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Don Quichotte à Bregenz : éternels masculin et féminin

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Jules Massenet (1842-1912) : Don Quichotte, comédie héroïque en cinq actes sur un livret d’Henri Caïn d’après la pièce de Jacques Le Lorrain « Le Chevalier de la longue figure », basée sur le roman de Miguel de Cervantès. Mise en scène : Mariame Clément. Décor et costumes : Julia Hansen. Lumières : Ulrik Gad. Avec : Gábor Bretz, Don Quichotte ; Anna Goryachova, Dulcinée ; David Stout, Sancho Pansa ; Léonie Renaud, Pedro ; Vera Maria Biter, Garcias ; Patrik Reiter, Juan ; Paul Schweinester, Rodriguez ; Elie Chapus, Chef des bandits ; Jan Bochňák, Lukáš Hynek-Krämer, Jakub Koś, Bandits ; Martin Kalivoda, Bronislav Palowski, Valets ; Felix Defèr, l’Homme. Prager Philharmonischer Chor (chef de chœur : Lukáš Vasilek) et Wiener Symphoniker, direction musicale : Daniel Cohen. 1 DVD C major. Enregistré en 2019 au Festspielhaus de Bregenz. Sous-titres en français, anglais, allemand, japonais et coréen. Livret trilingue : anglais/français/allemand. Durée : 125’

 

Le DVD gâte le chant du cygne de Massenet : dix ans après la crépusculaire réussite du Don Quichotte par Laurent Pelly (Naïve) à La Monnaie, C Major nous offre la version de Mariame Clément pour Bregenz. 

Massenet_Don-Quichotte_Daniel-Cohen_C-majorL’inventivité de ce Don Quichotte a enchanté les spectateurs du Festival de Bregenz 2019. Avec Mariame Clément, au-delà d’une lecture attentive des œuvres, il y a toujours un plus. Le librettiste de Massenet ne s’étant pas privé d’une rêverie autour du célèbre écrit de Cervantès, elle s’est à son tour autorisée à faire de même autour dudit livret. Constatant que « l’intrigue de Massenet n’est pas assez fournie pour un opéra en cinq actes », elle décide de prendre « chaque acte comme un opéra à part entière », ce qui lui permet de revenir astucieusement au mythe.

Cinq actes. Cinq temporalités. Cinq décors étonnants (se rafraîchir les idées dans la salle de bain du II est hautement recommandé). Cinq garde-robes défiant le temps qui passe.

Du Prologue, hilarant, opposant un faux spectateur (le comédien Félix Defèr) à la nécessaire (ou opportuniste ?) campagne publicitaire d’une marque de rasoir contre la masculinité toxique, à un cinquième Acte déchirant, on suit avec passion, face aux manipulations d’une Dulcinée bien incons(is)tante, les aspirations sentimentales de ce Quichotte vu en super-héros chargé de faire émerger une nouvelle race d’hommes. On trouve à l’un comme à l’une bien des circonstances atténuantes, à l’instar de la metteuse en scène qui parvient, dans le même mouvement, à offrir une mort bouleversante à son héros masculin et une rédemption poignante à son héroïne féminine.

L’incarnation de Gábor Bretz dégage une humanité profonde, séduisant Quichotte aux yeux gorgés de larmes. Malgré son galbe vocal, il manque tout de même à la Dulcinée d’Anna Goryachova, l’art de diseuse que l’on aurait pu trouver chez des mezzos françaises plus idoines. Quelques menus délits phonétiques entachent la prestation du Sancho pourtant solide de David Stout, ainsi que la confrérie brigande du III. Les quatre soupirants sont quant à eux parfaitement distribués. La masse chorale s’amuse beaucoup.

A la réalisation vidéo, le nom de Félix Breisach n’est pas sans inspirer quelques craintes (Rusalka, Fidelio ou Peter Grimes). Même si cette fois, le réalisateur aura mieux géré la nécessaire diversité des plans, on lui en veut de ne pas avoir été davantage sensible à la prégnante mise en abyme du finale et de privilégier la beauté de la direction du jeune Daniel Cohen à la tête d’un Wiener Symphoniker gorgé d’émotion. Frustration que tentent de racheter les plans en apesanteur des ultimes visions de Quichotte consécutives à ce constat terrible : au bout du compte, on est toujours tout seul au monde.

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Jules Massenet (1842-1912) : Don Quichotte, comédie héroïque en cinq actes sur un livret d’Henri Caïn d’après la pièce de Jacques Le Lorrain « Le Chevalier de la longue figure », basée sur le roman de Miguel de Cervantès. Mise en scène : Mariame Clément. Décor et costumes : Julia Hansen. Lumières : Ulrik Gad. Avec : Gábor Bretz, Don Quichotte ; Anna Goryachova, Dulcinée ; David Stout, Sancho Pansa ; Léonie Renaud, Pedro ; Vera Maria Biter, Garcias ; Patrik Reiter, Juan ; Paul Schweinester, Rodriguez ; Elie Chapus, Chef des bandits ; Jan Bochňák, Lukáš Hynek-Krämer, Jakub Koś, Bandits ; Martin Kalivoda, Bronislav Palowski, Valets ; Felix Defèr, l’Homme. Prager Philharmonischer Chor (chef de chœur : Lukáš Vasilek) et Wiener Symphoniker, direction musicale : Daniel Cohen. 1 DVD C major. Enregistré en 2019 au Festspielhaus de Bregenz. Sous-titres en français, anglais, allemand, japonais et coréen. Livret trilingue : anglais/français/allemand. Durée : 125’

 
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