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Le FUTUR PROCHE déconstruit de Jan Martens dans la Cour d’Honneur

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Cour d’Honneur du Palais des Papes, Avignon. 19/VII/22. Dans le cadre du Festival d’Avignon. Opera Ballet Vlaanderen : FUTUR PROCHE. Chorégraphie : Jan Martens. Musique : Peteris Vasks, Janco Verduin, Anna Sigriour Porvaldsdottir, Erkki Salmenhaara, Graciane Finzi, Aleksandra Gryka. Clavecin : Goska Isphording. Scénographie : Joris van Oosterwijk. Lumière : Elke Verachtert. Costumes : Joris van Oosterwijk, Jan Martens. Vidéo : Stijl Pauwels. Son : Brecht Beuselinck. Dramaturgie : Tom Swaak. Avec Zoé Ashe-Browne, Viktor Banda, Tiemen Bormans, Claudio Cangialosi, Morgana Cappellari, Brent Daniels, Matt Foley, Misako Kati, Nicola Leahey, Ester Perez, Taichung Sakai, Niharika Senapati, Paul Vickers, James Vu Anh Pham, Rune Verbilt, Kirsten Wicklund et les enfants Merel Amanda, Gaëtan Caforio, Caroline Gratkowski, Elodie Grunewald.

Pour la première fois depuis 38 ans, la Cour d’Honneur du Palais des Papes accueille un ballet de formation académique, Opera Ballet Vlaanderen, pour FUTUR PROCHE, une création de . Ensemble, mais différents, ils se lancent dans une vaste entreprise de déconstruction chorégraphique.

Assis sur un immense banc face au public, les danseurs adultes et enfants en tenue décontractée attendent. La claveciniste , fondatrice de la Roetgen Connection, qui joue de la musique contemporaine sur instruments baroques, s’installe aussi sur le banc, devant son instrument. Grâce au clavecin, qu’il utilise sur scène depuis son solo en hommage à Elizabeth Chojnacka, ELISABETH GETS HER WAY, et qui était en majesté lors de sa création de l’an passé pour seize danseurs au Cloître Saint-Joseph dans le cadre du Festival d’Avignon, a appris à aimer la musique contemporaine, en particulier les partitions de Gorecki. Il prouve une fois de plus que cet instrument autrefois délaissé, permet aujourd’hui de se réinventer, en choisissant des partitions de compositeurs très contemporains.

Le banc barre l’espace de toute sa largeur, formant une sorte de barrière entre avant et arrière scène. Ce qui n’empêche pas Jan Martens d’utiliser intelligemment toute l’amplitude du plateau, que l’on a jamais eu l’impression d’être si étiré. Sur le principe d’un manège qui ne s’arrête jamais, il lance les danseurs dans des unissons par petits groupes ou des longs parcours circulaires. La contrainte d’une profondeur coupée en deux n’en est que plus intéressante.

Il y a un paradoxe à commencer une pièce dans l’immense cour d’honneur par de minuscules solos dans lesquels seule compte la précision du geste. C’est une forme de salut à laquelle nous convie le chorégraphe pour faire connaissance avec la diversité des danseurs de l’Opera Ballet Vlaaderen, qui travaillent ici pour la première fois sous la direction artistique du chorégraphe flamand. Il sera, avec Anne Teresa de Keersmaeker et Jermaine Spivey l’un des trois artistes associés dans les années à venir. Basée à Anvers, la compagnie était dirigée jusqu’à cette année par Sidi Larbi Cherkaoui, qui est désormais au Ballet du Grand Théâtre de Genève. L’uniformité apparente de la chorégraphie est cassée par la diversité des costumes, recyclage des stocks du Ballet des Flandres, et des tenues des danseurs, certains étant en chaussettes, d’autres en chaussons de demi-pointes. Même pour les draps de bain et les peignoirs utilisés pour les saluts, la diversité règne en maître !

La chorégraphie offre une structure solide aux danseurs, notamment dans les comptes, mais leur laisse beaucoup de liberté dans le mouvement. On remarque cependant quelques constantes, comme l’absence de ports de bras étirés, marqueurs de la danse académique, ou des citations de Lucinda Childs, prétexte à revisiter avec ferveur le répertoire minimaliste américain. La présence d’une fillette et d’une adolescente dansant comme les autres, mais avec des possibilités techniques moindres, donne fraîcheur et spontanéité à l’ensemble.

Après avoir exploité la largeur, Yann Martins explore les potentialités de la hauteur du mur de la Cour d’Honneur, grâce a un ingénieux dispositif vidéo qui projette les silhouettes géantes des danseurs s’approchant de la caméra. Cette séquence est suivie d’un interlude partageant, via des projections, des citations d’habitants imaginant ce que serait un futur proche en 1900. Dans la troisième séquence, les danseurs se répartissent sur la totalité du plateau. Il démarre par des grands pliés qui très vite se déforment dans une recherche perpétuelle. Certains danseurs ont pris la décision de montrer leur technicité classique, qui peut être contrariée par la décision inverse d’un autre danseur. Chacun poursuit alors son dialogue individuel avec la musique.

S’ensuit une noria de seaux d’eau portés à l’avant-scène destiné à remplir un baquet géant. Tour à tour, par petits groupes, ils accomplissent ensemble un rituel s’approchant du baptême, dans le silence, puis au son d’une composition bruitiste. Bluffants, les interprètes acceptent de perdre tous leurs repères et de se lancer les yeux fermés dans cette vaste, audacieuse et radicale entreprise de déconstruction.

Crédits photographiques : © Filip van Roe / OVB

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Cour d’Honneur du Palais des Papes, Avignon. 19/VII/22. Dans le cadre du Festival d’Avignon. Opera Ballet Vlaanderen : FUTUR PROCHE. Chorégraphie : Jan Martens. Musique : Peteris Vasks, Janco Verduin, Anna Sigriour Porvaldsdottir, Erkki Salmenhaara, Graciane Finzi, Aleksandra Gryka. Clavecin : Goska Isphording. Scénographie : Joris van Oosterwijk. Lumière : Elke Verachtert. Costumes : Joris van Oosterwijk, Jan Martens. Vidéo : Stijl Pauwels. Son : Brecht Beuselinck. Dramaturgie : Tom Swaak. Avec Zoé Ashe-Browne, Viktor Banda, Tiemen Bormans, Claudio Cangialosi, Morgana Cappellari, Brent Daniels, Matt Foley, Misako Kati, Nicola Leahey, Ester Perez, Taichung Sakai, Niharika Senapati, Paul Vickers, James Vu Anh Pham, Rune Verbilt, Kirsten Wicklund et les enfants Merel Amanda, Gaëtan Caforio, Caroline Gratkowski, Elodie Grunewald.

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