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Philippe Herreweghe à Salzbourg, une fête du chœur

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Salzbourg. Kollegienkirche. 24-VII-2021. Gabriel Fauré (1845-1924) : Requiem (version 1893). Johannes Brahms (1833-1897) : Begräbnisgesang op. 13. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie de Psaumes. Avec : Dorothee Mields, soprano ; Krešimir Stražanac, baryton. Collegium Vocale Gent. Orchestre des Champs-Élysées, direction : Philippe Herreweghe

Avec un programme qui met en évidence sa vaste curiosité, le chef et ses ensembles reçoivent à Salzbourg l’hommage qu’ils méritent.

C’est en 2012, sous la direction d’Alexander Pereira, que le festival de Salzbourg s’est enrichi d’une nouvelle série appelée, en français dans le texte, Ouverture spirituelle. L’idée était d’une part d’étendre la durée du festival en amont pour plaire aux professionnels du tourisme, d’autre part, dans un esprit œcuménique mais pas du tout laïc, de redonner une place aux traditions religieuses dans la musique. La série s’est depuis imposée dans le cœur du public salzbourgeois, peut-être pour des raisons religieuses, mais certainement pour des raisons musicales. L’actuel directeur du festival lui a donné une orientation élargie à des formes de spiritualité très éloignées de la religion, tout en ouvrant le répertoire le plus largement possible, du Moyen Âge à la création contemporaine.

Il y a un héros récurrent dans cette série, un héros que la vie musicale courante ne met jamais assez en avant : le chœur. Il était alors bien naturel que fasse partie des artistes invités : dans la vaste palette de ses intérêts et de ses talents, le chœur joue un rôle constant, depuis la fondation du Collegium Vocale il y a plus d’un demi-siècle. Le programme de ce soir, très loin de la musique ancienne qu’il a tant servie, montre l’étendue de sa curiosité.

Le Requiem de Fauré est joué ici dans la même version que celle choisie pour son premier enregistrement de l’œuvre (Harmonia Mundi). Herreweghe propose une interprétation avant tout recueillie, dont toute grandiloquence et tout pathétique sont proscrits. C’est des notes elles-mêmes, de l’intérieur de la partition, que vient l’émotion de l’auditeur, et la précision du travail du chœur donne à l’œuvre une certaine austérité qui lui va bien. Il est pour cela soutenu par un orchestre qui reste un peu au second plan pour mettre ce travail en lumière, même si on peut regretter un violon solo un peu aigre dans le Sanctus. Les deux solistes vocaux sont à l’unisson de cette conception, notamment dans la voix de , où la lumière vient de l’intérieur.

Les deux autres œuvres du programme partagent une parenté plus forte malgré la différence confessionnelle : le texte choisi par Brahms pour son Chant funèbre de jeunesse date des tous débuts de la révolution luthérienne, et toutes deux jouent sur des archaïsmes musicaux. Il est possible de donner à l’archaïsme de la Symphonie de psaumes de Stravinsky des tonalités plus acérées, voire plus brutales, celles d’un primitivisme qui est une des marques de la modernité de l’époque de la création. Herreweghe choisit au contraire de privilégier le travail organique du son, quitte à se départir d’une expressivité plus immédiate, plus théâtrale. C’est vrai dans l’ensemble du programme, mais c’est encore plus vrai dans cette œuvre majeure qui échappe ainsi aux clichés qu’embrassent beaucoup d’interprétations.

Crédit photographique © SF / Marco Borrelli

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Salzbourg. Kollegienkirche. 24-VII-2021. Gabriel Fauré (1845-1924) : Requiem (version 1893). Johannes Brahms (1833-1897) : Begräbnisgesang op. 13. Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonie de Psaumes. Avec : Dorothee Mields, soprano ; Krešimir Stražanac, baryton. Collegium Vocale Gent. Orchestre des Champs-Élysées, direction : Philippe Herreweghe

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