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Les attrayantes symphonies de William Alwyn

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 Le XXe siècle musical britannique marque le renouveau longtemps attendu outre-Manche après la glorieuse période dominée par l’immense Henry Purcell au XVIIe siècle. (1905-1985), par trop négligé, mérite sûrement une réévaluation aux côtés de Edward Elgar, Frederick Delius, Ralph Vaugham Williams, Gustav Holst, , Arnold Bax, ou encore Gerald Finzi.

Très jeune encore, entre à la Royal Academy of Music de Londres (1920), et devient flûtiste virtuose ainsi que flûte solo au London Symphony Orchestra. Il consacrera de nombreuses années en tant que professeur de composition à la Royal Academy, entre 1926 et 1955. Comme compositeur, il construit un catalogue très abondant, abordant le genre symphonique (5), opératique (4) mais encore des concertos (en particulier un magnifique et célèbre Concerto pour harpe et orchestre « Lyra Angelica » en 1954 ; d’autres pour flûte, hautbois, violon, deux pour piano), des pièces orchestrales et chorales, des quatuors à cordes (2) et d’autres musiques de chambre, sans oublier plusieurs dizaines de musiques de film (environ 200), trois concertos grossos (1942, 1950 et 1964) très réussis, et des pièces pour piano seul de belle facture. En dehors de son intense activité musicale, Alwyn était un passionné de littérature : il aimait peindre et écrire de la poésie et il rédigea son autobiographie. Il était de plus polyglotte.

William Alwyn était déjà à la tête d’un catalogue brillant et varié lorsqu’il se décida à se lancer dans l’aventure symphonique à l’âge de 45 ans. Nous sommes en 1950. Non sans ambition, il avait déjà décidé de réaliser un projet impressionnant par lequel il souhaitait apporter une contribution notable au genre symphonique. Rien moins que d’élaborer un cycle de quatre symphonies ! Il imaginait que la première en serait l’exposition, la deuxième le mouvement lent, la troisième le scherzo (sous forme de marche avec coda) et enfin la dernière l’épilogue. Il prévoyait que la thématique de chacune serait puisée dans la première tout en affichant une totale individualité. Son expérience de flûtiste soliste de l’Orchestre symphonique de Londres l’avait confronté au grand répertoire et il comptait alors à son actif plusieurs réalisations notables. Enfin son expérience avait bénéficié depuis une quinzaine d’années de son travail de compositeur de musique de film (notamment pour des documentaires).

Son cycle symphonique

La Symphonie n° 1 comporte quatre mouvements : Adagio – Allegro leggiero – Andante ma con moto – Allegro jubilante. Elle dure une quarantaine de minutes, date de l’année 1950 et est créée par le fameux Sir à la tête du Hallé Orchestra à Cheltenham lors d’un festival dont le but était de concrétiser le rayonnement de la musique anglaise de l’après-guerre mondiale. Bien que son climat soit globalement enjoué et détendu, empli de fantaisie, elle fut composée à une époque pénible pendant laquelle Alwyn devait subir une opération risquée de la gorge. Son orchestration brillante et ses riches et généreuses mélodies la rendent très attrayantes. De même que sa facture classique et la tenue générale de son discours contribuent-elles, enrichies d’un tempérament personnel et délicatement romantique, à placer la Symphonie n° 1 parmi les plus réussies du monde britannique de l’époque.

L’œuvre rencontra un franc succès public et critique. Cet accueil chaleureux conduisit sans tarder Barbirolli à commander au compositeur la symphonie suivante. Sa réputation et son implication allaient faire beaucoup pour le devenir de cette entreprise.

La Symphonie n° 2 (31 minutes environ) se compose de deux parties dont les tempos successifs sont les suivants : 1/ Con moto – Molto moderato – Quasi adagio molto calmato ; 2/ Allegro molto – Moderato largamente – Molto tranquillo. Ce deuxième opus symphonique s’éloigne sensiblement de la structure symphonique classique en quatre mouvements de la précédente, en optant pour un seul mouvement continu (seule une courte pause est proposée). La succession des tempos fait alterner sections rapides et sections lentes. Un unique motif sert de pivot central, il est confié aux bassons, bientôt suivis par les violons soutenus par des triolets de timbales, violoncelles et contrebasses conférant ainsi une atmosphère lugubre. On rencontrera tout au long de la symphonie une cellule rythmique heurtée (caisse claire) insérée dans divers passages majeurs. Alwyn, qui la préférait, en parlait comme de sa « petite symphonie » et c’est elle qu’il sélectionna et dirigea lors du concert qui devait marquer son soixante-quinzième anniversaire.

