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Souvenir de l’avenir aux Musicales de Blanchardeau

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Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 3-VIII-2021. Frédéric Chopin (1810-1849) : Prélude op. 28. Reynaldo Hahn (1874-1947) : Venezia. Ernest Bloch (1880-1959) : Prière. Antonín Dvořák (1841-1904) : 2ème mouvement de la Symphonie du Nouveau monde. Jacques Offenbach (1838-1880) : Les Larmes de Jacqueline. Igor Stravinsky (1882-1971) : Tango. Georges Bizet (1838-1975) : Suite de Carmen. Raphaël Pidoux et Talents & Violon’celles

Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 6-VIII-2021. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Sur Vestiges. Franz Schubert (1897-1828) : Quintette D. 956. Quatuor Béla et Noémi Boutin, violoncelle

Plouha. Chapelle Ker-Maria An Isquit. 10-VIII-2021. Claude Debussy (1862-1918) : Clair de Lune ; Brouillards ; La Puerta del Vino ; La terrasse des audiences au clair de lune ; Feux d’artifice. Georges Enesco (1888-1955) : Sonate n° 1. Frédéric Chopin : Polonaise-fantaisie op. 61. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op. 27 n° 2. François-Frédéric Guy, piano

Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 11-VIII-2021. Frédéric Chopin : Nocturne op. 48 n° 1 ; Barcarolle op. 60. Leoš Janáček (1854-1928) : Pohádka. Claude Debussy : Sonate pour violon et piano. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Trio op. 49 n° 3. Gaspard Thomas, piano ; Rachel Sintzel, violon ; Emmanuel Acurero, violoncelle

Lanvollon. Église Saint-Samson. 13-VIII-2021. Johannes Brahms (1833-1997) : Trio op. 101 n° 3. Franz Schubert : Notturno. Ludwig van Beethoven : Trio à l’Archiduc. François-Frédéric Guy, piano ; Tedi Papavrami, violon ; Xavier Phillips, violoncelle

La 18e édition des Musicales de Blanchardeau n’a pas eu lieu en 2020. La 19e est le retour à la vie d’un festival attachant dédié à la musique de chambre et que sa présidente résume de trois mots : Souvenir de l’avenir.

Les violoncelles de l’avenir

L’église de Pléguien rassemble, autour de , sept jeunes violoncellistes jouant sur des instruments d’excellence prêtés par des mécènes ou commandés sur mesure à des luthiers via Talents et Violon’celles (association crée par le violoncelliste) qui permet l’accès à un instrument dont le coût aujourd’hui devenu faramineux ne permet plus aux violoncellistes en début de carrière de posséder leur propre outil de travail. délaisse pour un soir la maturité de son Trio Wanderer pour la jeunesse d’Eliott Léridon, de Léo Ispir, de Noé Drdak, d’, de Yanis Boudris, de Rafael Arreghini et de Soni Roulette. Le maître, accompagné de trois élèves, lance la soirée avec le Prélude n° 17 de Chopin arrangé par l’ami violoncelliste du compositeur : Auguste-Joseph Franchomme. Le quatuor devient sextuor pour célébrer l’actuel retour en grâce de dont le cycle Venezia émerveille l’assistance tant par sa beauté mélodique (La Barchetta), que par l’arrangement somptueux que Roland Pidoux réalisa et même enregistra (CD Maguelone) et que par le magnifique travail d’ensemble prolongé en octuor avec un Largo de la Symphonie du Nouveau Monde d’une profonde expressivité. En prélude aux Larmes de Jacqueline d’Offenbach, Raphaël Pidoux rappelle combien le « Petit Mozart des Champs-Élysées » milita pour un instrument qu’il pratiquait lui-même. Après une Prière d’ et un Tango de Stravinski parfaitement ciselés, et cinq extraits de Carmen pétillants de jubilation rythmique, ce premier des cinq concerts se clôt sur le poignant Cant dels Ocells d’un autre grand maître de « la voix humaine de l’orchestre » : Pau Casals.

Le jeune homme et la mort

L’église Notre-Dame de la Soumission accueille quelques jours plus tard l’étonnant projet du et de autour du Quintette pour deux violoncelles de Schubert, à l’origine un spectacle nocturne dont subsiste, dans la pleine lumière du jour, le seul squelette des déplacements originels. Le chef-d’œuvre XIXe est serti dans l’écrin XXIe de Sur Vestiges, une composition tripartite toute en « miroirs et échos » de Daniel D’Adamo dont la petite vingtaine de minutes (« une matière sonore à la Kandinsky plutôt que le tableau d’une biche dans un sous-bois » : voilà prévenu le public réputé classique des Blanchardeau) s’enchaîne imperceptiblement à l’Allegro ma non troppo du D. 956. Glissandi et bruissements font place à un habile fugato. La référence avouée à La jeune fille et la Mort place à l’avant-plan, et tapit les hommes dans l’ombre avant de les autoriser à s’avancer. Malgré l’absence des images, l’exécution, l’écoute, la dynamique, l’osmose sont totales. Posé sur une gestique à l’opposé de toute démonstration, le son des Béla et la force tranquille de Noémi Boutin envoûtent l’auditoire, nonobstant le lèse-majesté d’un concept qui ose enjamber l’Adagio pour mieux célébrer à la place finale le sommet d’inspiration qu’il est. Une intense soirée dédié à un intense chef-d’œuvre, composé deux mois avant sa mort par un compositeur de 31 ans qui n’en entendit que ce second mouvement, et au sujet duquel un critique écrivit alors : « Ce jeune homme a de l’avenir. »

