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L’impasse de Currentzis dans la Symphonie n° 7 de Beethoven

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7. MusicAeterna Orchestra, direction : Teodor Currentzis. 1 CD Sony Classical. Enregistré au Wiener Konzerthaus de Vienne, en juillet et août 2018. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 39:45

 

Si la Symphonie n° 5 de Beethoven par les mêmes interprètes nous interrogeait sur la conception très personnelle de Currentzis, le second volume – consacré à la Symphonie en la majeur – montre les limites d’une lecture enfermée dans son propre système.

Reprenons les propos de dans le livret. Il affirme que cette symphonie « a la forme la plus parfaite jamais atteinte dans une symphonie » et il ajoute vouloir « une architecture qui dévoile la spiritualité et non une approche spirituelle qui tente de trouver l’architecture ». Difficile de ne pas souscrire à une telle idée… Et pourtant, on devine déjà les contraintes dans laquelle elle enferme l’interprétation. Les “saveurs réjouissantes” de la Symphonie n° 5 que nous évoquions dans une chronique précédente ont disparu. Nous sommes, ici, figés dans un processus qui au lieu de révéler la « fraîcheur, la lumière et l’élan vital » pour reprendre à nouveau les termes du chef d’orchestre, ne fait qu’assécher la musique. Il ne s’agit même pas du choix des tempi, très alertes comme on s’en doute (dans l’Allegretto, Abbado, Chailly, Karajan, Szell, Toscanini, par exemple, sont plus “rapides”), ni même de l’effet « ohne Vibrato » si cher aux “baroqueux” (il y a bien pire chez Norrington !). Il s’agit tout simplement d’une lecture monochrome, dure et écrasée. En effet, la pulsation intangible des cordes trépidantes, frappées par le crin des archets, raidit chaque phrase. Les vents sonnent à l’unisson de cette battue (à tous les sens du terme) épuisante nerveusement et métallique sur le plan sonore. Ce qui peut se justifier dans une certaine conception du Sacre du printemps gravé par Currentzis, ne fonctionne pas, dans le cas présent.

Nous en revenons à la proposition première du chef qui affirme que la spiritualité ne peut être dévoilée que par l’architecture. Le fait est qu’il existe ici, non point un travail sur l’architecture, mais la mise en place d’un mécanisme, d’un système inflexible qui se révèle uniquement à… lui-même. Malgré tous les évènements sonoristes et répétitifs de cette interprétation, on finit – et c’est un paradoxe – par s’ennuyer dans le Presto et plus encore dans l’Allegro con brio car on devine ce que l’on va entendre. La part d’imprévisibilité par la variation infime de timbres et de respirations que l’on retrouve chez un Kleiber et un Karajan, a totalement disparu. Currentzis n’offre qu’une impasse et sa quête de spiritualité est alors vaine car il joue sans nécessité, à moins que son objectif soit de faire différemment que ses prédécesseurs. Sans voir qu’il ne va nulle part.

Lire aussi :

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Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7. MusicAeterna Orchestra, direction : Teodor Currentzis. 1 CD Sony Classical. Enregistré au Wiener Konzerthaus de Vienne, en juillet et août 2018. Notice en français, anglais et allemand. Durée : 39:45

 
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