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Concerto pour violon en ut dièse mineur de Franz Berwald

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La postérité n’a retenu du catalogue du Suédois que son cycle exceptionnel de quatre symphonies. C’est sans aucun doute un peu court. La démonstration en est administrée par cette présentation du Concerto pour violon, composé il y a 200 ans, qui gagnera les suffrages de ceux qui l’écouteront sans a priori.

CaptureUn personnage très singulier,

Né en 1796, un an avant Franz Schubert, et décédé en 1868, un an avant Berlioz, Franz Berwald, issu d’une famille de musiciens suédois d’origine allemande, aura vécu une existence peu ordinaire.

Très jeune encore il apprend le violon avec son père et commence à jouer en public dès l’âge de 9 ans. Puis, il poursuit sa formation auprès du Français Édouard Du Puy (1770-1822), surnommé par certains le « Don Juan du Nord », dont il interprètera le Concerto pour violon à 14 ans. Ce maître lui offre une place dans son orchestre de l’Opéra de Stockholm dès l’âge de 16 ans. Il y jouera par intermittence jusqu’en 1828.

Franz commence sérieusement la composition à l’époque de ses 20 ans, en 1816, principalement en autodidacte. Dès 1817, il a écrit un double concerto pour lui-même et son frère Auguste, son cadet de deux années, puis il élabore un quatuor à cordes, un quatuor pour piano et vents.

Son parcours humain et artistique sera difficile et des décennies durant, sa musique sera mal acceptée par ses contemporains. Il vivra à Berlin pendant une douzaine d’années à partir de 1829 où il réussira une carrière… d’orthopédiste, et s’essaiera à divers métiers sans rapport avec la musique. Ses quatre symphonies achevées (années 1840) ne connaîtront pas le succès et Franz s’installera à Vienne en 1841 avant d’effectuer des voyages à l’étranger à partir de 1846. Son opéra le plus célèbre est La Reine de Golconde.

Histoire du Concerto pour violon, structure de l’opus 2

Le Concerto pour violon en ut dièse mineur ne dure qu’une vingtaine de minutes et comporte trois mouvements, successivement vif-lent-vif : 1 / Allegro moderato, 2/ Adagio, 3 /Rondo. Allegretto. Le numéro d’opus 2 attribué traditionnellement à ce concerto ne correspond pas à l’ordre chronologique de composition. Franz Berwald utilise ici un orchestre plutôt allégé en faisant appel à 1 flûte, 2 bassons, 2 clarinettes en la, 2 cors, 2 trompettes, des timbales et des cordes. Ce choix rend la musique alerte et fluide ; elle bénéficie agréablement de cet effectif judicieux et équilibré.

Il l’écrit dans la tonalité d’ut mineur, relativement peu utilisée, le destine à son cousin Johan Fredrik Berwald et semble avoir voulu le parsemer de difficultés techniques. Toutefois, lors de la création qui se déroule à Stockholm le 3 mars 1821, le rôle de soliste revient à son frère August. Au programme de ce concert figure également son premier essai symphonique dont il ne reste plus aujourd’hui qu’un assez long fragment appartenant au premier mouvement.

L’Allegro moderato dure environ 11 minutes. L’introduction orchestrale réussie, riche et très variée, distille une aimable poésie. Puis, le violon soliste déclame un beau texte, au timbre chaleureux, construit, quasiment méditatif. Cette page s’éloigne de l’esprit galant provoquant probablement la surprise des auditeurs par sa richesse mélodique et la prédominance du soliste qui se dispense des effets gratuits et purement virtuoses. L’orchestre lance à plusieurs reprises des appels saccadés déjà caractéristiques de l’écriture du compositeur que l’on retrouvera notamment dans ses symphonies à venir. Le violon domine par son langage expressif et inventif.

L’Adagio, très bref, comprend 26 mesures seulement pour une durée totale de 2 minutes et demie approximativement. L’accompagnement orchestral fut jugé « grotesque », provoquant parmi les auditeurs « une hilarité quasi-générale ». Étonnement, il développe une poésie chaude et naturelle restant cependant à distance de trop de chaleur sensuelle et de mélancolie romantique, et optant pour une limpidité lyrique personnelle, toute de retenue et de noblesse.

Le Rondo. Allegretto conclut la partition et dure 6 minutes. Il commence attaca et surprend par sa rythmique entraînante et sa thématique violonistique exceptionnelle et variée. Il se montre charmeur, euphonique, virevoltant et chantant. Il se caractérise par une belle spontanéité. Nul doute, il annonce le romantisme à venir.

