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The Snow Queen à Munich : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la dépression

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Hans Abrahamsen (né en 1952) : The Snow Queen, opéra sur un livret de Hans Abrahamsen et Henrik Engelbrecht d’après Hans Christian Andersen. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Barbara Hannigan (Gerda) ; Rachael Wilson (Kay) ; Thomas Gräßle (double de Kay) ; Katarina Dalayman (Grand-mère, Vieille dame, Finnoise) ; Peter Rose (Reine des neiges ; Renne ; Horloge) ; Caroline Wettergreen (Princesse) ; Dean Power (Prince) ; Kevin Conners (Corneille de la forêt) ; Owen Willetts (Corneille du château) ; Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière, direction : Cornelius Meister. 1 Blu-ray Bayerische Staatsoper Recordings. Filmé à l’Opéra de Munich en décembre 2019. Sous-titrage en allemand, anglais, français, danois, coréen, japonais. Notice bilingue (allemand, anglais) avec photos de 44 pages. Bonus : Durée : 113:00 (opéra) / 3:30/2:38 (bonus)

 

Déjà un DVD ! Déjà trois mises en scène différentes en deux ans pour le premier opéra de : c’est celle d’ pour Munich que publie, après Die Tote Stadt, le nouveau label maison Bayerische Staatsoper Recordings. Un DVD qui devrait offrir une seconde chance à ce spectacle complexe, accueilli plutôt fraîchement.

Winternacht (1976-1978), Märchenbilder (1984), Schnee (2008)… et donc The Snow Queen en 2019 : la musique hivernale de (pétrifiant même la façade du Bayerische Staatsoper dans un des deux bijoux-bonus du DVD) trouve dans le conte de Hans Christian Andersen le cadre adéquat à une écriture écartelée entre complexité et simplicité. La phalange munichoise, conduite avec un beau sens de l’envoûtement par fait entendre le glacial d’une musique à la personnalité fuyante dont chacun des trois actes de la partition recèle un numéro apte à réchauffer le cœur du spectateur le plus rétif à la musique contemporaine : la Snow-play Music proche de John Adams au I; le chœur féminin Ding, dong au II; le lumineux final du III.

En 1844, Andersen nous apprend que le Diable a conçu un miroir dont les bris font voir le Monde en noir à ceux qui en ont reçu un dans l’œil ou dans le cœur. Une providentielle explication de la dépression s’abattant sur certains humains pour Kriegenburg, qui entreprend de narrer The Snow Queen dans un établissement de soins pour personnes déprimées, sous une neige qui chute aussi à l’intérieur des chambres. Le voyage que Gerda entreprend à la recherche de son compagnon Kay en pleine dépression se résume à des visites en clinique. Un scénario contraignant mais prodigue en visions. On ne se plaindra pas de ce grand écart d’avec la récente production de l’Opéra du Rhin, tant la réalisation munichoise, d’une complexité extrême, voit le triomphe de son évidence dès sa seconde vision.

La première laisse le spectateur à ses interrogations quant à l’identité de personnages flanqués de doubles. Quatre Gerda pour le prix d’une : chantée dans la stratosphère par la lumineuse et intense (Abrahamsen a spécifiquement écrit pour elle), la chanteuse est doublée par une actrice, une enfant, et même une poupée ! Trois Kay, bien sûr mais une complication supplémentaire : Kay, rôle masculin, est chanté par une mezzo (, vibrante d’engagement). La Reine des Neiges, rôle féminin, échoit à l’inverse à une basse () qui doit incarner cette sorte de très épisodique Sarastro pas immédiatement identifiable, mais aussi le Renne et l’Horloge. La Grand-mère, la Vieille Femme, La Finnoise reposent toutes trois sur le talent valeureux de l’ex-Brünnhilde ! Un renne n’y retrouverait pas ses petits. Un seul chanteur par rôle heureusement pour les comprimarii de cette remarquable distribution, tous patients bien dérangés de l’institution Kriegenburg : le Prince et la Princesse (la basse tranquille de Dean Power, le soprano très pur de ), les deux Corneilles ( et ). Ce voyage initiatique entre l’enfance et l’âge adulte emporte à des lieues de l’immédiate séduction d’Andersens Erzählungen, la splendide psychanalyse de Philip Stölzl, pour Bâle en 2019, de La Petite Sirène, autre fable à tiroirs du conteur danois.

Le filmage de Christoph Engel n’aide pas toujours, qui malmène la très belle scénographie de Harald B. Thor, riche en arrière-plans successifs reculant jusqu’à une glauque salle de thanatopraxie. On dirait que le vidéaste, attentif aux deux premiers actes, a confié sa caméra à quelqu’un d’autre pour le troisième. Un Acte III vraiment miné par une passion pour les plans de biais (l’ouverture du rideau !), les plans de coupe hachant menu les sublimes nuées célestes de Michael Bauer, et par l’amputation du superbe zoom avant du décor final. Preuve supplémentaire s’il en était besoin : un faux raccord (à partir d’1h40) condamne définitivement l’impéritie de ce filmage à la définition miraculeuse mais à la distraction coupable. Comme si Christoph Engel, à l’inverse des protagonistes, avait peu à peu décidé de refuser le traitement exigeant mais finalement efficace proposé par le Docteur Kriegenburg.

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Hans Abrahamsen (né en 1952) : The Snow Queen, opéra sur un livret de Hans Abrahamsen et Henrik Engelbrecht d’après Hans Christian Andersen. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad. Avec : Barbara Hannigan (Gerda) ; Rachael Wilson (Kay) ; Thomas Gräßle (double de Kay) ; Katarina Dalayman (Grand-mère, Vieille dame, Finnoise) ; Peter Rose (Reine des neiges ; Renne ; Horloge) ; Caroline Wettergreen (Princesse) ; Dean Power (Prince) ; Kevin Conners (Corneille de la forêt) ; Owen Willetts (Corneille du château) ; Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière, direction : Cornelius Meister. 1 Blu-ray Bayerische Staatsoper Recordings. Filmé à l’Opéra de Munich en décembre 2019. Sous-titrage en allemand, anglais, français, danois, coréen, japonais. Notice bilingue (allemand, anglais) avec photos de 44 pages. Bonus : Durée : 113:00 (opéra) / 3:30/2:38 (bonus)

 
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