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Solistes et orchestre pour un rendez-vous musical au Luxembourg

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Luxembourg. 16-IX-2021.
Salle de Musique de Chambre. Artemandoline (oeuvres de Santiago de Murcia, Giovanni Battista Reali). Hélène Boulègue, flûte, Kartin Reifenrath, piano (oeuvres d’André Jolivet, Philippe Hurel). Max Mausen, clarinette, Sabine Weyer, piano (oeuvres de Brahms, Widmann, Lutosławski).
Grande Salle. Anton Webern (1883-1945) : Langsamer Satz (version pour orchestre à cordes de Gerard Schwartz) ; Richard Strauss (1864-1949) : 6 Lieder pour soprano et orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de feu, ballet intégral. Diana Damrau, soprano ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg ; direction : Gustavo Gimeno.
17-IX-2021. Salle de Musique de Chambre. United Instruments of Lucilin (oeuvres de Müllenbach, Kontz, Ablinger, Ahmetjanova, Steinmetzer, Murail) ; Cathy Krier, piano (6 études de György Ligeti) ; Benjamin Kruithof, violoncelle, Ana Bakradze, piano (œuvres de Bach, Hindemith, Tchaikovski) ; Machine à trois, trio percussions et piano ; Christoph Sietzen, percussions (œuvres d’Alejandro Viñao et Maki Ishii)

et sont les vraies vedettes de deux jours de concerts à la Philharmonie de Luxembourg.

En cette période post-COVID où tous les mélomanes sont affamés de musique, c’est une bonne nouvelle : les instances culturelles du Grand-Duché organisent deux journées mettant en avant la scène musicale luxembourgeoise, conçue comme un lieu de rencontre plutôt que sur le seul critère de la nationalité. En plus d’un grand concert symphonique, trois moments de « showcase » sont proposés pour faire mieux connaissance avec des artistes et des ensembles installés au Luxembourg, dont certains ont largement dépassé le stade des simples promesses.

Le moment de prestige de ces deux jours est le concert symphonique du jeudi soir où la vedette est tenue par venue chanter six Lieder de Strauss – le septième en bis étant, sans aucune surprise, l’inusable Morgen. Il n’est pas sûr que ce choix de répertoire corresponde si bien à la voix de Damrau, aujourd’hui tout autant qu’hier : on y attend un peu plus de générosité sonore et un peu moins de prudence, un peu plus de poésie et un peu moins d’efforts d’intelligibilité.

L’, héritier direct de l’orchestre symphonique de RTL, a des ambitions bien plus considérables sous la direction de , son directeur musical depuis 2015 (et jusqu’en 2025 au moins). En ouverture du concert, la version pour orchestre à cordes du beau Langsamer Satz de Webern pour quatuor est une curiosité qu’on préfère oublier au plus vite, tant elle surligne à gros traits ce que Webern avait su dire avec délicatesse. Pour finir le concert, dirige L’Oiseau de feu, sans doute une des meilleures pierres de touche orchestrales qui soit. La comparaison avec l’interprétation de Mirga Gražynitė-Tyla il y a deux ans dans la même salle est un peu cruelle : ce n’est pas tant la qualité technique de l’orchestre que la vision étriquée et sans envol du chef qui est en cause ici : il n’est pas question de théâtre ici, et guère plus d’audace ou de narration.

Le grand répertoire n’est pas absent, avec le violoncelle un peu transparent de Benjamin Kruithof, et avec le clarinettiste , qui enchaîne avec une virtuosité Brahms, Widmann et Lutosławski ; l’, lui, a entrepris depuis dix ans de faire renaître un répertoire pour mandoline et ensemble, avec une réelle séduction mais, pour ce concert du moins, une approche qui manque de nuances sonores, notamment dans l’accompagnement. Mais c’est la musique contemporaine qui règne sur ces deux journées, par choix des musiciens et non par exigence programmatique. Les courtes pièces choisies par l’ensemble United Instruments of Lucilin, dont plusieurs écrites par des compositeurs luxembourgeois, ont en commun une théâtralité plus ou moins explicite et plus ou moins superficielle ; c’est sans nul doute une façon ludique de faire découvrir la musique contemporaine à un public plus large, mais il y a plus intéressant, y compris dans ces journées.

La fin de la manifestation est consacrée à la percussion, avec l’intrigant trio piano/marimba/vibraphone Machine à trois, dans des compositions de ses membres et d’autres musiciens, avec souvent beaucoup de poésie et de diversité sonore. Pour la virtuosité pure, il faut attendre à la toute fin de ces journées, et surtout l’éblouissant Thirteen Drums de Maki Ishii : la percussion comme instrument soliste n’a pas besoin de défenseur plus éloquent.

Le court moment proposé par la flûtiste autour de la musique française du XXe siècle est peut-être le plus beau moment de ces deux journées. Elle qui avait attiré notre attention en soliste d’une Neuvième symphonie de Mahler avec son ancien orchestre à Stuttgart est aujourd’hui flûtiste du rang à Luxembourg, mais elle a tout d’une soliste de premier plan : elle sait faire vivre les archaïsmes vigoureux et les contrastes flamboyants du Chant de Linos d’André Jolivet, dont elle a enregistré tout l’œuvre pour flûte ; dans Eolia de Philippe Hurel, elle montre toute l’étendue de sa virtuosité contemporaine. Mais la sélection d’études de Ligeti par , qui en a enregistré l’intégrale, est tout aussi époustouflante, et elle montre bien comment la musique de ces dernières décennies n’est pas le produit d’une sèche théorie et d’un désir de distinction comme on a trop voulu le faire croire.

Crédits photographiques : © Alfonso Salgueiro

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Luxembourg. 16-IX-2021.
Salle de Musique de Chambre. Artemandoline (oeuvres de Santiago de Murcia, Giovanni Battista Reali). Hélène Boulègue, flûte, Kartin Reifenrath, piano (oeuvres d’André Jolivet, Philippe Hurel). Max Mausen, clarinette, Sabine Weyer, piano (oeuvres de Brahms, Widmann, Lutosławski).
Grande Salle. Anton Webern (1883-1945) : Langsamer Satz (version pour orchestre à cordes de Gerard Schwartz) ; Richard Strauss (1864-1949) : 6 Lieder pour soprano et orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : L’Oiseau de feu, ballet intégral. Diana Damrau, soprano ; Orchestre Philharmonique du Luxembourg ; direction : Gustavo Gimeno.
17-IX-2021. Salle de Musique de Chambre. United Instruments of Lucilin (oeuvres de Müllenbach, Kontz, Ablinger, Ahmetjanova, Steinmetzer, Murail) ; Cathy Krier, piano (6 études de György Ligeti) ; Benjamin Kruithof, violoncelle, Ana Bakradze, piano (œuvres de Bach, Hindemith, Tchaikovski) ; Machine à trois, trio percussions et piano ; Christoph Sietzen, percussions (œuvres d’Alejandro Viñao et Maki Ishii)

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