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À Berne, I Capuleti e i Montecchi baignés de belcanto

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Berne. Stadttheater. 29-V-2022. Vincenzo Bellini (1811-1835) : I Capuleti e I Montecchi, tragédie lyrique en 2 actes sur un livret de Felice Romani d’après la pièce « Giulietta e Romeo » de Luigi Scevola. Mise en scène : David Hermann. Décors : Bettina Meyer. Costumes : Axel Aust. Chorégraphie : Jean-Philippe Guilois. Lumières : Bernhard Bieri. Dramaturgie : Rainer Karlitschek. Avec : Matheus França, Capellio ; Giada Borrelli, Giulietta ; Evgenia Asanova, Romeo ; Filipe Manu, Tebaldo ; Christian Valle, Lorenzo. Chœur du Bühnen Bern (direction : Zsolt Czetneer). Berner Symphonieorchester. Direction musicale : Sebastian Schwab.

Clap de fin de saison à l’opéra de Berne avec le bel canto à la fête dans un I Capuleti e i Montecchi de Vincenzo Bellini au chant souvent magnifié dans une mise en scène peu convaincante.

Parmi les productions de cette saison lyrique bernoise, chaque spectacle laissait apparaître, parmi la troupe, des chanteurs capable de transcender la scène. On les retrouve à nouveau sur le devant de cet opéra. Souvent, la voix suffit aux opéras de belcanto. Cependant, de par l’importance prédominante du chant, de par les développements mélodiques de ses longues mélopées, l’action ralentie met fréquemment en difficulté les metteurs en scène. Dans le décor unique de deux grands rideaux noirs se rejoignant en fond se scène, dirige habilement ses chanteurs pour que son spectacle reste vivant. Certes, on aurait préféré qu’il privilégie les éclairages, qu’il s’attarde aux ambiances de l’univers noir choisi, plutôt qu’il nous impose certaines absurdités. Ainsi, sortant des tréfonds de la scène une cuisine Ikea complètement équipée lors de la première rencontre de Roméo et Juliette, des partisans des Capulets comme un assemblage de personnages transgenres assurant leur chef Capellio de venger la mort de son fils dans une farandole aussi incongrue que vulgairement comique, un Romeo et un Tebaldo se défiant dans un combat d’épéistes de compétitions sportives ou encore, ces mêmes partisans mettant Juliette au tombeau en lui déversant, à tour de rôle, des cuillerées de terre pendant qu’elle implore le pardon de son père. Avec ces scènes inutiles, Hermann gâche son talent de conteur comme il le montre dans l’impressionnante et superbe scène finale où Roméo disparaît à la vue de chacun dans un éblouissant halo de lumière alors que Giulietta reste prostrée sur l’avant-scène.


Si la scène est souvent habitée, c’est aussi grâce à la présence vocale magnifique de trois des principaux acteurs. En premier lieu, la soprano de 24 ans, (Giulietta) confirme son très grand talent et sa technique vocale irréprochable. A l’aise dans tous les registres, elle impressionne. Si la soprano calabraise doit encore affiner sa voix, lui donner plus de rondeur, des aigus légèrement moins agressifs, c’est un régal de l’entendre et de s’enthousiasmer qu’une aussi jeune interprète soit à même de tenir avec une égale intensité un rôle aussi exigeant. A ses côtés, la mezzo russe (Romeo) (d’à peine trois ans l’ainée de sa compagne !) donne une interprétation d’excellente facture. Scéniquement très à l’aise, elle campe un personnage vif, alerte, amoureux à l’envi. On y croit à chaque instant. Bondissant, ce Romeo-là, pétillant de jeunesse, colle parfaitement à son image. Vocalement, si la mezzo doit encore améliorer ses aigus encore un peu serrés, ainsi que son agilité vocale, son legato, sa diction, son intelligence musicale en font une interprète promise à un brillant avenir. Troisième interprète catalyseur de la scène, le ténor néo-zélandais (Tebaldo) projette sa voix au grain chargée d’harmoniques à la fois étrange et charmeuse. Capable de passer d’une page guerrière comme dans son air « E’ serbata a queso acciaro.. » à un immédiat et profond sentiment amoureux comme dans « L’amo tanto, e m’è si cara » dans un mezza voce élégiaque, il est sans doute l’élément instigateur de l’ambiance vocale favorable qui règne sur toute cette production.
On ne sera pas aussi élogieux pour les deux autres rôles de cet opéra. La basse norvégienne (Lorenzo) manque totalement à l’esprit bellinien en ne s’occupant jamais à moduler son chant. Il apparait comme un personnage fruste et brusque à l’encontre de ce que la musique et le livret imposent à son rôle. Quant à (Capellio), si son imposante stature convient au « méchant », elle ne suffit pas à cacher un chant peu conscient de l’esprit de cette musique, souvent à la limite de la justesse.

Sous la baguette pas très musicale du chef , souvent imprécis, terriblement bruyant, couvrant souvent les chanteurs, le nous apparait moins convaincant qu’à l’accoutumée. Pourtant les éléments de cet ensemble sont de belle valeur, à l’image des passages obligés du cor, de la clarinette ou du violoncelle qui apportent d’heureux moments de bonheur musical.

Crédit photographique : © Tanja Dorendorf

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Berne. Stadttheater. 29-V-2022. Vincenzo Bellini (1811-1835) : I Capuleti e I Montecchi, tragédie lyrique en 2 actes sur un livret de Felice Romani d’après la pièce « Giulietta e Romeo » de Luigi Scevola. Mise en scène : David Hermann. Décors : Bettina Meyer. Costumes : Axel Aust. Chorégraphie : Jean-Philippe Guilois. Lumières : Bernhard Bieri. Dramaturgie : Rainer Karlitschek. Avec : Matheus França, Capellio ; Giada Borrelli, Giulietta ; Evgenia Asanova, Romeo ; Filipe Manu, Tebaldo ; Christian Valle, Lorenzo. Chœur du Bühnen Bern (direction : Zsolt Czetneer). Berner Symphonieorchester. Direction musicale : Sebastian Schwab.

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