Dans les années 1955- 1956, la BBC lui commande une œuvre qui deviendra la Symphonie n° 3 dédiée à Richard Howgill, directeur de la musique. Elle lui demande de gros efforts et se démarque sensiblement des deux précédentes en travaillant de manière nouvelle sur une harmonie moderne et des mélodies s’appuyant sur les demi-tons de la gamme répartis différemment. « Dans ma Troisième Symphonie j’utilise une nouvelle approche du système des douze notes… d’une manière tonale », prévient-il.

La Symphonie n° 3 a trois mouvements : Allegro molto – Poco adagio – Allegro con fuoco. Elle s’étend sur un peu plus de 34 minutes. La création a lieu lors du concert d’ouverture de la saison 1956-57, le 10 octobre, des concerts de la BBC au Royal Festival Hall de Londres. Le fameux chef d’orchestre Sir la défend en place de Barbirolli malade. Le compositeur lui écrit que la Symphonie n° 3 est « la plus belle symphonie anglaise composée depuis le deuxième d’Elgar. »

Alwyn insère dans cette œuvre, la plus remarquable du cycle, des passages où l’on repère des pages passionnées et des rythmes prégnants (mouvements 1 et 2) tandis que le Poco Adagio central affiche une quiétude également présente dans la dernière partie de Allegro con fuoco final. Le premier Allegro reposant sur un élan dynamique fort et une coda méditative, résulte d’un travail sur des groupes de notes habilement combinés. La rythmique domine l’attention tout au long de l’œuvre. On y observe l’intérêt porté au travail sur la caisse claire, le tambourin et le xylophone. Plusieurs passages laissent s’exprimer une fougue que beaucoup apprécient, aussi bien dans le public que dans la presse, unanimes, pour en louer les qualités. Le dernier mouvement donne vie à de magnifiques sections remarquables par leur ampleur, leur beauté, leurs notes longues et leur caractères apaisant. Les ultimes mesures ne se terminent pas en apothéose sauf à 10’56 (version Hickox) où, brièvement et modérément, la musique rappelle le passé (tempo primo) avec ses élans concis et généreux confiées aux cuivres

Le cycle initialement prévu par Alwyn s’achève avec la Symphonie n° 4. Elle est structurée en trois mouvements sur presque 40 minutes. Ils sont notés : Maestoso ma con moto – Molto vivace – Adagio e molto calmato. La réflexion centrée autour des douze notes et de la répartition de groupes de notes se poursuit, ainsi que purent l’observer les auditeurs et les observateurs professionnels au moment de la création qui se déroule lors d’un concert-promenade au cours de la saison 1959 sous la direction de Sir .

Son premier mouvement suit un crescendo progressif conduisant à un Allegro tonique. A l’acmé de cette marche en avant un adoucissement mène à un pianissimo au climat singulier. Le Molto vivace est un scherzo très rythmé proposant des mesures rappelant des tintements de cloches d’église. Le dernier mouvement contraste avec ce que l’on vient d’entendre : un chant apaisé évolue vers une passacaille. Les cuivres triomphants ponctuent en quatre notes le finale noté maestoso. Dans l’esprit d’Alwyn, la fin de la Symphonie n° 4 achève le cycle symphonique dont il est manifestement l’épilogue.

L’ensemble du cycle se caractérise par la mise en place d’un discours orchestral opulent, alternant habilement les pages rythmiquement lentes et les parties plus énergiques, les unes et les autres recevant une attention et une variété mélodiques de tous les instants. Alwyn réussit la prouesse de retenir notre attention pendant toute la durée de chacun de ses opus symphoniques. Sans s’abandonner à une modernité de principe qui ne lui correspond nullement et sans se réfugier dans un passé devenu encore plus obsolète avec la Seconde Guerre mondiale, il réussit à façonner des partitions intemporelles mues par une inspiration personnelle authentique. A n’en point douter, il s’inscrit habilement dans la grande famille des créateurs postromantiques. L’émotion qu’elles véhiculent s’appuie sur un lyrisme sincère, toujours contenu et maîtrisé, de sorte qu’elles présentent une évidente robustesse structurelle, une densité sonore permanente, une finesse mélodique constante, une harmonie virile et variée et enfin une vélocité rythmique permanente et attrayante. Son maniement de courtes cellules réapparaissant ça et là unifie la cohésion des quatre partitions tout comme les crescendos efficaces et colorés, les abandons lyriques et délicats et les finesses de son orchestration réservant à presque tous les pupitres de splendides mesures.

