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Nouvelles correspondances et critiques de Paul Dukas

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Correspondance de Paul Dukas. Vol 2 : 1915-1920. Simon-Pierre Perret. Actes Sud/Palazetto Bru Zane. 688 p. 45 €. Août 2020
Paul Dukas. Écrits sur la musique. Vol. 1 : le théâtre lyrique. Pauline Ritaine. Éditions Aedam Musicae/Palazetto Bru Zane. 340 p. 30 €. Juillet 2019

 

Les écrits de continuent à s’enrichir de publications soignées, avec le second volume de sa correspondance mené par le Palazzetto Bru Zane et le premier volume de ses écrits critiques chez Aedam Musicae. 

Correspondance-de-Paul-Dukas-vol-2-1915-1920La disparition du spécialiste de Dukas, Simon-Pierre Perret, n’a finalement pas empêché la publication de son travail visant à réunir la correspondance du compositeur. Après un premier volume sur la jeunesse du compositeur paru en 2018, le deuxième volume couvre une période plus courte de 1915 à 1920. On y retrouve les caractéristiques du premier : un nombre d’interlocuteurs très restreint (le critique Robert Brussel et le musicien amateur Paul Poujaud représentent toujours la plus grande part des missives), des échanges et des considérations sur la guerre, la géopolitique, la santé de Debussy, un appui à Erik Satie pour qu’il obtienne une aide financière, le tout dans un ton spontané et souvent vif. Il a fallu sept années de travail pour réunir cette correspondance, qui s’adresse aux chercheurs et aux « intégralistes » du compositeur. Un dernier volume est à paraître.

paul dukas ecrits sur la musique vol 1 theatre lyrique aedam musicaeEn comparaison, le premier volume des écrits du critique , paru chez Aedam Musicae et réunissant ses analyses sur l’art et l’actualité lyrique, est d’une toute autre portée. Comme pour Berlioz, la critique est une activité alimentaire, à laquelle il se livre avec plus ou moins d’enthousiasme. Mais comme pour son aîné, il y fait preuve d’une érudition et d’une exigence artistique et morale peu commune. Ces textes sont certes un témoignage de l’actualité de l’époque, telle la création de Pelléas et Mélisande de Debussy à l’Opéra-Comique en 1902, mais ils frappent par leur pertinence : les apports respectifs de Rameau, Gluck, Beethoven, Berlioz, Wagner, Debussy n’y font pas occulter ceux plus modestes mais néanmoins appréciés de Grétry, Méhul, Saint-Saëns (Samson et Dalila, Les Barbares), Gustave Charpentier (Louise), Alfred Bruneau (L’Attaque du Moulin, Le Rêve). Et s’il ne goûte guère Jules Massenet, il consacre néanmoins un large article à son Werther (Opéra-Comique, 1893) avec un dialogue plein de drôlerie de deux spectateurs aux avis trop opposés et complémentaires pour qu’il ne soit un brin imaginaire. Les wagnériens sont à la fête avec la critique de la création du Ring à Covent Garden sous la direction de Gustav Mahler en 1892, mais les analyses de Dukas sont celles d’un compositeur, la description de l’œuvre l’emportant sur celle des artistes et de la mise en scène.

Les articles sélectionnés sont ordonnés par thématiques, les analyses sur des thèmes esthétiques qui ouvrent le volume étant substantiellement plus denses que les compte-rendu de productions théâtrales. Outre les analyses sur les œuvres précitées, les pages sur Les Troyens (Opéra-Comique, 1892), Falstaff (Opéra-Comique, 1894), Don Giovanni (donné à quelques semaines d’écart à l’Opéra et à l’Opéra-Comique en 1896), Fidelio (Opéra-Comique, 1899), Les Noces de Stravinsky (Gaieté-Lyrique, 1925) sont particulièrement remarquables. Si on l’on s’en tient à la critique des Troyens, le critique qui a compris qu’il s’agissait d’une œuvre au panthéon de la musique française n’a alors que 27 ans !

Pourfendeur de la facilité et de la médiocrité, son article Les notes et la musique (1901) est une attaque brillante contre la musicologie qui décortique la musique comme on tue la poule aux œufs d’or. Elle réconfortera tous ceux qui sont exaspérés par la prétention d’une certaine critique et d’une certaine musicologie qui manquent l’essentiel : « En réalité nous savons que ce qu’il y a de meilleur et de plus beau dans cet art [musical] est précisément ce qu’il contient d’indéfinissable, de supérieur à tout son appareil technique et à l’apparente rigueur de ses constructions. Plus que jamais, la tentative de s’approprier cet élément intime et insaisissable par l’imitation mécanique de cette rigueur, sous prétexte qu’elle est accessible au raisonnement, doit nous apparaître comme une insigne vanité. » 

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Correspondance de Paul Dukas. Vol 2 : 1915-1920. Simon-Pierre Perret. Actes Sud/Palazetto Bru Zane. 688 p. 45 €. Août 2020
Paul Dukas. Écrits sur la musique. Vol. 1 : le théâtre lyrique. Pauline Ritaine. Éditions Aedam Musicae/Palazetto Bru Zane. 340 p. 30 €. Juillet 2019

 
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