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Se souvenir de Pierre Boulez à la BnF

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Paris. Galerie des donateurs de la BnF, site François-Mitterrand. « J’ai horreur du souvenir ! / Dans les archives de Pierre Boulez ». Entrée libre. Prolongation jusqu’au 6 novembre 2022

Six ans et demi après le décès du compositeur, voici une petite exposition qui semble un peu tombée du ciel. Mais un événement autour de ne saurait être inintéressant. Celui-ci, avec ses documents inédits, peut constituer une respiration durant l’été parisien.

Tous les ans, la Bibliothèque nationale de France acquiert des documents qu’elle fait découvrir gratuitement dans sa Galerie des donateurs de 90 m2, ouverte en 2010. Après des personnalités d’horizons divers tels Vladimir Jankélévitch, Pascal Quignard, Denis Brihat, Plantu, Raymond Depardon, Jean Rouch, c’est au tour de (1925-2016) d’être exposé.

L’affiche déconcerte un peu : cet homme en polo bleu roi, est-ce un entraîneur de foot qui signale un arrêt de jeu ? Non, c’est Pierre Boulez dirigeant Répons en 1988 au Festival d’Avignon ! Il n’était peut-être pas photogénique, mais on aurait pu lui rendre justice autrement. Le titre de l’exposition, « J’ai horreur du souvenir ! », dans les archives de Pierre Boulez, interroge également, même après avoir lu le texte au mur expliquant que le compositeur avait cité Le Soulier de satin dans un hommage à Roger Désormière : « J’ai horreur du passé ! J’ai horreur du souvenir ! » Que Boulez ait été un pionnier en prise avec son temps et tourné donc vers l’avenir, cela ne semble pas être une découverte récente, mais n’est-ce pas un cliché très réducteur que de l’enfermer dans la posture de la tabula rasa, surtout si l’on souhaite qu’un plus large public découvre ses œuvres ? On n’enferme pas les génies, et, justement, Répons, qui peut être vue comme le fil conducteur de l’exposition, donne la… réponse.

Au gré d’un parcours chronologique qui commence par des photos d’enfance, se succèdent affiches de concerts, partitions annotées, lettres reçues et quelques objets évoquant les multiples facettes du bonhomme, compositeur, chef et fondateur d’institutions (Ligeti, Kagel et Boulez hilares : impayable !). Une vidéo donne un peu de chair à cet ensemble sobre, mais bien présenté sous vitrines et très bien commenté par des cartels clairs, courts et précis. Trois moments dans la vidéo : des extraits du Sacre du printemps par l’orchestre de Cleveland dirigé bien sûr par Boulez (sans image : quel intérêt ?), de Pierre Boulez / Naissance d’un geste d’Olivier Mille (1989) où le maître fait répéter par l’orchestre symphonique de la BBC la Symphonie n°10 de Mahler, et d’Écouter votre siècle 9 / Répons, genèse d’une œuvre de Georges Zenatti (1984). On y découvre un Pierre Boulez rieur, très à son aise et très bienveillant avec les interprètes. Dans la vidéo sur Répons, que complète un cartel en rappelant que le titre se réfère au chant responsorial, on voit la belle tête noble de Pierre Boulez expliquer très simplement dans un sourire et de sa voix douce qu’il a voulu reprendre pour la transformer une tradition qui s’était figée. Le compositeur n’est donc pas oublieux du passé, mais il en fait autre chose. Comme dit Nietzsche au sujet des Grecs, il ramasse un bâton et le jette un peu plus loin.

On ne sait toujours pas si Pierre Boulez était bourgogne ou bordeaux et s’il aimait le riz au lait ou les fraises Tagada, mais, plus sérieusement, on apprend par Agnès Simon-Reecht, conservatrice à la BnF au Département de la musique et commissaire de l’exposition (également collaboratrice à ResMusica), que la bibliothèque du maître comprend plus de mille partitions annotées de sa main pour la direction. Un vrai trésor pour les chercheurs.

Crédits photographiques : Partition du Marteau sans maître © BnF ; Boulez dirigeant Répons © Daniel Cande

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Paris. Galerie des donateurs de la BnF, site François-Mitterrand. « J’ai horreur du souvenir ! / Dans les archives de Pierre Boulez ». Entrée libre. Prolongation jusqu’au 6 novembre 2022

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