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Ardents Brahms sous les doigts de Yunus Kaya

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Johannes Brahms (1833-1897) : Phantasien op. 116 ; Intermezzi op. 117 ; Klavierstücke op. 118 et op. 119. Yunus Kaya, piano. 1 CD Ars Produktion. Enregistré à la Markus-Sittikus-Saal de Hohenems, Allemagne, en septembre 2020. Notice en anglais, allemand et italien. Durée : 79:40

 

Le pianiste autrichien d’origine turque a regroupé les quatre derniers opus de Brahms – ces « Berceuses de ma douleur » aux dires du compositeur – dans un premier album d’une grande force expressive.

La sonorité à la fois nette et puissante du piano séduit d’emblée. dévoile une conception personnelle de ces “Phantasien” de l’opus 116, imbriquant les atmosphères énergiques et passionnées des sept pièces. La complexité de l’écriture polyphonique se déploie sans emphase et avec une émotion naturelle. Le jeu perlé et racé éclaire, par exemple, la matière sonore de l’Intermezzo en mi majeur. Cette page offre un bel « effet de brume » impeccablement réalisé. Le piano « avance », quêtant le moindre rayonnement de lumières, profitant aussi des tensions compactes qui irriguent cette pièce.

Les trois Intermezzi opus 117 ne s’enferment pas dans un clair-obscur qui amoindrirait toute ambition lyrique. Si la réalisation de l’Andante non troppo se révèle un peu extérieur, la dernière pièce est, en revanche, portée dans l’esprit de la ballade. Yunus Kaya traduit avec beaucoup de finesse, les réminiscences d’une marche funèbre et un sentiment d’oppression. La captation des magnifiques médiums et basses du Steinway flatte une lecture aboutie et d’un panache certain.

Les six Klavierstücke de l’opus 118 libèrent une pleine énergie. Le flux s’organise avec naturel, par vagues successives. Les motifs enchevêtrés dans le deuxième Intermezzo se dénouent avec une belle logique. La pâte sonore aurait pu être creusée davantage (difficile, ici, d’oublier ce qu’en fit Arcadi Volodos). La superbe ballade hongroise qui nous est offerte demeure pianistiquement irréprochable. Son caractère héroïque bien conduit contraste avec l’unique Romance de ces recueils, aux couleurs voilées. Yunus Kaya créée un univers riche sans le surcharger de digressions.

Les derniers Klavierstücke (opus 119) ne composent pas un cycle à proprement parler. L’imitation du son des cloches du premier Intermezzo avec ses notes retardées comme indiquées puis le second Intermezzo, hommage délicat à la jeunesse passée, montrent à quel niveau le pianiste maîtrise l’essence de cette musique. L’Intermezzo en ut majeur (grazioso e giocoso) renoue avec des rythmes complexes, imitant une chevauchée, suggérant l’atmosphère de la valse. Ironie rieuse si juste sous les doigts du pianiste… La Rhapsodie conclusive, enfin, est rendue de manière abrupte mais avec un contrôle sonore aussi rigoureux que sans arrière-pensée. Voilà un artiste que l’on aimerait aussi entendre dans la musique de chambre et les concertos de Brahms.

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Johannes Brahms (1833-1897) : Phantasien op. 116 ; Intermezzi op. 117 ; Klavierstücke op. 118 et op. 119. Yunus Kaya, piano. 1 CD Ars Produktion. Enregistré à la Markus-Sittikus-Saal de Hohenems, Allemagne, en septembre 2020. Notice en anglais, allemand et italien. Durée : 79:40

 
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