Voyage à travers le violoncelle baroque avec Les Basses Réunies

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Cortot. 5-II-2019. Œuvres de Diego Ortiz (1510-1570), Girolamo Frescobaldi (1583-1643), Tobias Hume (1570-1645), Giovanni Battista Vitali (1632-1692), Domenico Gabrielli (1659-1690), Giuseppe Jachini (1667-1727), Arcangelo Corelli (1653-1713), Jean Barrière (1707-1747), Antonio Vivaldi (1678-1741) et Benedetto Marcello (1686-1739). Les Basses réunies : Bertrand Cuiller, clavecin ; Richard Myron, contrebasse ; Guido Balestracci, viole de gambe ; Bruno Cocset, violone, violoncelles et direction

Bruno cocsetAgréable et instructif, tels sont les principaux qualificatifs qui nous viennent en pensant au travail de et de son ensemble . Confirmation lors d’un concert parisien à la salle Cortot.

Le programme propose un parcours chronologique de la Renaissance à l’apogée du baroque, mais c’est surtout à un parcours à travers la grande diversité et l’histoire tortueuse des basses d’archet que nous convient les musiciens. Si à la contrebasse et au clavecin jouent du même instrument pendant toute la soirée, est venu avec pas moins de six spécimens de la famille des violons, tandis que utilise trois violes de gambe différentes. Il est certes moins déroutant d’aborder ce concert en ayant une certaine connaissance de l’histoire des basses d’archet (par exemple en ayant lu et écouté l’excellent Cello stories paru chez Alpha), mais quelques explications claires et concises en début de concert par Bruno Cocset donnent des clefs suffisantes pour se sentir un minimum initié.

Les premières pièces mettent en avant la grande variété qui règne avant le milieu du XVIIe siècle et l’apparition du violoncelle. Des instruments plus petits que des violoncelles, reconstitués d’après l’iconographie, au son peu puissant mais permettant l’expressivité, sont employés chez (Recercada I et Recercada sopra « O Felici Occhi Miei ») ou chez (très beau The Pashion of Musicke). C’est aussi le règne des gros instruments, une basse à six cordes qui brille dans une Canzona de , où le jeu énergique, varié et virtuose de Bruno Cocset fait merveille, ou plusieurs sortes de violone, graves mais déployant de beaux aigus certes peu brillants. C’est aussi une époque où la viole règne en maître, comme l’illustre A Humorous Pavin de Hume où en solo déploie avec une grande musicalité toute sorte de motifs typiques de son instrument.

, le premier ayant composé pour violoncelle, est illustré par une passacaille et une chacone en tutti, avec… violone. Puis ce sont d’autres violoncellistes italiens, successeurs de Vitali,  et . Moins marquants par leur musique, ils permettent tout de même de mettre en avant le son comparativement plus brillant du violoncelle par rapport au violone. Ce dernier, employé pour une chaconne de Corelli, ne disparaît pas d’un coup pour autant… On arrive au XVIIIe siècle et à l’incontournable Vivaldi avec sa Sonate en la mineur RV44, bien maîtrisée, et à son contemporain et compatriote vénitien , dont la Sonate pour deux violoncelles en do mineur clôt le concert. Ici, l’emploi de la viole de gambe à la place du deuxième violoncelle est une idée particulièrement féconde : en plus de correspondre à une réalité historique, ce mélange est intéressant au point de vue de la confrontation des sons, finalement complémentaires, et des modes de jeu. Les dialogues de Bruno Cocset et Guido Balestracci sont ainsi particulièrement savoureux, notamment dans un dernier Presto sans basse continue, où les deux musiciens sont en imitation constante. Le même mélange révèle les mêmes qualités chez Jean Barrière, en ajoutant une dimension biographique, le compositeur ayant été violiste avant de devenir l’un des premiers grands violoncellistes français. Et de fait, sa Sonate en ré mineur balance constamment entre style français et style italien.

En bis, une pièce irlandaise présente dans le disque Give me your hand (Alpha, 2017), achève d’ouvrir les horizons et de liquider l’opposition par trop simpliste entre violes et violons.

Crédits photographiques : © Patrick Le Galloudec

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