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À Montauban, chaleureuses Passions baroques

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Montauban. Théâtre Olympe de Gouges. 9-X-2020. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Les Vêpres de la Vierge. Ensemble Ludus Modalis : Anne Magouët ; Eva Zaïcik ; Edwige Parat ; Alice Duport-Percier ; Isabelle Schmitt, sopranos ; Corinne Bahuaud ; Alice Habellion, altos ; Hervé Lamy ; Serge Goubioud, ténors ; Matthieu Heim ; Jean-Claude Sarragosse ; Benoît Descamps, basses ; Anne-Marie Blondel, orgue ; Franck Poitrineau ; Stéphane Muller, sacqueboutes ; Leonardo Loredo de Sa, théorbe ; Isabelle Schmitt, basse de viole. Ténor et direction : Bruno Boterf
Montauban. Auditorium du conservatoire. 10-X-2020. Âmes brisées, lecture musicale. Musiciens des Passions ; Stéphanie Paulet, violon solo ; Olivier Jeannelle, comédien
Montauban. Théâtre Olympe de Gouges. 10-X-2020. Concertos pour piano forte. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano N° 21 en ut majeur Kv 467 ; Ouverture Lo sposo deluso ; Concerto pour piano N° 21 en ré mineur Kv 466. Les Passions : Stéphanie Paulet ; Nirina Betoto ; Gilone Gaubert ; Cécile Moreau ; Liv Heym ; Sarah Labrousse-Baert ; Marie Bouvard-Rauly, violons ; Alexandra Delcroix-Vulcan ; Solenne Burgelin, altos ; Mathurin Matharel ; Pauline Lacambra, violoncelles ; Eugenio Romano, contrebasse ; Aniba Sierra ; Fabienne Azema, flûtes ; Xavier Miquel ; Yoanne Gilard, hautbois ; Laurent Le Chenadec ; Florian Gazagnes, bassons ; Lionel Renoux ; Olivier Brouard, cors ; Joël Lahens ; Pablo Valat, trompettes ; Guillaume Blaise, timbales. Direction : Jean-Marc Andrieu

Pour sa sixième édition, le festival Passions Baroques explorait les rives du baroque, antérieures et postérieures, d’où une programmation consacrée entre autres à Monteverdi et Mozart avec en marge des concerts, conférences, débats, cinéma, visites…

Passions-Yasuko-Mozart©M.Boutolleau

Il peut sembler étonnant que le chef d’œuvre de Monteverdi Les Vêpres de la Bienheureuse Vierge Marie soit donné dans un théâtre et non pas dans une église, mais en ces temps de pandémie, où il relève de l’exploit de maintenir un festival, les conditions sanitaires drastiques ne permettaient d’y accueillir qu’un public extrêmement réduit. Le joli théâtre à l’italienne Olympe de Gouges offre une bonne acoustique tout en recevant un public quantitativement honnête, tout en respectant la distanciation sociale.

Popularisé dans la deuxième moitié du XXᵉ siècle, ce recueil composite de psaumes, antiennes, concertos, opérant une synthèse entre le stile antico et la seconda pratica, a souvent été interprété dans sa totalité, alors que si l’on s’interroge toujours sur sa destination première, il s’agirait sans doute de la démonstration du savoir faire d’un compositeur pratiquement inconnu en 1610, à la recherche d’une place meilleure qu’à la cour de Mantoue.

Des Vêpres pour les chanteurs

Si l’on a été longtemps habitué à des réalisations somptueuses avec des effectifs choraux importants soutenus par un riche instrumentarium avec force cordes, sacqueboutes, cornets, dulcianes, propres à l’acoustique de vastes édifices comme la basilique Saint-Marc de Venise, n’oublions pas que Monteverdi composait beaucoup dans l’esprit du madrigal à peu de voix. Toutes les approches sont permises et reconstruit un office, où les psaumes sont encadrés d’antiennes grégoriennes, avec douze chanteurs à un ou deux par partie, sans instruments concertants, mais un continuo constitué d’un claviorganum, un théorbe, une viole de gambe auxquels s’ajoutent deux sacqueboutes. privilégie la polyphonie vocale à la plus classique parité voix-instruments. La scène du théâtre permet une disposition intimiste où les chanteurs en arc de cercle entourent le continuo et l’acoustique s’en trouve améliorée, voire bénéfique. On ne retrouve certes pas le faste de versions plus opulentes, mais cette approche intimiste ne manque ni d’intérêt, ni de charme. Pour ce faire, il faut des chanteurs de haut niveau et l’ensemble de Bruno Boterf en est pourvu à commencer par lui-même, alternant entre chœur et direction tout en assumant les solos de ténor qu’il partage avec . Il y a des moments de grâce comme le Nigra sum superlatif de ou le Duo Seraphim chanté en trio, rejoignant les deux ténors cités. Les dames, et ne sont pas en reste, notamment dans un Pulchra es à tomber. Bien que les chanteurs soient relativement proches, le fameux écho de l’Audi coelum ne manque pas son effet sur le public.

L’absence d’instruments concertant nous prive de la magnifique Sonata sopra Sancta Maria, à laquelle Bruno Boterf a substitué une toccata issue des Fiori musicali de Frescobaldi. joue la toccata à l’orgue tandis que les dessus et les Sacqueboutes entonnent le cantus Sancta Maria ora pro nobis selon une parfaite cohésion des voix. Ce parti pris vocal original magnifie les voix et permet une approche différente de ce chef-d’œuvre absolu.

