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Un savoureux élixir aux Chorégies d’Orange

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Orange. Théâtre antique. 8-VII-2022. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’Élixir d’amour, opéra comica en 2 actes sur un livret de Felice Romani. Mise en scène : Adriano Sinivia. Scénographie et vidéo : Christian Taraborelli. Costumes : Enzo Iorio. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Francesco Demuro, Nemorino ; Pretty Yende, Adina ; Andrzej Filończyk, Belcore ; Erwin Schrott, Dulcamara ; Anna Nalbandiants, Gianettta. Chœurs des Opéras Grand Avignon et de Monte-Carlo. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Giacomo Sagripanti

Jamais donné encore aux Chorégies d’Orange, L’Élixir d’amour de fait une entrée savoureuse, pleine d’humour et de fraîcheur, sur la scène du Théâtre antique.

Pour ouvrir ces Chorégies dans la joie, Jean-Louis Grinda, directeur du festival, a choisi de reprendre cette ancienne production de L’Élixir d’amour mise en scène par , créée à Lausanne en 2012 et donnée depuis sur de nombreuses scènes lyriques avec un succès jamais démenti.

situe l’action dans un monde de paysans lilliputiens. La scénographie est constituée d’un décor unique agrémenté de gigantesques épis de blé, d’une énorme roue de tracteur et d’une monumentale bouteille de bordeaux servant de roulotte au Docteur Dulcamara et à laquelle s’associent différents objets loufoques comme une boite de sardines, un manège enchanté, des fleurs et des animaux dont la taille parait monstrueuse. Les costumes sont à l’avenant, grotesques, typant joliment les personnages et participant de la pantalonnade au même titre que les chanteurs qui se révèlent pour l’occasion d’excellents comédiens. Bref, tout ici concourt à la farce, à l’humour, au plaisir de jouer, sans jamais se défaire de l’indispensable émotion engendrée par les amours contrariées d’Adina et de Némorino. Ivresse amoureuse qui atteint son acmé dans le duo : « Prendi, per me sei libero ».

Dans la fosse et malgré un mistral assez soutenu, notamment lors du premier acte, l’ réussit à se faire magnifiquement entendre sous la baguette attentive et stylée du jeune chef italien qui dirige sans partition (heureuse initiative) tandis que les musiciens utilisent, ce soir, force pinces à linge… La collaboration avec le chœur et les chanteurs solistes est irréprochable et équilibrée de bout en bout, tandis que les performances solistiques, notamment des vents, s’avèrent dignes d’éloges (petite harmonie et cors).

La distribution vocale est probablement ce qu’on fait de mieux actuellement dans le genre du bel canto. pour ses débuts à Orange campe une Adina radieuse, pleine de charme et de fraîcheur. La vocalité est facile, la technique exemplaire et l’incarnation touchante. Face à elle, séduit par son personnage de benêt naïf qui contraste avec la sureté d’un ramage qui nous vaut un superbe et très attendu « Una furtiva lacrima » à faire pleurer les pierres, air célèbre s’il en est qui sera bissé à la demande du public. Complétant ce casting vocal, impressionne tant par un engagement scénique irrésistible en charlatan roublard que par la puissance et les couleurs de son baryton. En revanche, (Belcore) joue mieux qu’il ne chante, compensant un relatif manque de puissance par une composition théâtrale inénarrable en bellâtre fat et ridicule à la tête de soldats d’opérette. (Gianetta), les chœurs réunis de l’Opéra du Grand Avignon et de Monte Carlo complètent cette belle production qui a sans doute encore de belles soirées devant elle puisque l’élixir corrige tous les défauts (« Ei corregge ogni difetto ») comme le déclare le Docteur Dulcamara dans l’air final.

Crédit photographique : © Philippe Gromelle/ Chorégies d’Orange

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