La Symphonie n° 5, sous-titrée « Hydriotaphia », s’appuie sur quatre mouvements : 1. Moderato – Allegro ma non troppo, 2. Andante sostenuto, 3. Allegro con fuoco, 4. Tempo di marcia funebre. Relativement courte elle ne dure environ que 16 minutes. Elle résulte d’une commande de l’Ars Council pour le Festival triennal du Norfolk/Norwich où elle reçut sa création en 1973 sous la baguette du compositeur lui-même. Elle apparaît quatorze ans après le Symphonie n° 4, longue période pendant laquelle Alwyn s’était intensément consacré à l’écriture de deux opéras : Juan, or the Libertine et Miss Julie. L’œuvre est dédiée « A la mémoire immortelle de Sir Thomas Browne (1605-1682) », une grande personnalité de Norwich, connu comme médecin, philosophe, botaniste et archéologue qui eut une puissante influence sur Alwyn. Il laisse une élégie sur la mort baptisée Hydriotaphia, inhumation humaine en urnes, découvertes depuis peu dans le Norfolk. Chacune des sections de la symphonie est précédée d’une citation de Browne sans qu’il s’agisse d’une musique à programme.

A l’écoute de ce sursaut symphonique, il ne fait aucun doute que les conceptions du compositeur ont sensiblement évolué. Il en réduit la durée et la conçoit en un seul mouvement au sein duquel on peut repérer néanmoins quatre courtes sections ponctuant les changements de climat. La partition s’appuie sur un trait de trois notes entendues au début de l’Allegro initial. Des carillons lugubres (glockenspiel très présent), des notes répétées de la harpe et des cordes en sourdine précèdent un bref et simple scherzo où l’on retrouve les notes du début de la symphonie, laquelle s’achève par une marche funèbre solennelle. Les trois notes brèves de l’introduction réapparaissent aux cloches avant de s’allonger peu à peu. Les toutes dernières mesures font place à un trait dissonant confiés aux cors. La maîtrise des crescendos est parfaite et efficace tandis que, le travail sur les mélodies s’efface quelque peu devant l’attention apporté aux timbres et aux percussions, de telle sorte qu’elle semble plus « moderne » avec en plus ses éclats sonores « raisonnables » et son énergie faisant lointainement penser au Stravinski du Sacre du printemps.

Ainsi que le déclare avec justesse Jacques Michon, William Alwyn, sans s’imposer au tout premier plan a apporté une contribution de qualité à la musique de son pays. Et de conclure à raison : il fut un compositeur non négligeable.

Bibliographie

CRAGGS Stewart & POULTON Alan, William Alwyn. A Catalogue of His Music. Bravura, 1985.

MICHON Jacques, La musique anglaise, Collection U2, Armand Colin, 1970, p. 329.

OTTAWAY Hugh, Alwyn, William, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, Ed. by Stanley Sadie, Macmillan Publishers Lim. 1980.

Plusieurs ouvrages plus récents en anglais complètent utilement notre approche généraliste.

Références discographiques

Trois labels discographiques ont enregistré l’intégrale des symphonies de William Alwyn. Tous nous proposent de fines et authentiques lectures du cycle et défendent avec un engagement remarquable l’art de ce maître à la réputation trop discrète.

L’intégrale LYRITA, la première et la plus fascinante de notre sélection, demeure toujours d’actualité. Elle fit énormément pour donner enfin une place méritée à l’œuvre symphonique d’Alwyn. Le compositeur britannique défend lui-même ses partitions sur quatre LP gravés et publiés dans les années 1970 : LP SRCS 86 : Symphonies n° 1, 1977 ; LP SRCS 63, Symphonie n° 3. The Magic Island (poème symphonique) ; LP SRCS 85 : Symphonie n° 2, Sinfonietta pour cordes, 1975 ; LP SRCS 75 : Symphonie n° 4 et 5, 1975. Le label Lyrita les transfère sur CD disponibles : un CD avec Symphonies n° 2, 3 et 5 ; un CD avec les Symphonies n° 1 et 3.

Pour CHANDOS, Richard Hickox, face à l’Orchestre symphonique de Londres, a gravé les cinq symphonies et la Sinfonietta pour cordes entre 1992 et 1993. Son travail solide et fidèle est à présent disponible dans un coffret de 3 CD CHAN 9429 (3). Durée totale : 3 heures et 7 minutes. CD 1 : Symphonies n° 1 et 2, durée : 71’59 ; CD 2 : Symphonies n° 3 et 4, durée : 73’28 ; CD 3 : Symphonie n° 5 et Sinfonietta pour cordes, durée : 41’52. Les enregistrements se déroulent à l’église St Jude de Londres et à l’église All Saints de Tooting en 1992-1993.

L’Orchestre philharmonique royal de Liverpool dirigé par le chef David Llyod -Jones enregistre au Philharmonic Hall de Liverpool (GB) l’intégrale des symphonies sur trois CD NAXOS. CD 1 (8. 557647) : Symphonies n° 2 et 5 + Lyra Angelica (avec en soliste Suzanne Willison). Durée 69’52 ; CD 2 (8. 557648) : Symphonies n° 1 et 3. Durée : 68’50 ; CD 3 (8. 557649) : Symphonie n° 4 + Sinfonietta. Durée : 55’04.

Crédits photographiques : © Reg Williamson

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