Fidélité et mémoire d’un violon

Pour la deuxième année, le festival Passions Baroques développe un partenariat avec l’association littéraire Confluences où musique et littérature se rejoignent. Après l’auteure et violoniste Léonor de Récondo l’an dernier, il s’agit cette année de l’écrivain Japonais d’expression française Akira Mizubayashi et de son dernier roman Âmes brisées (Gallimard), par ailleurs lauréat du Prix des libraires.  Si le personnage principal de cette histoire est un violon mutilé revenant à la vie soixante-quinze ans après un événement dramatique, par cet hymne à la musique et au pouvoir de l’art, l’auteur partage sa passion pour Schubert, Bach et Berg. Il aurait dû être présent pour une rencontre avec le public, mais il est retenu au Japon à cause de la pandémie actuelle. Le festival a toutefois organisé une émouvante lecture musicale des premiers chapitres de ce roman par l’acteur Olivier Jeannelle, la violoniste et des membres de l’orchestre des Passions. Ils ponctuent le récit des pièces principales qu’évoque le roman : la Partita n° 2 pour violon seul de Bach et le premier mouvement du Quatuor Rosamunde de Schubert.

Mozart au naturel

Le samedi soir, au Théâtre Olympe de Gouges, se retrouvent en effectif élargi à vingt-deux musiciens avec la claviériste Yasuko Uyama-Bouvard et son piano forte réalisé par Christopher Clarke d’après un modèle viennois du facteur Anton Walter, pour deux concertos parmi les plus célèbres de Mozart.

Passions-JM.Andrieu-Mozart©Monique Boutolleau

On les connaît par cœur ou presque ces concertos n° 21 en ut majeur KV 467 et n° 20 en ré mineur KV 466, datant tous deux de l’année 1785. Leurs couleurs et leurs atmosphères sont toutefois différentes, sombre, animée et passionnée pour le n° 20, légèreté rayonnante et grâce lumineuse pour le n° 21. Même si l’orchestre a donné ce programme dix jours avant à Toulouse, les musiciens qui n’ont pas joué ensemble pendant plus de six mois, sont particulièrement heureux de se retrouver sur scène et cela s’entend par une parfaite cohésion et une belle dynamique sous la direction engagée, attentive, chaleureuse et efficace de , totalement au service du jeu de Yasuko Bouvard. Ils se connaissent de longue date et s’entendent à merveille, puisque la claviériste assure régulièrement la basse continue de l’ensemble. Son jeu se caractérise par une grande sensibilité et une puissance certaine. Elle n’est pas organiste pour rien…

Après le joyeux Allegro du concerto en ut majeur où Yasuko Bouvard offre une belle cadence de sa composition, le célèbre Andante fait mouche, comme toujours, grâce au jeu poétique et transparent de la pianiste avant d’entonner le vibrionnant Allegro vivace final.

Atmosphère différente, mais plus profonde, parfois inquiétante dans le superbe concerto en ré mineur où Yasuko Bouvard a choisi la célèbre et magnifique cadence de Beethoven, comme pour insuffler une dose de romantisme avant l’heure et l’on est naturellement emporté par l’émouvante Romance du deuxième mouvement. Le drame point un instant dans le de troisième mouvement Allegro assai que Christian Zacharias aime à rapprocher de l’ouverture de Don Giovanni.

Entre les deux concertos, a intercalé la rare ouverture d’un opéra bouffe inachevé de Mozart Lo sposo deluso K 430 (Le mari déçu ou la rivalité de trois femmes pour un seul amant), débutant par une fanfare faussement martiale, humoristique avant un andante rêveur, sensible, un brin tourmenté. Un petit bijou dont on regrette qu’il n’ait pas été achevé.

Deux rappels concluent ce concert presque euphorique, le mouvement lent de la Sonate dite « facile » K 545 que Yasuko Bouvard ornemente avec un goût infini, tandis que l’orchestre et la pianiste reprennent l’incontournable Andante du concerto n° 21.

Crédit photographiques : © Monique Boutolleau

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Montauban. Théâtre Olympe de Gouges. 9-X-2020. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Les Vêpres de la Vierge. Ensemble Ludus Modalis : Anne Magouët ; Eva Zaïcik ; Edwige Parat ; Alice Duport-Percier ; Isabelle Schmitt, sopranos ; Corinne Bahuaud ; Alice Habellion, altos ; Hervé Lamy ; Serge Goubioud, ténors ; Matthieu Heim ; Jean-Claude Sarragosse ; Benoît Descamps, basses ; Anne-Marie Blondel, orgue ; Franck Poitrineau ; Stéphane Muller, sacqueboutes ; Leonardo Loredo de Sa, théorbe ; Isabelle Schmitt, basse de viole. Ténor et direction : Bruno Boterf
Montauban. Auditorium du conservatoire. 10-X-2020. Âmes brisées, lecture musicale. Musiciens des Passions ; Stéphanie Paulet, violon solo ; Olivier Jeannelle, comédien
Montauban. Théâtre Olympe de Gouges. 10-X-2020. Concertos pour piano forte. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano N° 21 en ut majeur Kv 467 ; Ouverture Lo sposo deluso ; Concerto pour piano N° 21 en ré mineur Kv 466. Les Passions : Stéphanie Paulet ; Nirina Betoto ; Gilone Gaubert ; Cécile Moreau ; Liv Heym ; Sarah Labrousse-Baert ; Marie Bouvard-Rauly, violons ; Alexandra Delcroix-Vulcan ; Solenne Burgelin, altos ; Mathurin Matharel ; Pauline Lacambra, violoncelles ; Eugenio Romano, contrebasse ; Aniba Sierra ; Fabienne Azema, flûtes ; Xavier Miquel ; Yoanne Gilard, hautbois ; Laurent Le Chenadec ; Florian Gazagnes, bassons ; Lionel Renoux ; Olivier Brouard, cors ; Joël Lahens ; Pablo Valat, trompettes ; Guillaume Blaise, timbales. Direction : Jean-Marc Andrieu

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