Réception du Concerto pour violon en ut mineur

La création ne se déroula pas comme espéré. La critique se montra peu favorable et le public ne ménagea pas sa désapprobation. On trouva la musique handicapée par une lourdeur excessive, par un déroulement mélodique peu satisfaisant, et l’on ne manqua de se moquer de l’accompagnement orchestral du deuxième mouvement. Néanmoins, l’exécution du soliste fut appréciée « en dépit d’une écriture particulièrement ingrate et maladroite », d’une pénurie de mélodie. Ces jugements, très sévères, surprennent à l’écoute de cette partition des plus agréable avec ses tournures rythmiques franches et ses intonations mélodiques entraînantes et somme toute immédiatement abordables.

On cite souvent le critique de la revue Argus du 24 mars 1821, qui clame son mécontentement en critiquant cette pièce « terrible pour les oreilles » et « ses dissonances insupportables ». Cette réception résolument négative poussa immédiatement le Concerto vers un oubli interminable puisqu’il devait durer 90 ans ! Seul le premier mouvement fut interprété en 1903 lors de la journée « Musikalsta Akademien » de la capitale suédoise.

On peut penser que les auditeurs se référaient au style habituellement admis et consensuel tel que présent dans les concertos de l’époque : Concerto n° 1 mi bémol majeur, souvent transposé en majeur op. 6 de l’Italien Nicolò Paganini (1782-1840) datant de 1817, probablement aussi les dix premiers élaborés par Louis Spohr (1784-1859) avant 1820, et d’autres encore aujourd’hui oubliés. Le chef-d’œuvre de Beethoven en ré majeur op. 61, plus personnel et novateur, datait de 1806.

Esthétique du Concerto pour violon

La musique de Berwald, contemporain de Chopin, Schumann, Bellini, Mendelssohn et Weber, porte nettement les influences du classicisme, lesquelles sont enrichies de traits vraiment inédits comme par exemple des passages à type de soubresauts imprévisibles et curieux, tout en portant les marques indéniables d’un romantisme naissant. Ces qualificatifs généraux s’appliquent moins nettement au Concerto pour violon qui est une œuvre de jeunesse : il a seulement 24 ans à l’époque de sa conception.

Le Concerto pour violon, écouté sans a priori, révèle une musique spontanée, enjouée, affichant une grande souplesse et une unité stupéfiante, une petite merveille méritant amplement une attention renouvelée aussi bien au concert que sur les ondes radiophoniques.

CaptureUne redécouverte tardive

Le violoniste suédois d’origine française (1874-1934), en 1909, reprend le Concerto en ut mineur et le joue en tournée en Europe.

Le 5 octobre 1909, il l’interprète dans son intégralité à Berlin, et quelques semaines plus tard, le 6 novembre, le défend encore mais cette fois à Hambourg. Il revient donc au célèbre violoniste d’avoir œuvré au renouveau de la musique de Franz Berwald, mort en 1868. Le fils du compositeur, Hjalmar Berwald, en guise de reconnaissance et de remerciement, lui offrit la partition autographe du Concerto en ut mineur.


Conseils discographiques

(violon), Orchestre symphonique de la radio, Berlin, dir. Gabriel Chmura. Enregistré en 1973. Thorofon, Capella CTH 2018. Durée : 20’15 (11’13 + 2’42 + 6’16). Couplage : Concerto pour violon de Reinhard Schwarz-Schilling.

(violon), Orchestre philharmonique royal, dir. Ulf Björlin. Enregistré en 1976. EMI Classics 7243 5 65073 2 6. Durée : 21’ 10 (11’30 + 3’05 + 6’35). Couplage avec d’autres œuvres de Berwald : La Reine de Golconda, ouverture, Concerto pour piano, Festival des Bayadères, Fantaisies sérieuses et joyeuses.

(violon), Orchestre de chambre suédois, dir. Niklas Willén. Enregistrement de 1997. Naxos 8.554287. Durée : 21’ 38 (12’21 + 2’30 + 6’47). Couplage : W. Stenhammar (Deux Romances sentimentales) et Tor Aulin (Concerto pour violon n° 3).

Sources principales

Jean-Luc CARON, Franz Berwald, Bulletin de l’Association Française Carl Nielsen (A.F.C.N.) n° 16, 1997.

Jean-Luc CARON, Musique romantique suédoise, L’Harmattan, 2019.

Robert LAYTON, Franz Berwald, Anthony Blond, 1959.

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