Opinions

Quel support choisir pour l’écoute : numérique ou physique ?

Plus de détails

 

À l’ère du reconfinement, les disquaires ont fermé, tout comme les rayons disques des supermarchés, ce qui n’empêche pas les éditeurs de publier leurs nouveautés automnales. Les mélomanes doivent désormais se cantonner soit aux achats en ligne, soit à l’écoute en streaming ou via le téléchargement. Dès lors le support numérique serait-il plus dans l’air du temps que le support physique ?

Le streaming et les fichiers sont appelés par leurs détracteurs « liquid music ». Cependant, les chiffres ne mentent pas : dès 2018, selon les données publiées par le Syndicat national de l’édition phonographique (SNEP), le streaming constituait plus de 50% des ventes de musique enregistrée en France. Nous ne parlerons pas ici en plus de la renaissance du vinyle, toujours très marginal en musique classique (estimé à moins de 2% des ventes quand ce support représente plus de 50% dans certaines catégories musicales), ni des implications que ce support nécessite dans le maintien de la chaîne analogique. Mais pour en revenir au numérique (ou à son anglicisme faux-ami : digital), cette proportion reflète les tendances actuelles du marché.

Aujourd’hui, chacun possède un téléphone lui permettant d’écouter la musique. Le format numérique est donc plus facilement accessible, notamment pour les jeunes qui se contentent de vidéos disponibles sur YouTube, ou des versions gratuites avec publicités de Deezer et Spotify. Pour autant, force est de constater que ce format est bien plus que cela. Il offre avant tout une possibilité illimitée en matière de durée des disques, très limitée pour le support physique (30 minutes par face pour les 33T, 82 minutes pour un CD). Citons comme exemple l’album regroupant les œuvres de Mozart, Hummel et Beethoven sorti récemment chez Ricercar (RIC 417), souffrant d’une coupure dans sa version matérialisée, complet uniquement sur la toile.

En outre, il arrive de plus en plus souvent que les disques en ligne soient téléchargeables ou disponibles en diffusion en mode continu sur les plateformes comme Qobuz, d’une meilleure résolution que leurs équivalents physiques. Le son y est échantillonné sur plus de 44,1 kHz et avec une profondeur de bits audio supérieure à 16 bits (souvent 24 pour les fichiers dits « Hi-Res »). Sur le site du label Pentatone, certains albums existent en trois versions avec des prix qui varient en fonction de la résolution des fichiers : la qualité élevée (celle d’un CD, soit WAV 44.1/16 PCM), la qualité premium (FLAC 88/24 ou 96/24 PCM stéréo ou surround) et la qualité master (DSD.iso stéréo et surround), tandis qu’en physique, ils se cantonnent à l’échantillonnage sur 16 bits à 44,1 kHz. Pour profiter des avantages offerts par Internet, il suffit de disposer de l’équipement audio approprié. C’est peu et beaucoup en même temps. Ainsi, il arrive quelquefois que les éditions physiques soient dotées d’une sonorité moins agréable que leurs équivalents accessibles en téléchargement, comme ceci fut récemment le cas de certains disques faisant partie du coffret dévolu aux enregistrements de Guido Cantelli.

D’un point de vue financier, le numérique apporte également de nombreux avantages, puisque pour seulement 15€ par mois, vous obtenez l’accès à une discothèque plus large que celles des plus grandes médiathèques du monde. Mais ce point vous lie à deux opérateurs directs, le fournisseur d’accès et la plateforme de streaming, puisqu’une coupure de l’un ou l’autre vous fait perdre du jour au lendemain l’intégralité des albums. Puis il faut également vérifier quels labels sont partenaires, car certains le sont de Qobuz ou de la plateforme allemande Idagio, mais pas de Spotify ou Tidal ; par exemple, Melodiya a été supprimé de toutes les plateformes, au risque de grever très largement le répertoire russe d’un nombre incalculable de références.

À ces coûts, mensuels pour le streaming ou à l’acte d’achat lorsque l’on préfère acheter des CD, vinyles ou SACD, il faut ajouter le prix du matériel, et si un convertisseur seul (DAC pour Digital to Analog Convertor) est d’un bien meilleur rapport qualité-prix que les platines CD encore existantes, les lecteurs réseaux (streamers) ou transports réseaux lorsqu’ils sont sans DAC intégrés, nécessitent encore de larges optimisations pour atteindre la qualité des meilleurs lecteurs SACD.

En revanche, même s’il retire une part de revenus à de nombreux acteurs, comme les fabricants de CD ou les revendeurs (indépendants, Fnac, Cultura), le support numérique est aussi devenu l’outil sans lequel certains petits labels indépendants ne pourraient pas fonctionner. C’est par exemple le cas du St-Laurent Studio, dirigé par une seule et unique personne, , qui évoquait récemment son travail sur notre site. En fin de compte, le support dématérialisé est également un excellent moyen promotionnel pour les jeunes artistes qui, souvent, font leurs premiers pas dans le domaine de l’enregistrement, sur YouTube. Lors du premier confinement, le violoncelliste polonais Karol Marianowski a eu l’idée de graver les Suites pour violoncelle n° 1-3 de Bach dans un petit couloir au sous-sol de l’immeuble qu’il habite. Avec les techniques à disposition pour un particulier, il s’est enregistré seul, et le disque est sorti en juin chez Orphée Classics, en numérique comme en physique. Ce type d’exercice peut être effectué quasiment par tous, et la mise en ligne d’un album est aujourd’hui plus facile que jamais !

Grâce aux possibilités d’Internet, les disques en streaming comme en téléchargement sont plus facilement et plus rapidement accessibles, quelquefois même avant la date de sortie officielle. Mais d’un autre point de vue, les mélomanes sont habitués au support physique, qui permet de toucher le livret, et qui peut s’apparenter parfois à un bel objet, à l’instar des livres-CD de la collection , des coffrets ou des pochettes vinyles. Ceux-ci ont un avantage par rapport à leur pendants dématérialisés : ils nous appartiennent pour de longues années, alors que les fichiers numériques, qui, certes ne prennent pas de place sur les rayons de nos discothèques, risquent de disparaître aussi vite qu’ils sont apparus, en nous obligeant pour très longtemps à rester abonnés à des plateformes qui pourraient un jour revoir leurs tarifs à la hausse et leurs partenaires à la baisse.

(Visited 318 times, 1 visits today)

Plus de détails

 
Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.