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Weinberg défendu par les forces vives de la Radio polonaise

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Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie n° 2 pour orchestre à cordes op. 30 ; Symphonie n° 7 pour orchestre à cordes et clavecin op. 81. Dorota Frąckowiak-Kapała, clavecin ; Orchestre de chambre de la Radio Polonaise Amadeus, direction : Anna Duczmal-Mróz. 1 CD DUX. Enregistré au Grand hall de l’Université Adam Mickiewicz à Poznań en juin 2019. Texte polonais et anglais. Durée : 68:00

Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie de chambre n° 2 op. 147 pour orchestre de chambre et timbales ; Symphonie de chambre n° 4 op. 153 pour orchestre à cordes, clarinette et triangle ; Sinfonietta n° 2 op. 74 pour orchestre à cordes et timbales ; Concerto n° 2 pour flûte et orchestre à cordes op. 148bis. Kornel Wolak, clarinette ; Łukasz Długosz, flûte ; Beata Słomian, triangle ; Piotr Szulc, timbales ; Orchestre de chambre de la Radio Polonaise Amadeus, direction : Anna Duczmal-Mróz. 2 CD DUX. Enregistrés au Grand hall de l’Université Adam Mickiewicz à Poznań, le 15 avril 2015 (op. 153), le 13 mars 2019 (op. 147), le 17 janvier 2018 (op. 74) et le 13 mai 2019 (op. 148bis). Texte polonais et anglais. Durée totale : 99:39

 

Le centenaire de la naissance du compositeur polonais (1919-1996) est fêté par l’ avec la sortie de deux albums dévoilant plus avant les facettes d’une personnalité d’une indéniable originalité.

1631 digi D29_korekta loga.inddLes six pièces de Weinberg, prélevées dans un corpus de quelques 500 œuvres dont 154 possèdent à ce jour un numéro d’opus, couvrent plus de 45 ans de création (de 1946 à 1992) et convoquent la formation orchestrale pour cordes avec, ou non, un soliste.

À l’écoute de la Symphonie pour cordes n° 2 op. 30 écrite en 1946 (année de la Sonate n° 1 pour piano de Boulez), on constate à l’évidence que la modernité n’est pas la même d’un côté et de l’autre du rideau de fer. Si l’école de Vienne est inconnue, la musique de Stravinsky peine également à franchir les frontières. Puissamment charpentée (Allegro moderato), la Symphonie pour cordes n° 2 de Weinberg balance entre un Mahler, pour la conduite du contrepoint, et un Chostakovitch dont les pizzicati incisifs et l’allure énergétique du discours s’exercent dans le troisième mouvement (Allegretto). L’Adagio central, libéré de toute entrave formelle, nous fait aborder des rivages plus personnels. L’écriture d’une intense expressivité s’émancipe des lois tonales via une conduite aventureuse des lignes de contrepoint. Dix-huit ans plus tard, la Symphonie n° 7 (1964) pour orchestre à cordes et clavecin en six mouvements, dont les trois premiers sont enchaînés, accuse la dimension narrative d’une musique qui transgresse le modèle formel pour se mouvoir très librement dans l’espace-temps. Atypique également est le rapport du clavecin soliste – Dorota Frąckowiak-Kapała – avec l’orchestre. Personnage central dans le premier mouvement, il ne fait qu’ajouter sa couleur à un orchestre à cordes chauffé à blanc dans le deuxième mouvement. Il assure la transition (Adagio sostenuto) avec le troisième mouvement (Andante), chostakovien en diable avec ses cellules rythmiques récurrentes. Absent des quatrième et cinquième mouvements, le clavecin ne réapparaît que dans l’Allegro final, énonçant en soliste une sorte de cellule-timbre dans l’extrême aigu de sa tessiture. Jeu des cordes sur le chevalet, pizzicati glissés, traits acérés, percussions sur le bois… le timbre est au service d’une écriture très théâtrale à laquelle l’ donne un relief très impressionnant.

cover _1632_33_130x117.inddLa Symphonie de chambre n° 2 (il y en a quatre au total) pour orchestre à cordes et timbales op. 147 (1987) débute ce double CD qui réunit des œuvres plus récentes. Weinberg dessine là encore une trajectoire originale qui s’achève sur un Andante sostenuto poignant, une déploration funèbre donnant à la symphonie une allure de drame sans paroles. Le geste s’est libéré et les contrastes nourrissent la dramaturgie cernée par les timbales dans l’Allegro molto : entre ton persiflant et caresse des cordes, les « Amadeus » épousent les aléas d’un discours en constante mutation. Le deuxième mouvement Pesante moderato, où les timbales interviennent sotto voce, se coule dans la forme d’un menuet rustique (l’ironie affleure) autorisant des déviations tonales et des effets de timbre avant l’issue tragique du finale.

