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Les gigantesques Gurre-Lieder de Schoenberg par Christian Thielemann

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : Gurre-Lieder. Stephen Gould, ténor (Waldemar) ; Camilla Nylund, soprano (Tove) ; Christa Mayer, mezzo-soprano (le ramier) ; Markus Marquardt, basse (le paysan) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, ténor (Klaus le bouffon) ; Franz Grundheber (récitant) ; Chœurs de l’Opéra d’État de Dresde ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde et membres de l’orchestre des jeunes Gustav Mahler, direction : Christian Thielemann. 2 CD Profil Medien. Enregistrés le 10 mars 2020 au Semperoper de Dresde. Notice en anglais et allemand, texte des lieder en anglais et allemand. Durée totale : 101:32

 

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La nouvelle version des Gurre-Lieder par , outre qu’elle constitue un émouvant témoignage, puisqu’elle a été enregistrée juste avant la fermeture des salles en Allemagne, s’avère passionnante par son raffinement orchestral qui laisse s’épanouir les voix sans jamais les couvrir.

Les Gurre-Lieder sur des poèmes de l’écrivain danois Jens Peter Jacobsen (1847-1885) occupèrent une dizaine d’années, de la composition commencée en 1902 à l’achèvement de l’orchestration en 1911. La création viennoise sous la baguette de Franz Schreker fut un triomphe alors même que Schönberg s’était déjà éloigné de l’esthétique post-romantique dans laquelle l’œuvre baigne. La première partie, d’une cinquantaine de minutes, est un long échange amoureux entre le roi Waldemar et sa maîtresse, la jeune paysanne Tove. Ténor et soprano alternent dans un climat tristanesque que clôt le grandiose chant du ramier (alto) qui raconte la mort de Tove, assassinée sur l’ordre de la reine, l’épouse de Waldemar consumée par la jalousie. L’orchestre enveloppe les voix, commente par ses interludes et magnifie le récit. La deuxième partie ne dure que cinq minutes et n’est que le cri de blasphème de Waldemar qui s’adresse avec rage à Dieu. Plus variée voire composite, la troisième décrit la chasse infernale de Waldemar et de ses soldats morts, « chasseur maudit » qui terrifie un paysan, suscite la raillerie d’un bouffon avant qu’un récitant mystérieux n’ouvre la voie au colossal chœur final. Pour cette œuvre sans équivalent, Schönberg a recours à un orchestre démesuré comparable à ceux d’Elektra ou de la Symphonie n° 8 de Mahler, quasiment contemporaines.

Le 10 mars 2020, plus de trois cents exécutants se pressaient sur la scène du Semperoper de Dresde. Les musiciens pressentant sans doute le sombre avenir qui les attendait (les salles furent fermées immédiatement après en Allemagne) avaient voulu que ce concert soit enregistré. Il paraît aujourd’hui comme cinquantième volume de l’édition dresdoise de Hänssler. , en bon chef de fosse habitué à préserver ses chanteurs des orchestres de Wagner et de Strauss dont il est sans doute le meilleur interprète actuel, dose soigneusement la puissance de son énorme effectif, ce qui permet au ténor, terriblement sollicité, de se déployer sans forcer ; campe un Waldemar follement amoureux auquel répond le somptueux soprano de . Sommet de la partition, l’admirable chant du ramier envoûte autant par le raffinement et le mystère de l’orchestre que par la voix chaude de . Et les deux parties suivantes dressent un tableau terrifiant de cette chasse fantastique qui reprend un thème cher aux romantiques allemands.

À l’émouvant témoignage dû aux circonstances vient s’ajouter la qualité de l‘interprétation musicale, d’un grand raffinement orchestral, qui rejoint les réussites antérieures dans la discographie désormais conséquente d’une partition qui n’a cessé de fasciner les plus grands chefs d’orchestre estampillés mahlériens (Abbado, Boulez, Inbal, Kubelik, Ozawa, Rattle, Sinopoli en particulier).

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Arnold Schoenberg (1874-1951) : Gurre-Lieder. Stephen Gould, ténor (Waldemar) ; Camilla Nylund, soprano (Tove) ; Christa Mayer, mezzo-soprano (le ramier) ; Markus Marquardt, basse (le paysan) ; Wolfgang Ablinger-Sperrhacke, ténor (Klaus le bouffon) ; Franz Grundheber (récitant) ; Chœurs de l’Opéra d’État de Dresde ; Orchestre de la Staatskapelle de Dresde et membres de l’orchestre des jeunes Gustav Mahler, direction : Christian Thielemann. 2 CD Profil Medien. Enregistrés le 10 mars 2020 au Semperoper de Dresde. Notice en anglais et allemand, texte des lieder en anglais et allemand. Durée totale : 101:32

 
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