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Susanna Mälkki interprète Bartók et Saariaho à la Philharmonie de Berlin

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Berlin. Philharmonie. 22-V-2021. Kaija Saariaho (née en 1951) : Vista ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue. Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balàzs. Avec : Ildikó Komlósi, Judith (mezzo-soprano). Johannes Martin Kränzle, Barbe-Bleue (baryton). Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Susanna Mälkki
Concert sans public, enregistré en direct, diffusé sur le site Digitalconcerthall

Pour ce concert à la tête des Berliner Philharmoniker, choisit un programme collant à son actualité scénique et discographique en appariant la création allemande de Vista de et Le Château de Barbe-Bleue de en version de concert.

Fruit d’une commande conjointe des Berliner Philharmoniker, de l’Orchestre Philharmonique d’Helsinki et du L.A Philharmonic, Vista est la dernière composition symphonique (2019) de Kajia Saariaho, donnée en création mondiale le 19 mai dernier au Musiikkitalo d’Helsinki par à la tête de ses troupes orchestrales finlandaises. Une composition en trois mouvements joués enchainés, Vista, Horizons et Targets, donnant lieu à trois ambiances bien différentes et contrastées, alternant lyrisme et chaos orchestral. Initiée par le hautbois d’Albrecht Meyer, puis s’élargissant au tutti, elle laisse une large place aux vents et aux percussions, avant de se dissoudre dans un climat plus apaisé d’où seul émerge le chant du hautbois refermant le cycle en survol d’un tutti magmatique. Une œuvre inspirée des grands espaces américains superbement servie par la direction claire et précise de la cheffe.

Bartokienne reconnue, ce dont témoigne l’excellence de la trilogie du compositeur hongrois entreprise pour le label Bis, on ne s’étonnera pas que pour ce concert Susanna Mälkki reprenne avec la phalange berlinoise, Le Château de Barbe-Bleue qu’elle vient d’enregistrer avec l’Orchestre philharmonique d’Helsinki. Parmi les nombreuses adaptations du conte, dont celle de Perrault et des frères Grimm demeurent les plus célèbres, celle du librettiste Béla Balàzs se démarque par son surprenant dénouement, par sa forte composante psychanalytique comme par son inspiration ésotérique et initiatique : tous éléments confinant l’action dans un dialogue intimiste entre les deux personnages, Judith et Barbe-Bleue, rendant bien inutile et hasardeuse toute tentative de mise en scène, la musique assurant à elle seule toute la dramaturgie, par la richesse des images comme par la densité de l’écriture.

Véritable chemin de croix à rebours conduisant à la catastrophe finale après l’ouverture des 7 portes, donnant accès à 7 salles toutes baignées de sang (salle des tortures, salle d’armes, salle du trésor, jardin, domaine, le lac des larmes, salle des épouses) avant de s’ouvrir sur la Nuit et la solitude définitive ; usant d’une prosodie atypique (parlando rubato) d’une rythmique particulière, d’une magie orchestrale certaine, très narrative, caractérisant chaque porte par un climat, un instrumentarium et des associations de timbres particulières, cet opéra fut également pour les compositeurs ultérieurs une véritable terre nourricière…

Pour cette œuvre grandiose, deux voix exceptionnelles : la mezzo-soprano , habituée du rôle, dont la théâtralité, le dramatisme, la puissance et le large ambitus font merveille et le baryton basse souverain d’autorité, d’ambiguïté et de finesse psychologique. Deux statures vocales impressionnantes, parfaitement appariées, capables de résister face à l’orchestre mené de main de maitre par Susanna Mälkki qui nous livre de ce château sanglant une lecture incandescente, tendue, riche en couleurs oscillant entre drame poignant, angoisse, urgence et mystère, servie par les Berliner Philharmoniker qui se distinguent encore tant en terme de performances solistiques individuelles (petite harmonie, harpe, cor) de cohésion, d’engagement et d’équilibre. On retiendra tout particulièrement la stridence des vents dans la salle des tortures, les scintillements de la harpe, des cuivres et du violon solo dans la salle du trésor, la rondeur et la justesse des cors dans le jardin, l’ampleur sonore et le crescendo bien maitrisé dans l’évocation des terres, les ondulations et la déploration des cordes dans le lac de larmes, puis la cantilène de l’orgue dans l’invocation à la Nuit, avant que ne s’installe définitivement le silence…encore majoré de façon saisissante par la grande salle vide !

Crédit photographique : Susanna Mälkki © Leena Kirsti Juuseka

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Berlin. Philharmonie. 22-V-2021. Kaija Saariaho (née en 1951) : Vista ; Béla Bartók (1881-1945) : Le Château de Barbe-Bleue. Opéra en un acte et un prologue sur un livret de Béla Balàzs. Avec : Ildikó Komlósi, Judith (mezzo-soprano). Johannes Martin Kränzle, Barbe-Bleue (baryton). Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Susanna Mälkki
Concert sans public, enregistré en direct, diffusé sur le site Digitalconcerthall

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