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Les sons du 9-9bis par Alexandre Lévy

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Alexandre Lévy (né en 1971) : Acousmeta, son du patrimoine, patrimoine du son. Une production EPCC 9-9bis et aKousthéa Cie. 2 CD Soondmusic. Enregistrés au studio du 9-9bis. Texte français/anglais. Durée totale : 83 min.

 

Bienvenue au 9-9bis à Oignies, un ancien site minier du Nord Pas-de-Calais classé au patrimoine de l’Unesco, fermé en 1991 et reconverti en centre culturel (le Métaphone) depuis 2017. C’est là que le compositeur et aventurier du son a posé ses micros, pour y capter la vibration des lieux et faire revivre les sons de la mine au gré des témoignages d’anciens mineurs et d’une imagination fertile.

a bénéficié d’une résidence de 4 ans au Métaphone où il a pu mener une véritable enquête de terrain pour connaître le quotidien des ouvriers de la mine, leur environnement, les types de machines en fonction, le brassage des populations et la musique que ces générations de travailleurs venus des quatre coins de l’Europe ont fait résonner dans les maisons du Bassin minier. Le travail d’archivage, les commentaires généreux d’ et une abondante source iconographique font l’objet du superbe livre-disque Acousmeta dont les deux CD réunissent quatre cycles de pièces relativement courtes, fruit du travail in situ du compositeur.

Précisons que le Métaphone du 9-9bis est à la fois une salle de spectacles, un atelier de résidence pour les artistes et un « instrument de musique urbain » dont la façade est recouverte d’une peau sonore, vingt-quatre plaques de matériaux divers qui produisent et diffusent les sons à l’extérieur, en liaison avec des jeux de lumière.

Ainsi les « douze coups du métaphone », le cycle d’œuvres acousmatiques du CD I, vont-ils résonner chaque jour sur les murs du Métaphone, à heures fixes, comme les sonneries de carillon chères aux habitants des Hauts-de-France.

Sons acérés, matière bruitée, portes qui claquent et ruptures abruptes : c’est une mécanique qui se met en marche dans la première pièce, la « Salle des douches » et ses espaces résonnants ; la « salle du 9 » est presque plus chaleureuse, où les machines soufflent, cliquètent et chantent à leur manière, n’était la vibration lancinante du treuil qui assure le passage du jour à l’obscurité du fond. L’espace s’est resserré (« le puits ») ; l’activité répétitive des outils se dissout dans des trames plus planantes qui avivent le mystère. Signalés par un bref sifflement comme dans les Études de Pierre Schaeffer, « les trains » accomplissent leur trajectoires sur les rebonds joyeux du marimba ; l’activité des « transfos » suscite une ingénierie sonore et méticuleuse, une part de rêve prolongé par les manifestations aussi inquiétantes que délurées des compresseurs ; les sonorités de l’orgue et du carillon sont mixées aux granulosités des gaillettes dans un mixe du minéral et de l’instrumental (« Gaillettes ») avant que les voix des travailleurs ne mêlent leurs témoignages (« il faisait 40 degrés ! ») dans un final en spirale superbement monté.

Plus courtes, les quatre pièces qui terminent le premier disque, Tribales mécaniques, célèbrent le génie mécanique. Cette musique de patterns convoque l’orgue du Métaphone, les percussions et l’électronique dans un assemblage polyrythmique et charivaresque jouant sur la répétition et les décalages : hommage aux machines (molettes, bièles, etc.) restées sur le site et toujours opérationnelles ! La combinatoire rythmique se complexifie dans « abattage-rondeau » qui clôt le premier CD dans les déhanchements virtuoses d’une danse électro-pop.

Sons du patrimoine et patrimoine du son : le second CD s’intéresse à la diversité des langues et des cultures des mineurs immigrés venus avec leur famille : Algériens, Polonais, Italiens, Marocains. Alexandre Lévy fait revivre les musiques des communautés présentes dans le bassin minier à travers trois pièces pour instruments et électroniques,« Métaphone mémories », qui associent deux à deux les univers sonores : Musique de la danse (elle sonne comme du Pierre Henry), Fanfares échos mêle percussions marocaines et trombes de bergers polonais, invitant l’ensemble de percussions du CRR de Lille, Glyss 38. Musique nocturne, Diwan Kujiawiak tisse les sonorités du saxophone et de la clarinette avec les luth et peaux marocaines en une sorte d’improvisation collective finement ciselée. Superbe, Daqqa tondo mêle les voix traitées par l’électronique (celles des paysans du sud de l’Italie) et les percussions du Daqqa, célèbre musique de fête du Maghreb. Les trois dernières pièces – « Métaphone mécaniques » – mettent à l’honneur les cuivres (Ensemble Quintégral) que l’on voit jouer en extérieur, devant les instruments mécaniques du Métaphone, au fil des nombreuses photos incluses dans ce bel objet artistique qu’est Acousmeta.

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Alexandre Lévy (né en 1971) : Acousmeta, son du patrimoine, patrimoine du son. Une production EPCC 9-9bis et aKousthéa Cie. 2 CD Soondmusic. Enregistrés au studio du 9-9bis. Texte français/anglais. Durée totale : 83 min.

 
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