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Catalogue sélectif de l’œuvre de Valentin Silvestrov

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Valentin Vasylyovych Silvestrov est un compositeur et pianiste ukrainien né à Kyiv (Kiev) en 30 septembre 1937, aujourd’hui âgé de 85 ans et toujours en activité. Les terribles événements consécutifs à la guerre russo-ukrainienne débutée en février 2022 ont perturbé la vie du plus fameux compositeur ukrainien de notre époque. Pour accéder au dossier complet : Valentin Silvestrov

 

Aujourd’hui, en 2022, alors que l’Ukraine où résidait encore, subit les horreurs de la guerre et de la barbarie, une pensée émue nous gagne. Silvestrov décide en conséquence, pressé par ses amis et sa famille, et contre son gré, de quitter précipitamment son pays le 8 mars 2022 et de s’installer à Berlin (Allemagne).

Après avoir retracé quelques éléments biographiques de ce compositeur ukrainien, et présenté son évolution esthétique, voici une discographie de son impressionnant catalogue.

Partitions orchestrales majeures de Silvestrov

  • Les Symphonies

Symphonie n° 1, pour grand orchestre symphonique, 1963, révision 1974, un seul mouvement (Sonata-Concerto-Fuga), 18 minutes. Création : 2 octobre 1976, Kiev, dir. Fjodor Gluschenko.

Elle affiche une nette tendance polystyliste avec une franche atonalité dans sa première partie tandis que la seconde s’appuie manifestement sur un strict respect de la technique des douze notes (cycle de quartes) et que la troisième relève d’un contrepoint polytonal.

Symphonie n° 2 pour flûte, timbales, piano et orchestre de chambre, un seul mouvement (elle comporte trois sections), 1965. Durée : 12 minutes. Création : 1er avril 1968, Saint-Pétersbourg, Orchestre de chambre de Leningrad, dir. Igor Blashkow.

Symphonie n° 3 « Eschatophonie » pour grand orchestre symphonique (22 minutes). Composée en 1966 (il n’a que 29 ans), elle résulte d’une commande de la Fondation Koussevitzki aux Etats-Unis (Boston) formalisée en 1966. La création ne se déroule pas à Boston où officiait le chef russe naturalisé américain, mais à Darmstadt le 6 septembre 1968 sous la baguette de Bruno Maderna. Elle y enregistre un grand succès. Le compositeur reçoit rapidement un Prix Koussevitzky (1967). Première ukrainienne : Orchestre symphonique national d’Ukraine, dir. Igor Blazhkov, le 19 octobre 2016.

Comme l’indique le musicologue, Frans C. Lemaire, le titre est « un néologisme bien peu soviétique » en ce sens que notre compositeur souhaitait « unir la musique aux réflexions qui, dans la tradition judéo-chrétienne, traitaient de la fin ultime de l’individu (la mort) et de la fin du monde qui l’entoure (l’eschatologie) ».

Le succès enregistré en Occident après cette œuvre conduisit le pouvoir à le récupérer à des fins de propagande. Il en résulta une tolérance nouvelle à son esthétique.

Symphonie n° 4, pour cuivres et cordes, 1976 ; elle comporte un seul mouvement, et dure 25 minutes. Création : 1er janvier 1976, Kiev, dir. Juri Nikonenko, Orchestre philharmonique de Kiev. Elle reçoit de nombreuses exécutions publiques.

Symphonie n° 5, 1980-1982. Partition d’allure romantique considérée par beaucoup comme son chef-d’œuvre symphonique (elle est une sorte d’hommage au post-romantisme proche de Bruckner et de Mahler). Durée : 45 minutes. Elle n’a qu’un seul mouvement et comporte des sections sombres faites de vagues incessantes évoluant en mouvements sans repos. Son orchestre avance par tuilages successifs et permanents des pupitres se chevauchant et s’additionnant. Vers la fin de l’œuvre les cuivres se manifestent avec autorité et enthousiasme. Il l’appelle aussi Postsinfonia. Création : 1er mai 1985, Kiev, Orchestre symphonique du conservatoire Tchaïkovski de Kiev, dir. Roman Kofman.

