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Cet Étrange Éclat, prometteur ensemble de basses

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Paris. Archives nationales, Hôtel de Soubise. 10-X-2020. Œuvres d’Arcangello Corelli (1653-1713), Antonio Vivaldi (1678-1741), Giacobbe Cervetto (c.1680-1782), Marin Marais (1656-1728), Benedetto Marcello (1686-1739) et Jean-Baptiste Barrière (1707-1747). Cet Étrange Éclat (Gauthier Broutin, violoncelle ; Agnès Boissonnot-Guilbault, viole de gambe ; Chloé Lucas, violone ; Nora Dargazanli, clavecin)

La voie ouverte par Bruno Cocset et ses Basses Réunies est brillamment empruntée par ce jeune ensemble que les concerts Jeunes Talents, qui retrouvent cette année le cadre de l’Hôtel de Soubise aux Archives nationales, proposaient de découvrir dans un programme éminemment baroque.

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Mélanger les instruments de la famille des violes et ceux de la famille des violons n’a rien de choquant, dans la tradition de réunion des goûts et d’adaptation aux réalités du terrain qui caractérise l’époque baroque. , jouant d’un violone – qui ressemble à une grande basse de viole à six cordes, au clavecin,  à la viole et au violoncelle baroque, le mettent en pratique au sein du jeune ensemble .

Le programme s’ouvre sur l’œuvre la moins enthousiasmante de la soirée, une transcription (anonyme) d’une sonate pour violon de Corelli. Logiquement, la viole a par moments du mal à faire ressortir sa voix de soliste, et force parfois certaines intonations (notamment les vibratos). Mais au moins est-on happé d’emblée par la cohésion de l’ensemble, l’intelligence de l’articulation et la beauté des sons graves subtilement différents. Très solide, , dont le clavecin se trouve l’instrument le plus aigu présent, donne l’impression (peut-être trompeuse) d’être à la baguette. L’intérêt monte ensuite, avec deux mouvements de la Sonate pour violoncelle RV 47 d’ : le violoncelle de chante avec beaucoup d’intensité, et non sans subtilité ; mais pourquoi diable avoir éclaté cette sonate dans le programme et ne pas l’avoir donnée en entier ? Puis on découvre un compositeur mal connu, juif italien émigré en Angleterre qui aurait vécu 101 ans, , qui doit sa présence ce soir au fait d’avoir composé des sonates en trio pour deux basses. L’élégance de l’écriture dans la Sonate en sol mineur op. 1 n° 3 est soulignée par les musiciens, mais il faut reconnaître que les dialogues entre les voix sont d’une écriture assez convenue. Rien à voir avec et sa Sonate à deux basses en ré mineur op. 6 n° 2, dont le contrepoint très inventif est si savoureux, en particulier dans le dernier mouvement presto sans continuo.

Et c’est enfin , violiste passé au violoncelle, dont l’écriture mêle si intimement styles français et italien. Introduite en guise de prélude par un mouvement de sonate pour clavecin, où Nora Dargazanli fait admirer son jeu plein d’engagement et de liberté, la Sonate pour violoncelle n° 6 en do mineur est le moment le plus éclatant de la soirée. L’écriture virtuose, pleine de contrastes, est brillamment prise en main par Gauthier Broutin, en particulier dans un Allegro où les accalmies succèdent à l’orage le plus énergique, et dans un Larghetto superbement chantant, agrémenté de contre-chants de toute beauté qu’ invente, suppléant la main droite du clavecin. Enfin, la Sonate en trio n° 2 en ré mineur met sur un pied d’égalité le violoncelle et la viole, et conclut avec une Gigue savoureuse ce concert enthousiasmant.

Crédits photographiques : Ensemble © Max/Jeunes Talents

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Paris. Archives nationales, Hôtel de Soubise. 10-X-2020. Œuvres d’Arcangello Corelli (1653-1713), Antonio Vivaldi (1678-1741), Giacobbe Cervetto (c.1680-1782), Marin Marais (1656-1728), Benedetto Marcello (1686-1739) et Jean-Baptiste Barrière (1707-1747). Cet Étrange Éclat (Gauthier Broutin, violoncelle ; Agnès Boissonnot-Guilbault, viole de gambe ; Chloé Lucas, violone ; Nora Dargazanli, clavecin)

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