Livestream, Musique symphonique

Des cheffes au pupitre à la Philharmonie de Paris

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Paris. Cité de la Musique-Philharmonie.15-III-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 25 en sol mineur ; Concerto n° 20 pour piano et orchestre, en ré mineur ; Alexandra Grimal (née en 1980) : Humus pour orchestre ; Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento pour cordes. Maria Joăo Pires, piano. Paris Mozart Orchestra, Direction : Claire Gibault, Rebecca Tong
Concert sans public diffusé sur le site Philharmonie Live

Dans le sillage de la journée internationale des droits des femmes du 8 mars, la Philharmonie de Paris a organisé un week-end mettant en lumière la figure féminine. Deux cheffes, et , et une pianiste, , rare aujourd’hui à l’affiche des concerts, sont sur le plateau de la Cité de la Musique avec le (PMO) pour cette captation sans public.


Fondatrice du en 2011, (la première cheffe à avoir dirigé l’Orchestre de la Scala !) est aussi à l’origine de La Maestra, concours international de direction réservé aux femmes dont la première édition a eu lieu en septembre 2020. Elle a invité la lauréate qui prend le relai dans la deuxième partie du concert.

Claire Gibault a mis à l’affiche deux œuvres phares du catalogue mozartien. La Symphonie n° 25 dite « la petite sol mineur », conçue quinze ans avant le chef-d’œuvre de la maturité. Mozart a dix-sept ans lorsqu’il écrit cette pièce très concise influencée par le courant littéraire du Sturm und Drang (« Tempêtes et élan ») qui s’oppose au culte de la raison et conteste l’ordre établi sur un ton violent et révolté. Le premier mouvement en témoigne, impeccable sous le geste précis de Claire Gibault : couleur sombre et rythme haletant des cordes très homogènes ; c’est la plus belle page de l’œuvre. Très court, le mouvement lent ne laisse guère passer la lumière. Dans le menuet plutôt robuste, le trio charmant fait apprécier les hautbois et bassons à découvert avant un dernier mouvement très enlevé, qui n’a pour autant pas la hauteur d’écriture du premier.

C’est le Mozart de la maturité qui s’exprime dans le Concerto n° 20 qu’il jouera lui-même lors de sa création en 1785. Sa tonalité de ré mineur, celle du Requiem, insuffle au discours un dramatisme sombre, annonçant les pages du Don Giovanni. Après l’ample introduction de l’orchestre qui donne le ton, l’écoute est happée par la profondeur du discours et la beauté du phrasé de Maria Joao Pires, grande Mozartienne pour qui chaque note compte, trouvant la couleur et le juste équilibre avec l’orchestre. La cadence du premier mouvement est somptueuse (on en ignore la provenance) poussant le sentiment tragique à son comble dans l’interprétation très habitée de la pianiste. Le mouvement lent est un joyau qu’elle enchante, conduisant ici le discours avec une grande sensibilité, dans un élan où se coule la partie orchestrale. Longue cadence, virtuose celle-là, pour refermer le rondo final que Mozart, dans un sursaut théâtral, termine en majeur ; avec une dernière idée mélodique très joviale, le rire du farceur que l’orchestre, trompette aidant, et le piano en parfaite synergie font éclater.

C’est Rebecca Tong qui vient au pupitre pour les deux dernières pièces au programme. Humus de la compositrice est une œuvre « verte » : pour l’exécution de la pièce, des branches d’arbre ont été déposées au pied de chaque instrumentiste. Humus est une méditation sur la terre nourricière mêlant trames instrumentales et univers bruité sous le geste souple et enveloppant de Rebecca Tong : souffle, frottements, craquements (l’archet pressé sur les cordes), jet de cailloux sur une plaque d’acier, appeaux, etc.: autant de bruits de nature inscrits sur le temps long de l’écriture instrumentale et conviant à une expérience d’écoute singulière. Au signal des crotales (l’instrument du rituel), la cheffe comme les musiciens portent au-dessus de leur tête les branches qui suggèrent la forêt : l’œuvre devient installation.

Le concert s’achève avec le Divertimento (1939) de Bartók, une œuvre aussi complexe que tendue où le compositeur fait dialoguer un petit groupe de solistes (violon, alto, violoncelle et même contrebasse) avec le tutti dans les deux mouvements extrêmes. On aurait aimé plus de couleurs vives, de mordant sous les archets et de contours incisifs dans le premier mouvement même si l’envergure lyrique qu’obtient Rebecca Tong ne manque pas d’impressionner. Une dimension qu’elle recherche également dans le deuxième mouvement où les textures sombres des pupitres, tous très concentrés, se gorgent de mystère, le rythme funèbre accusant le poids du désespoir. Le dernier mouvement très enlevé fédère toutes les énergies, mêlant art savant (une fugue) et folklore imaginaire avec un rien d’humour et de bonne humeur (rare chez Bartók) qui passe dans l’interprétation engagée de Rebecca Tong à la tête d’un PMO très réactif.

Crédit photographique : © Philharmonie de Paris

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Paris. Cité de la Musique-Philharmonie.15-III-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Symphonie n° 25 en sol mineur ; Concerto n° 20 pour piano et orchestre, en ré mineur ; Alexandra Grimal (née en 1980) : Humus pour orchestre ; Béla Bartók (1881-1945) : Divertimento pour cordes. Maria Joăo Pires, piano. Paris Mozart Orchestra, Direction : Claire Gibault, Rebecca Tong
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