Symphonie n° 6 pour grand orchestre, 1994-1995, révisée en 2002, durée : 52 minutes. Cinq mouvements : 1. Andantino-Vivace-Allegretto, 2. Allegro moderato-Commodo, 3. Andantino-Animato-Adagio-Moderato-Andante, 4. Intermezzo. Larghetto, 5. Vivace con moto-Larghetto. Créée le 16 août 2002 à Berlin sous la baguette de Roman Kofman à la tête de l’Orchestre symphonique du conservatoire Tchaïkovski de Kiev.

S’agit-il d’un adieu au genre symphonique ? Peut-être à la fois une rétrospective, une somme et une sorte de vision, d’un pas en direction du futur, comme le présuppose un musicologue. Sa structure en arches matérialisées sous formes de vagues itératives pourrait rappeler une manière cyclique, assez lointaine, issues ou héritées du post-romantisme. Ses développements dramatiques maltraitent, avec talent bien sûr, les structures traditionnelles du genre, de même que les thèmes mélodiques demeurent relativement en retrait par rapport au travail harmonique et rythmique prédominant.

Symphonie n° 7, 2002-2003, durée : une vingtaine de minutes. Créée le 25 septembre 2004 à Kiev : Orchestre symphonique national d’Ukraine, dir. Volodymyr Sirenko.

Elle s’apparente assez clairement à la manière symphonique que défend avec une certaine constance le compositeur depuis sa Symphonie n°6.

Symphonie n° 8. Elaborée en 2012-2013, il en annule la création prévue à Moscou le 14 novembre 2013 en guise de protestation contre la politique expansionniste de Vladimir Poutine lors de la crise ukrainienne. Ce comportement présente de nombreuses analogies avec celui de de . Comme lui, il réagit, bouleversé, face à l’annexion de la Crimée. Ils décident de ne plus remettre les pieds en Russie tant que le tyran exercera impunément ses méfaits.

Elle contient les sections suivantes : Andantino. Adagio ; Moderato. Allegrto assai. Maestoso ; Intermezzo (Andantino) ; Andante. Allegro assai. Allegretto. Andante. ; Moderato. Allegro vivace ; (sans titre). Durée : 37 minutes. Création : Kiev, Salle de concert Lysenko, 25 mai 2015, Orchestre symphonique national d’Ukraine, dir. Volodymyr Sirenko. Ce puissant massif orchestral, à l’image des précédentes symphonies, propose un développement presque sans repos, avec ses aplats sonores répétés mis à part quelques passages doux confiés au hautbois par exemple.

Symphonie n° 9, « Ode à la joie » (texte de Schiller), pour chœur mixte et orchestre. Composée semble-t-il en 2015. Nous ne possédons actuellement pas d’autres informations.

Symphonie n° 10. Il l’a probablement écrite, mais les événements que l’on connaît n’ont pas permis d’en savoir davantage.

  • Autres musiques orchestrales : sélection

Spectra pour orchestre de chambre (1965) est présentée avec un fort succès public en première à Leningrad par le Philharmonique de la ville sous la direction d’Igor Blashkov, le 8 décembre 1965. Durée : 15 minutes. On peut y déceler des traits rappelant la musique spectrale française des années 1970 mais davantage sans doute celle du Scriabine du Prometheus ou Poème du feu, créé à Moscou en mars 1911.

Monodia pour piano et orchestre, en trois mouvements, 18 minutes, 1965, création : 5 octobre 1967, Berlin, Orchestre symphonique de la Radio de Berlin, dir. Jan Krenz.

Hymn, 1967, pour six groupes orchestraux (cordes, vents, piano, célesta, harpe et cloches). Créé le 15 septembre 1970 à Amsterdam par l’Utrechter Sinfonieorchester, dir. Paul Hupperts. Reçoit une distinction au Concours et Festival de Gaudeamus d’Utrecht.

Poème (A la mémoire de Borys Lyatoshynsky) pour orchestre symphonique, 1968, 19 minutes. Création : 1er janvier 1976, Kiev, dir. Fjodor Glutschenko.