Trois jours avec

Retour à Blanchardeau pour le pianiste au cheveu beethovénien (déjà présent lors de l’édition 2015) dans l’intimité de la Chapelle de Kermaria. « Cette église remplie me remplit de joie », déclare d’emblée . C’est d’abord Debussy (un Clair de lune enjôleur enchaîné à quatre Préludes du Livre II : une Puerta del Vino au toucher incisif, tout en ruptures d’atmosphères, une Terrasse des audiences au clair de lune secouée d’impressionnants sauts d’octaves, de malicieux Feux d’artifice), puis Chopin (une très objective Polonaise-fantaisie), Enesco (la Sonate n°1, créée par le compositeur lui-même en 1924, avec ses trois mouvements très différents : la densité de Scriabine, la vélocité percussive de Prokofiev, le mysticisme paisible), et bien sûr Beethoven (« l’alpha et l’omega de ma vie d’artiste » écrit celui qui semble en être la réincarnation) dont la Sonate au Clair de Lune bénéficie de l’interprétation mûrie d’un artiste qui s’apprête à ré-enregistrer le corpus des 32 sonates. François-Frédéric Guy accuse le contraste entre la lenteur cérémonielle du premier mouvement et la vélocité ahurissante (et périlleuse) du dernier. Inspiré d’icelle (bien que Chopin s’en défendît), le Nocturne en do dièse conclut, en bande-annonce d’une parution discographique prochaine autour du compositeur polonais, ce récital haut de gamme.

Le lendemain, François-Frédéric Guy, que l’on réentend avec plaisir dans l’intériorité (même dans l’éclat) d’un Nocturne opus 62 n° 2 quelque peu perturbé, non pas les toux coutumières d’une assistance rendue muette sur ce plan par un célèbre virus, mais par les exclamations enfantines de futurs mélomanes, est heureux de présenter l’édition 2021 (la troisième du genre) des Jeunes solistes sélectionnés par le Festival. Le pianiste , après une Barcarolle de Chopin à la technique très assurée, entame un juvénile dialogue avec dont il couvre quelque peu le violoncelle dans le rafraîchissant Pohádka de Janáček. Sa puissance pianistique trouve une partenaire à sa démesure dans le violon à l’aigu très pur de pour qui la difficile Sonate de Debussy ne semble que chemin bordé de roses. La fougue de la jeunesse emporte le Trio opus 49 n° 1 de Mendelssohn, dédié de surcroît au plaisir retrouvé de la musique d’ensemble.

Les Musicales de Blanchardeau 2021 se concluent à l’église Saint-Samson de Lanvollon avec les retrouvailles Guy/Papavrami/Philips. Retrouvailles aussi avec la complicité du son, le dosage des effets, maîtres-mots d’une interprétation où chacun respire le bonheur de laisser la place à l’autre. De son Steinway, François-Frédéric Guy couve ses partenaires en veilleur, surligne visuellement avec panache les fins de mouvements. Le Trio opus 101 n° 3 de Brahms, particulièrement fiévreux, semble témoigner du même plaisir retrouvé de la musique ensemble que les jeunes talents de la veille. L’apesanteur miraculeuse du Notturno de Schubert ramène le calme avant le retour à « l’alpha et l’omega » d’un Trio à l’Archiduc à l’équilibre souverain et ciselé (le passage en pizzicati du premier Allegro moderato sur l’humeur primesautière du piano !).

Après une période difficile pour les artistes, le retour à Blanchardeau, dans sa volonté de tourner le dos à l’énergie du désespoir, aura fait naître de bien vibrants « souvenirs de l’avenir. »

Crédit photographique © Jean-luc Clairet

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Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 3-VIII-2021. Frédéric Chopin (1810-1849) : Prélude op. 28. Reynaldo Hahn (1874-1947) : Venezia. Ernest Bloch (1880-1959) : Prière. Antonín Dvořák (1841-1904) : 2ème mouvement de la Symphonie du Nouveau monde. Jacques Offenbach (1838-1880) : Les Larmes de Jacqueline. Igor Stravinsky (1882-1971) : Tango. Georges Bizet (1838-1975) : Suite de Carmen. Raphaël Pidoux et Talents & Violon’celles

Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 6-VIII-2021. Daniel D’Adamo (né en 1966) : Sur Vestiges. Franz Schubert (1897-1828) : Quintette D. 956. Quatuor Béla et Noémi Boutin, violoncelle

Plouha. Chapelle Ker-Maria An Isquit. 10-VIII-2021. Claude Debussy (1862-1918) : Clair de Lune ; Brouillards ; La Puerta del Vino ; La terrasse des audiences au clair de lune ; Feux d’artifice. Georges Enesco (1888-1955) : Sonate n° 1. Frédéric Chopin : Polonaise-fantaisie op. 61. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate op. 27 n° 2. François-Frédéric Guy, piano

Pléguien. Église Notre-Dame de Soumission. 11-VIII-2021. Frédéric Chopin : Nocturne op. 48 n° 1 ; Barcarolle op. 60. Leoš Janáček (1854-1928) : Pohádka. Claude Debussy : Sonate pour violon et piano. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Trio op. 49 n° 3. Gaspard Thomas, piano ; Rachel Sintzel, violon ; Emmanuel Acurero, violoncelle

Lanvollon. Église Saint-Samson. 13-VIII-2021. Johannes Brahms (1833-1997) : Trio op. 101 n° 3. Franz Schubert : Notturno. Ludwig van Beethoven : Trio à l’Archiduc. François-Frédéric Guy, piano ; Tedi Papavrami, violon ; Xavier Phillips, violoncelle

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