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Lang Lang dans les Variations Goldberg à Paris

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Paris. Auditorium de Radio France. 26-XI-2021. Robert Schumann (1810-1856) : Arabesque en ut majeur op. 18. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Clavier-Übung IV « Goldberg-Variationen » BWV 988. Lang Lang, piano

Avec la même retenue et le même travail d’ornementation qu’à Leipzig en 2020, livre à la Maison de la Radio une remarquable interprétation des Variations Goldberg de Bach, où la célérité du doigté s’accorde à des moments plus mesurés, dont le fascinant Adagio de la Variation n°25.


D’une douce lumière orangée, la scène de l’Auditorium de Radio France (flanquée d’un agent de sécurité de chaque côté) laisse entrer le pianiste le plus médiatique au monde, . Avant de s’atteler à l’ultime livre de Clavier-Übung de Bach, le pianiste préfère ouvrir son récital avec l’Arabesque opus 18 de Schumann. Lang Lang dénature la pièce par un rubato surdéveloppé, notamment celui conclusif de l’exposition de la partie A. Il ressort malgré tout un moment concentré de la partie finale, Zum Schluss, qui rappelle que le pianiste n’est pas célèbre par hasard.

Mais après une telle interprétation peu convaincante, pourquoi avoir voulu rendre compte du concert de la star dans le chef-d’œuvre absolu et si risqué que représentent les Goldberg-Variationen ? Parce que l’album sorti chez Deutsche Grammophon un an plus tôt, d’abord en version collector avec le live de Leipzig en plus de la version studio, démontre à quel point Lang Lang sait aussi garder sa réserve, pour ne parfois laisser ressortir que la majesté du geste.

Dès l’Aria, le contraste avec l’interprétation pour Schumann auparavant est flagrant, au point de croire que ce n’est plus le même pianiste devant nous. On sait qu’il considère l’œuvre comme la plus grande jamais écrite pour le clavier, et qu’il l’a travaillée depuis l’enfance, au clavecin comme au piano, avec Nikolaus Harnoncourt ou plus récemment Andreas Staier. Malgré cela, on sent toujours qu’elle lui fait peur, alors il ne joue jamais avec et n’y ajoute rien, les rubatos mesurés devenant de cohérents accents, tandis que la manière d’improviser s’accorde particulièrement aux ornementations baroques de la partition.

Avec une finesse d’exposition qui n’est pas sans rappeler les interprétations de Xu Xiao Mei, Lang Lang développe les variations l’une après autre, sans d’abord effleurer les pédales, qu’il ne commence à utiliser qu’à la n°3. De cette même variation ressort l’extrême agilité de la main droite, superbe de luminosité, attributs encore mieux portés par la n°5, dont la dextérité si libérée n’est jamais trop exposée. La n°4 entre les deux démontre à l’inverse comme le pianiste sait rester mesuré dans les parties plus posées, jusqu’à l’exceptionnel Adagio, la 25ème, remarquable tant par sa justesse que par son incroyable émotion.

L’agilité sans faille et magnifiquement ornementée bénéficie encore aux dernières variations écrites pour les deux claviers du clavecin, donc aux n° 26 et 29, tandis que le Quolibet, tout juste trop appuyé par la pédale forte, ramène au calme avant l’aria da capo, encore plus subtil qu’en introduction. Fallait-il alors donner en bis Jasmine Flowers, célèbre thème chinois utilisé par Puccini dans Turandot et ici arrangé par le jazzman Peter Schindler ? Au moins cela aura-t-il fait plaisir au public, dont l’énergie aux saluts prouve qu’il aurait, en majorité, plus attendu ce type de pièces lors de ce récital ; tandis que l’on regrette que le public présent dans le même lieu trois ans plus tôt lorsque Koroliov jouait les mêmes Variations, n’ait pas été un peu plus curieux pour venir entendre ce véritable génie que peut être Lang Lang.

Le concert est disponible en replay sur francemusique.fr jusqu’au 3 décembre.

Crédit photographique © Franck Juery

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Paris. Auditorium de Radio France. 26-XI-2021. Robert Schumann (1810-1856) : Arabesque en ut majeur op. 18. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Clavier-Übung IV « Goldberg-Variationen » BWV 988. Lang Lang, piano

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