des codes et liberté, ce qu’on appelle à l’époque le bon goût. C’est de cette liberté que s’emparent le luthiste et le claveciniste , deux des meilleurs représentants de cette jeune génération de baroqueux inventifs, pour nous offrir un écheveau d’improvisations aux cordes pincées. C’est plus précisément Thomas Dunford qui invente à l’archiluth des contre-parties aux pièces de clavecin jouées par , comme le faisait à l’époque Gaspard Le Roux. Les rôles sont alternativement renversés dans les danses d’une magnifique suite pour luth de . La majorité des pièces choisies pour ce programme adoptent la forme en rondeau, avec couplets et refrain, et ce retour obstiné au refrain permet de varier l’invention. Reconstituant une partie de l’effectif de l’, les interprètes nous proposent aussi trois pièces vocales avec la basse-taille et la mezzo-soprano , pour lesquelles les continuistes sont rejoints par la violiste . Cette dernière interprète une superbe version de La rêveuse de Marais, autre pièce en rondeau, accompagnée par l’archiluth. Les voix aussi peuvent ornementer à l’envi : un bel exemple nous en est donné par dans un air de cour de (on se souvient de son bel enregistrement des Leçons de ténèbres de ce compositeur). Ici encore, l’ornementation luxuriante est une illustration du bon goût, et n’empêche en rien l’intelligibilité du texte. Quant à , elle nous offre un air de construit sur une basse obstinée de chaconne.

Ce programme va bien au-delà du dialogue improvisé entre le clavecin et le luth. Dans le texte du livret, les musiciens affirment : « Il n’est pas question pour nous de nous répondre, mais de nous interroger ». « Comment survivre sans le doute ? » nous disent encore les interprètes. Est-ce ce questionnement qui les amène à choisir pour les Barricades mystérieuses un tempo si libre qu’il en devient aussi mouvant que les fluctuations de l’âme ? Au-delà des tempi étirés, cette impression d’introspection est renforcée par la longueur inhabituelle des silences qui ponctuent l’enchainement des pièces et laissent en suspens ce qui vient d’être dit, comme à la fin de la berceuse de (Le dodo ou l’Amour au berceau) où une ultime note en l’air nous abandonne au bonheur du sommeil. Les pièces jouées en solo au clavecin ou à l’archiluth ne sont pas en reste dans l’impression de poésie qui émane de tout le programme. Grande émotion dans le Prélude non-mesuré d’Anglebert sous les doigts inspirés de Jean Rondeau (sur un magnifique clavecin français de ). Et les Voix humaines de Marais, que Thomas Dunford empruntent au répertoire de la viole, sont à pleurer de beauté. On retrouve le jeu explosif du clavecin dans La Portugaise de Forqueray, dont le luth vient renforcer l’effet percussif, ainsi que dans La Jupiter, où les conduits improvisés par Thomas Dunford font grand effet, avant que le clavecin ne lance le feu d’artifice de ses fusées dans le dernier couplet, et que l’ultime refrain ne nous entraine dans un irrésistible tourbillon dont Jean Rondeau est coutumier. « Nous sommes des ruminants du geste-passion, des flibustiers de la joie » nous disent les deux compères. La fin du programme, tout en douceur avec le dernier duo vocal, dit bien la volonté des interprètes de nous prouver qu’ils ont su dompter leur vigueur juvénile pour nous offrir un grand moment d’émotion. La prise de son très équilibrée et la parfaite acoustique de la chapelle Corneille de Rouen concourent à faire de cet enregistrement un sommet de poésie sensible.

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Œuvres de François Couperin (1668-1733), Robert de Visée (c.1655-1732), Michel Lambert (c.1610-1696), Marin Marais (1656-1728), Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), Jean-Henry d’Anglebert (1629-1691), Antoine Forqueray (1672-1745), Jean-Philippe Rameau (1683-1764). Thomas Dunford, archiluth ; Jean Rondeau, clavecin ; Lea Desandre, mezzo-soprano ; Marc Mauillon, baryton ; Myriam Rignol, viole de gambe. 1 CD Erato. Enregistré à la chapelle Corneille de Rouen en septembre 2019. Durée : 70:49

 
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