Cantata, pour soprano et orchestre de chambre d’après des poèmes de F. Tyutchev et A. Blok. 1973. Créée à Kiev le 12 janvier 1975 sous la direction d’Igor Blashkov.

Méditation, symphonie pour violoncelle et orchestre de chambre, 1972 (2004), durée : 33 minutes. Création le 10 juin 1976, Kiev, Valentin Potapov (violoncelle), Kiewer Kammerorchestrer, dir. Igor Blashkov.

L’œuvre est dédiée à Mstislav Rostropovitch. Elle est surtout basée sur des intervalles de quintes ; on évoque à son écoute le début de la Symphonie n° 9 de Beethoven.

Sérénade pour orchestre à cordes, 1977-78 (2004), 15 minutes, créée à Kiev le 23 mai 1983, dir. Igor Blashkov avec l’Orchestre Perpetuum mobile.

Autumn Serenade, pour soprano et orchestre de chambre. Texte dans le premier mouvement par un auteur anonyme. 14 minutes. 1980 (2000). Comprend : I. Tango, II. Lied « Mchtsja, tajut oblaka… », III. Intermezzo, IV. Wiegenlied. Durée : 14 minutes. Créé à Kiev en 2000. Par la Kyvska Kamerata, direction Valeri Matjuchin.

Ode to the Nightingale, cantate pour soprano et petit orchestre (texte de Johan Keats), 20 minutes, 1983 (2000). Créée le 25 février 1985 à Moscou sous la direction de Alexander Lazarev.

Postludium, poème symphonique, pour piano et orchestre, 1984. Pièce défendue et créée par le pianiste et chef d’orchestre américain Viko Baley en 1985 à Las Vegas. 18 minutes.

Exegi Monumentumsymphonie pour baryton et orchestre. 1985-87. D’après des textes de Pouchkine. Partition portée à la connaissance du public américain de Las Vegas en 1988 par l’enthousiaste Viko Baley. Il s’investit également dans cet opus lors du concert du 50e anniversaire de Silvestrov à New York en 1987.

Metamusic, poème symphonique pour piano et orchestre, 1992, 42 minutes, création : 12 mars 1993 à Berlin. Alexei Lubimov (piano), Arturo Tamayo (direction), Orchestre symphonique de la Radio, Berlin. Au-delà du titre spécifique de cette partition, Silvestrov considère la métamusique comme une conception située au-dessus de la musique mais avec la musique.

Dedication (Widmung), symphonie pour violon et orchestre, 1990-1991, en 3 mouvements : Allegro moderato con moto ; Moderato con moto, Allegretto. Durée : 40 minutes. Créé le 23 novembre 1993, à Berlin, par le Letton Gidon Kremer et l’Orchestre symphonique de la Radio de Berlin placé sous la direction de Roman Kofman.

Intermezzo, pour orchestre de chambre, 1996, 8 minutes, créée le 1er janvier 1996 à Kiev, Viko Baley dirige le Kyjvska Kamerata.

The Messenger pour synthétiseur, piano et orchestre à cordes, 1996-1997, durée : 8 minutes, création : vers 1997 à Kiev, Kyjvaska Kamerata, dir. Virko Baley.

Requiem for Larissa pour chœur et orchestre, 1997-1997, en sept parties, est une émouvante et intime musique écrite après la disparition de son épouse Larisa Bondarenko. Durée : 45 minutes. La création se déroule le 27 novembre 2000 à Kiev. Le chef Volodymyr Sirenko dirige l’Orchestre symphonique national et le Chœur national d’Ukraine.

Epitaph, pour piano et orchestre à cordes, 1999, durée : 8 minutes, création : vers 1999, Kiev, Kyjvska Kamerata, dir. Virko Baley.

Hymn, composé en 2001-2002 et dédié à son grand ami . Courte pièce (6 minutes) écrite pour orchestre à cordes où le recueillement et la hauteur spirituelle qu’elle dégage ne laissent pas d’impressionner. Création : 15 septembre 2002, Kiev, dir. Kirill Karabits. Très souvent donné en concert.

Two Dialogues with Postscript, pour orchestre à cordes et piano, 2001-2002, sur et avec des motifs de Franz Schubert et Richard Wagner, durée : 10 minutes, création : 20 mai 2002, Kiev, Kyjvska Kamerata, dir. Valeri Matjuchin.

