Concerts, La Scène, Musique symphonique

Semyon Bychkov scelle ses retrouvailles avec l’Orchestre de Paris

Plus de détails

Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 23-IX-2021. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 2 dite « Résurrection » en ut mineur pour soprano, alto, chœur mixte et orchestre. Hannah-Elisabeth Müller, soprano. Christa Mayer, alto. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Semyon Bychkov

Vingt-trois années après avoir quitté la direction de l’, retrouve la phalange parisienne pour trois concerts très attendus. Des retrouvailles célébrées autour de la Symphonie n° 2 « Résurrection » de .

avait débuté et refermé son mandat quelque peu houleux de directeur musical de l’ (1989-1998) avec cette même symphonie, c’est donc avec une émotion toute naturelle mêlant joie et curiosité qu’il retrouve le podium pour diriger cette méditation sur la finitude et l’espoir d’une autre vie. Plus que de répondre à un artificiel programme auquel on l’a longtemps cantonnée du fait de sa complexité structurelle et de la longueur de sa gestation (1888-1894), la Symphonie n° 2 de , probablement la plus spiritualisée de tout le corpus symphonique, s’inscrit dans le cadre grandiose de la Symphonie-Monde proposée par le compositeur bohémien, vaste cosmogonie décryptant l’Ordre à partir du Chaos. Dans la continuité directe de la Symphonie n° 1, elle constitue la deuxième étape de la construction mahlérienne, requérant un effectif colossal et unissant dans un grandiose syncrétisme lied et musique pure.

La Symphonie n° 2 n’a plus guère de mystère pour Semyon Bychkov, mahlérien reconnu. Le temps a fait son œuvre, la vindicte s’est éteinte et a laissé place à une évidente complicité ouvrant sur une interprétation magistrale, plus éloquente que fervente.

La Totenfeier est abordée sur un tempo rapide, une dynamique tendue et pleine d’allant. Le phrasé très théâtral majore à l’envi les nuances, les contrastes et les fluctuations rythmiques. Semyon Bychkov a, ce soir, la mort joyeuse en nous prenant à la gorge dès les premières mesures très tranchantes des cordes graves. On est impressionné et séduit tout à la fois par la direction d’orchestre d’une parfaite lisibilité, ardente, analytique, respectant tous les détails de l’orchestration (petite harmonie, cuivres, harpe) sans jamais sacrifier la continuité du discours dans le respect scrupuleux des équilibres, exaltant les différents thèmes, avivant tous les plans sonores, individuels (hautbois d’Alexandre Gattet, clarinette de Pascal Moragues, cor d’André Cazalet) et collectifs, mêlant violence cataclysmique et lyrisme éperdu dans une véritable course à l’abîme d’une étonnante clarté architecturale.

L’Andante apporte un moment de paix par son rythme dansant faisant la part belle aux cordes. Semyon Bychkov y fait chanter superbement l’orchestre (lyrisme et pizzicati des cordes, harpe) sur un ländler viennois d’une rare élégance où se dégage le violon solo invité d’.

Introduit par deux violents appels de timbales, le Scherzo déroule sa litanie envoûtante et sarcastique (clarinette, basson, hautbois) sur le Prêche de Saint-Antoine de Padoue aux poissons, lied extrait du Wunderhorn, interrompu en son mitan par un trio cuivré de trompettes, suivi d’une reprise de la danse avec une valse rustique ouvrant sur une coda teintée d’inquiétude. Sans interruption, dans un saisissant contraste, Urlicht, lied extrait lui aussi du Wunderhorn, porte l’émotion à son comble en donnant l’occasion à la mezzo de faire valoir la profondeur et la pureté de son timbre, son sublime legato, son large ambitus et sa puissance d’émission, joliment accompagnée par le hautbois, la harpe et le violon solo.

Le Finale constitue la dernière étape de ce long cheminement vers la lumière, fourmillant de timbres, avec de nombreux effets tels qu’une partie des cuivres et des bois en coulisses. Semyon Bychkov, avec un art consommé de la direction des grands effectifs, y déploie un crescendo bien contenu, imprégné d’attente, très théâtral, retardant au maximum l’entrée du chœur a capella sur un pianissimo fervent laissant déjà entrevoir les horizons bleutés de la neuvième symphonie. Avant que la soprano , et l’excellent chœur de l’Orchestre de Paris n’unissent leurs voix dans une grandiose et solennelle péroraison proclamant un « Auferstehen » enflammé et inondé de Lumière marquant la fin du voyage.

Crédit photographique : © Umberto Nicoletti

(Visited 742 times, 6 visits today)

Plus de détails

Paris. Philharmonie, Grande Salle Pierre Boulez. 23-IX-2021. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 2 dite « Résurrection » en ut mineur pour soprano, alto, chœur mixte et orchestre. Hannah-Elisabeth Müller, soprano. Christa Mayer, alto. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Semyon Bychkov

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.