Livestream, Musique symphonique

Vilde Frang et le Philharmonique de Radio France interprètent Stravinsky et Rachmaninov

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Paris. Auditorium de Radio France. 30-IV-2021. Igor Stravinsky (1882-1971) : Octuor pour instruments à vent ; Concerto pour violon et orchestre en ré majeur ; Chant funèbre ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : l’Ile des morts. Vilde Frang, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck
Concert sans public, enregistré en direct, diffusé sur Arte Concert

Autour d’une thématique très contrastée opposant la vie et la mort, l’, dirigé par , propose un magnifique programme, totalement dédié à la musique russe, composé d’œuvres de Stravinsky et Rachmaninov, rarement données en concert.

Dans une opposition un peu abrupte, la première partie, d’une lumineuse clarté associe l’Octuor pour instruments à vent et le Concerto pour violon de Stravinsky, avec en soliste, tandis que la seconde plus sombre, introduite par le Chant funèbre de Stravinsky, nous invite au terrifiant voyage vers l’Ile des morts de Rachmaninov.

Composé en 1923 et témoignant de l’appétence de Stravinsky pour les instruments à vent, l’Octuor met en avant les qualités de mélodiste du compositeur russe, en même temps que son expertise dans le domaine de la variation et du contrepoint, servi ce soir par les excellents pupitres de vents du Philhar’ (flûte, clarinette, bassons, trompettes et trombones). Le premier mouvement Sinfonia suit une ligne mélodique enjouée et pétillante tandis que le deuxième déploie une série de variations autour du thème de la valse, avant d’ouvrir naturellement la voie à un Finale s’appuyant sur une étincelante polyphonie. Une œuvre comme un exercice de style, très colorée, aux allures parfois circassiennes, où se démarquent tout particulièrement à la flûte et à la clarinette.

Place ensuite au Concerto pour violon (1931) dont la violoniste nous donne une interprétation surprenante, d’une grande beauté formelle, éminemment lyrique gommant, dans un climat très chambriste, toutes les aspérités d’un phrasé souvent envisagé par d’autres de façon plus chaotique. Si la Toccata peut sembler manquer quelque peu d’engagement, parfois pénalisée par un défaut d’équilibre aux détriments de la soliste, l’Aria I fait valoir la superbe sonorité du violon face aux timbres dispersés de l’orchestre dans un dialogue finalement assez courtois et complice où toute lutte semble proscrite. L’Aria II, sorte de cantilène très intériorisée, douloureuse et méditative, d’une grande profondeur d’intonation pousse l’émotion à son comble portée par un somptueux legato et un vibrato très expressif. Le Finale redonne tourte sa place à la virtuosité confondante de Vilde Frang, en parfaite harmonie avec l’orchestre (cor et violon solo).

Le Chant funèbre qui ouvre la seconde partie est une partition de jeunesse (1908) écrite à la mémoire de Rimski-Korsakov ; premier chef-d’œuvre de Stravinsky, égarée pendant la révolution, oubliée plus d’une centaine d’années dans les archives du conservatoire de Saint-Pétersbourg, avant d’être exhumée en 2015 par un bibliothécaire à la faveur d’un déménagement et enregistrée en première mondiale avec l’Orchestre du festival de Lucerne en 2018 par Riccardo Chailly pour le label Decca. Décrite par Stravinsky lui-même comme un cortège funéraire où tous les instruments soli viennent déposer tour à tour une couronne sur le tombeau de Rimski-Korsakov, et le Philhar’ nous en livrent une lecture claire, fluide et transparente, parfaitement en place, magnifiant tous les timbres de l’orchestre (petite harmonie et cuivres) au sein d’une vaste élégie, paradoxalement plus hédoniste que poignante, soutenue par les cordes.

Angoissant poème symphonique, inspiré du célèbre tableau d’Arnold Böcklin, et plus particulièrement de sa version en noir et blanc, l’Ile des morts (1909) de nous conte le dernier périple d’une âme vêtue d’un linceul blanc, conduite dans l’embarcation de Charon à travers le Styx… Mikko Franck en rend admirablement l’ambiance lugubre, envoûtante, rythmée par les coups de rames obsessionnels du nautonier dans une inexorable progression, tendue où se distingue tout particulièrement le violon solo de , nouvellement arrivé à l’OPRF.

Crédit photographique : Vilde Frang © Marco Borggreve

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Paris. Auditorium de Radio France. 30-IV-2021. Igor Stravinsky (1882-1971) : Octuor pour instruments à vent ; Concerto pour violon et orchestre en ré majeur ; Chant funèbre ; Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : l’Ile des morts. Vilde Frang, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Mikko Franck
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