Meta Waltz, poème symphonique pour orchestre, 2002, 19 minutes environ. Création : 1er septembre 2003, Lwow (Ukraine), dir. Volodymyr Sirenko.

Silent Music, pour orchestre à cordes, 2002, 11 minutes, création mondiale à Kiev le 18 septembre 2002 par la Kyjvska Kamerata, dir. Valeri Matjuchin.

Moments of Memory (III), pour piano et orchestre à cordes, en 5 mouvements, durée totale : 12 minutes, 2003, création : 1er mars 2004, Kiev, Kyjivska Kamerata, dir. Valeri Matjuchin.

Moments of Poetry and Music, pour soprano (ou baryton), piano et orchestre à cordes. Texte de Paul Celan. 2003. Création : 3 octobre 2003, Kiev, Inna Galatenko (soprano), Roman Repka (piano), Kyjvsak Kamerata, dir. Valeri Matjuchin.

Farewell Serenade, pour orchestre à cordes, 2003, deux mouvements : Adagio et Moderato, durée : 6 minutes. Création : 3 octobre 2003, Kiev, Kamerata de Kiev, dir. Valeri Matjuchin.

Four Postludes, pour piano et orchestre à cordes, 2004 (2007), comprend 4 mouvements, trois nommés Larghetto et un Moderato. Durée : 16 minutes. Création : 19 février 2008, Mons, Théâtre le Manège (Belgique), Ensemble Musiques Nouvelles, dir. Jean-Paul Dessy.

Elegy and Pastoral, pour piano et orchestre à cordes, 2011 (2013). 15 minutes.

Cantata n° 4 pour soprano, piano et orchestre à cordes, 2014. 12 minutes.

Concertino pour piano et petit orchestre, 2015, 20 minutes.

Three Serenades, pour piano et orchestre à cordes, 2015, trois mouvements : I. Andante, II. Andantino, III. Moderato moto. Durée : 12 minutes.

Concerto pour violon et orchestra, 2016, quatre parties : Elegie-Intermezzo-Pastorale-Serenade, 18 minutes. Le compositeur indique les deux thèmes de sa partition : le moment (l’instant) et la mémoire (le souvenir) dont il situe la source dans sa période Bagatelle, environ entre 2003 et 2017.

Prayer for the Ukraine. Très récemment, Andreas Gies a arrangé pour orchestre symphonique une œuvre de 2014 pour chœur mixte a cappella de Silvestrov intitulé Prayer for the Ukraine (3 minutes). Un autre arrangement pour orchestre de chambre a été effectué par Eduard Resatsch en 2022 (5 minutes). Lui aussi a été interprété déjà de nombreuses fois en Allemagne, japon, Suède, Pays-Bas, Espagne, Pologne, Autriche, Bosnie-Herzégovine, Canada, Etats-Unis. Ces deux arrangements résultent des douloureux événements politiques connus par un pays meurtri par l’histoire passée et toute récente. On songe aux épisodes de février 2014 lors de la Révolution de la place Majdan mais aussi bien sûr à la guerre russo-ukrainienne de mars 2022. Silvestrov défend sans faiblesse la culture et la religion de sa terre natale.

Le reste de son énorme catalogue fait appel à des chansons, des œuvres chorales, des pièces pour piano, de la musique de chambre… Il compose également des musiques pour le cinéma : Motifs tchékhoviens (2002), L’Accordeur (2004), Le Temps qui reste de François Ozon (2005), Deux en un (2007), L’Eternel retour (2012), tous réalisés par Kira Mouratova.

Crédits photographiques : © Oleg Pavlyuchenkov

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Valentin Vasylyovych Silvestrov est un compositeur et pianiste ukrainien né à Kyiv (Kiev) en 30 septembre 1937, aujourd’hui âgé de 85 ans et toujours en activité. Les terribles événements consécutifs à la guerre russo-ukrainienne débutée en février 2022 ont perturbé la vie du plus fameux compositeur ukrainien de notre époque. Pour accéder au dossier complet : Valentin Silvestrov

 
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