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Festival Durance Luberon : Prima la Voce

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Saint-Estève-Janson. Théâtre de verdure du Vallon de l’Escale. 14-VIII-2020. Georges Bizet (1838-1875) : Les Pêcheurs de perles, opéra en trois actes sur un livret de Michel Carré et Eugène Cormon. Version de poche. Mise en scène et piano : Vladik Polionov. Avec : Cécilia Arbel, Leïla. Rémy Poulakis, Nadir. Florent Leroux-Roche, Zurga. Xavier Fabre, Nourabad.
Peyrolles-en-Provence. Cour du Château. 19-VIII-2020. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Victor Hugo. Version de poche. Mise en scène et piano : Vladik Polionov. Avec : Kristian Paul, Rigoletto. Amélie Robins, Gilda. Rémy Poulakis, Le Duc de Mantoue. Florent Leroux-Roche, Sparafucile. Marie Pons, Magdalena. Patrick Agard, Monterone

Installé dans les hauts lieux patrimoniaux de la vallée de la Durance et du Luberon, cerné par ses célèbres voisins de la Roque d’Anthéron et de Salon de Provence, le festival Durance Luberon propose, pour sa 23e édition, un programme ambitieux et éclectique qui fait la part belle aux voix, avec deux opéras en version de poche, Les Pêcheurs de perles de et Rigoletto de . Deux magnifiques tremplins pour de jeunes chanteurs.

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Force est de reconnaître que Les Pêcheurs de perles ont toujours lourdement pâti de l’indigence du livret et de la pauvreté de la dramaturgie, cette faiblesse expliquant probablement leur relative rareté sur scène. L’audacieux projet de de monter cet opéra en version de poche, avec réduction pour piano, n’en apparaît, dans ce contexte, que plus méritoire. L’intrigue, des plus simplistes, se développant dans un orientalisme de pacotille sur l’île de Ceylan, nous conte les mésaventures de deux amis, épris de la même femme, ayant fait le serment de ne pas la séduire… La trahison de l’un d’eux brisera leur amitié. Triangle amoureux passablement éculé et trahison d’une prêtresse, sont autant de clins d’œil à la Vestale de Spontini ou à la Norma de Bellini, c’est dire qu’il faut se concentrer sur la musique de Bizet et considérer cette oeuvre comme un opéra de chanteurs fait constitué d’une suite de numéros parmi lesquels Bizet citait lui-même la Romance de Nadir, le Duo entre Nadir et Zurga, le Chœur « l’ombre descend des cieux », la Cavatine de Leïla et l’Air de Zurga, fournissant un terrain d’élection pour les plus belles voix de l’histoire de l’opéra, comme celle d’Emma Calvé dans le rôle de Leïla, ou encore de Caruso en Nadir, pour n’en citer que quelques uns… Si la réduction pour piano peut paraître, par instants, un peu aride, nous faisant regretter les beautés voluptueuses de la partition orchestrale, il faut bien avouer que, depuis son clavier, , conduit ses troupes avec brio, intelligence et force de couleurs, tissant autour des chanteurs un écrin de belle facture malgré une scénographie assez kitsch et une mise en scène qui se limite plutôt à une mise en situation.

La distribution vocale est assez homogène, s’appuyant sur un trio de jeunes chanteurs. , dans le rôle de Nadir, donne à sa célèbre Romance : « je crois entendre encore… » de belles intonations, chantée mezzo-voce, sur un tempo assez lent. Si les aigus manquent un peu d’ampleur, le timbre est lumineux, la diction claire et facilement compréhensible. Face à lui dans le duo de l’acte I : « Au fond du temple saint », le Zurga de fait également bonne figure par la complémentarité et l’enlacement symbiotique des timbres. La puissance d’émission bien contrôlée, la souplesse de sa ligne de chant comme la profondeur de son baryton forcent l’admiration dans un très émouvant : « L’Orage s’est calmé… Ô Nadir » à l’acte III. Peut-être légèrement en retrait par une présence vocale plus limitée et un timbre quelque peu acide, campe cependant une Leïla fraîche et attendrissante qui séduit par son legato dans son rêveur : « Me voilà seule dans la nuit » avec des vocalises bien conduites.

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Soirée d’une tout autre dimension dramatique dans la cour du château de Peyrolles-en-Provence pour un superbe Rigoletto porté par l’éblouissant dans le rôle-titre et l’émouvante Gilda d’. Drame de passion, de trahison, d’amour filial et de vengeance, Rigoletto offre une parfaite combinaison de drame et de musique. Une production convaincante de bout en bout, que ce soit par la qualité de l’accompagnement de Vladik Polionov dont le piano riche en couleurs est parfaitement en phase avec la dramaturgie ou par l’efficience et l’à propos de la mise en scène exploitant avec intelligence toutes les possibilités offertes par le décor naturel du château, sans oublier l’acuité de la direction d’acteurs ou la beauté des costumes.

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Le casting vocal reprend pour partie la distribution des Pêcheurs de perles avec, notamment, les deux protagonistes masculins, dans le rôle du Duc de Mantoue et dans celui de Sparafucile. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est par un solaire « Questa o quella » que Rémy Poulakis entame le premier acte, confirmé à l’acte III par un emblématique « La donna è mobile » joliment négocié avec beaucoup de nuances. Après la malédiction de Monterone, admirablement chantée par , c’est essentiellement autour des deux personnages de Rigoletto et Gilda et du thème de la vengeance que l’intrigue s’organise dans une succession d’airs et d’ensembles. Une belle occasion pour de faire valoir un engagement scénique sans faille dans la colère, la détresse ou la déploration, un sublime legato et une diction irréprochable. , quant à elle, séduit par son timbre élégant de soprano lyrique, son ambitus étendu et ses vocalises faciles comme par la théâtralité de son jeu, poussant l’émotion à son comble dans un duo d’anthologie avec son père : « Tutte le feste al tempio » à l’acte II. Les nombreux ensembles vocaux sont tous particulièrement réussis, notamment le trio du III : « Somiglia un Apollo… » entre Sparafucile, Gilda et Magdalena (Marie Pons), alors que le fameux quatuor souffre d’un léger déséquilibre du fait d’une mauvaise spatialisation des chanteurs sur scène. Le reste de la distribution est d’une égale qualité. Un beau festival et des chanteurs à suivre.

Crédits photographiques : © Bertrand Périsson

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Saint-Estève-Janson. Théâtre de verdure du Vallon de l’Escale. 14-VIII-2020. Georges Bizet (1838-1875) : Les Pêcheurs de perles, opéra en trois actes sur un livret de Michel Carré et Eugène Cormon. Version de poche. Mise en scène et piano : Vladik Polionov. Avec : Cécilia Arbel, Leïla. Rémy Poulakis, Nadir. Florent Leroux-Roche, Zurga. Xavier Fabre, Nourabad.
Peyrolles-en-Provence. Cour du Château. 19-VIII-2020. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en trois actes sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Victor Hugo. Version de poche. Mise en scène et piano : Vladik Polionov. Avec : Kristian Paul, Rigoletto. Amélie Robins, Gilda. Rémy Poulakis, Le Duc de Mantoue. Florent Leroux-Roche, Sparafucile. Marie Pons, Magdalena. Patrick Agard, Monterone

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