Tout aussi libre dans l’articulation de ses quatre mouvements, la Symphonie de chambre n° 4 (1992) pour clarinette et triangle, l’œuvre la plus tardive de l’album, est sans aucun doute la plus riche au niveau de l’invention thématique et du flux narratif drainé par un véritable leitmotiv. L’intervention aussi courte qu’éloquente de la clarinette de Kornel Wolak, au mitan du Lento initial, est du plus bel effet, au-dessus de la trame sombre des cordes. Personnage d’un drame sous-jacent, le soliste ménage des entrées stratégiques, laissant le violon solo d’abord, puis le violoncelle s’exprimer chacun à leur tour. Le triangle parcimonieux n’apporte sa touche lumineuse que dans le sixième et dernier mouvement Andantino. C’est le profil d’un thème hébraïque sensible et nostalgique, brodé par le violon, qui se dessine à la clarinette, tandis que la couleur de l’instrument klezmer s’entend dans la cadence du soliste : autant d’échos d’un passé immémorial dont à la tête de l’orchestre polonais restitue l’intensité tragique avec justesse autant que retenue.

Weinberg adopte le moule traditionnel des trois mouvements vif-lent-vif dans le Concerto pour flûte et orchestre de chambre (CD II). Avec sa fugue un rien appuyée, le premier mouvement frise l’académisme, quand le finale, en mal d’inspiration, cite Vivaldi et Bach (la Badinerie de la Suite pour orchestre n° 2). Le Largo est plus réussi, avec une partie de flûte (Łukasz Dɬugosz) aux sinuosités chromatiques s’inscrivant sur la toile mouvante des cordes dans un ensemble fluide magnifiquement rendu par l’orchestre.

Plus encore que l’Allegro roboratif au phrasé haché qui débute la Sinfonietta pour cordes et timbales de 1960, l’Allegretto suivant avec sa pulsation obsessionnelle relève de l’ironie chostakovienne. Les deux mouvements suivants, Adagio et Andantino, sont d’une veine beaucoup plus personnelle, Weinberg donnant dans le final libre court au contrepoint et à l’invention thématique dans un contexte tonal très élargi : c’est une des très belles plages de cet album où la polyphonie flottante s’éploie sur le fond discret, autant que délicat, du roulement de timbales.

Servi par d’excellentes conditions de captation, l’Orchestre de chambre de la Radio Polonaise Amadeus, sous la conduite d’, œuvre dans la finesse et la précision du jeu. Cela séduit, tout comme l’équilibre des forces et l’engagement du geste, au service d’une musique qui mise sur le potentiel du timbre autant que sur les ressorts de l’expression.

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Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie n° 2 pour orchestre à cordes op. 30 ; Symphonie n° 7 pour orchestre à cordes et clavecin op. 81. Dorota Frąckowiak-Kapała, clavecin ; Orchestre de chambre de la Radio Polonaise Amadeus, direction : Anna Duczmal-Mróz. 1 CD DUX. Enregistré au Grand hall de l’Université Adam Mickiewicz à Poznań en juin 2019. Texte polonais et anglais. Durée : 68:00

Mieczysław Weinberg (1919-1996) : Symphonie de chambre n° 2 op. 147 pour orchestre de chambre et timbales ; Symphonie de chambre n° 4 op. 153 pour orchestre à cordes, clarinette et triangle ; Sinfonietta n° 2 op. 74 pour orchestre à cordes et timbales ; Concerto n° 2 pour flûte et orchestre à cordes op. 148bis. Kornel Wolak, clarinette ; Łukasz Długosz, flûte ; Beata Słomian, triangle ; Piotr Szulc, timbales ; Orchestre de chambre de la Radio Polonaise Amadeus, direction : Anna Duczmal-Mróz. 2 CD DUX. Enregistrés au Grand hall de l’Université Adam Mickiewicz à Poznań, le 15 avril 2015 (op. 153), le 13 mars 2019 (op. 147), le 17 janvier 2018 (op. 74) et le 13 mai 2019 (op. 148bis). Texte polonais et anglais. Durée totale : 99:39

 
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