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Aux Variations Musicales de Tannay, Maria João Pires joue Mozart

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Tannay. Château. 25-VIII-2022. Richard Strauss (1864-1949) : Concertino pour clarinette, basson, harpe et orchestre à cordes en fa majeur TrV. 293 «Duett-Concertino». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n+ 1 en do majeur op. 15 ; Symphonie n° 8 en fa majeur op. 93. Fabrizio Meloni (clarinette). Valentino Zucchiatti (basson). Till Fellner (piano). Cameristi della Scala. Direction musicale : Wilson Hermanto.
28-VIII-2022. Maurice Ravel (1875-1937) : Le Tombeau de Couperin, suite pour orchestre. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre n° 23 en la majeur KV 488. Charles Gounod (1819-1893) : Symphonie n° 2. Maria João Pires (piano). Orchestre de Chambre de Bâle (KOB). Direction musicale : Trevor Pinnock.

Dans le cadre superbe et reposant de la campagne au pied du Château de Tannay, le Festival des Variations Musicales de Tannay propose une programmation chaque année plus prestigieuse.

Les plus grands compositeurs n’ont pas écrit que des chefs-d’œuvre. Ainsi, le Concertino pour clarinette, basson, harpe et orchestre à cordes en fa majeur TrV. 293 «Duett-Concertino» de Richard Strauss composé durant un séjour en Suisse en 1947 ne fera probablement pas courir les auditeurs de ce concert chez leur disquaire pour en acquérir un enregistrement quand bien même la discographie fait état de quelques vingt-sept interprétations de cette œuvre ! Ou du moins, l’interprétation qu’en ont faite les sous la baguette de n’a-t-elle pas soulevé l’enthousiasme des festivaliers. La faute à une œuvre décousue et peut-être aussi à une certaine inadaptation des solistes, de l’orchestre et de son chef aux lieux de l’exécution pour rendre un certain mérite à ces pages. Dès lors, on a entendu une clarinette (irréprochable ) omniprésente couvrant le reste de l’orchestre et un basson (très bon ) à la sonorité recherchée mais sans brillance, une harpe on ne peut plus discrète, un orchestre sans conviction et un dirigeant l’ensemble à grands gestes mais sans jamais donner l’impression d’insuffler une ligne à cette œuvre.

Avec le Concerto pour piano et orchestre n° 1 en do majeur op. 15, le plus mozartien des concertos de Beethoven, on s’attendait à une approche musicale plus lyrique que celle que nous avons reçue. La formation chambriste de l’orchestre n’était peut-être pas idéale pour cette œuvre d’autant plus que la hauteur limitée de l’espace scénique tend à écraser les harmoniques des instruments. Il ressort de leur musique une certaine sécheresse contraire à l’expression du romantisme de la musique de Beethoven. En outre, l’interprétation de , pourtant considéré comme un interprète de référence des concertos de Beethoven, s’avère sans grande profondeur. En particulier, le largo joué avec un manque flagrant d’expressivité laisse l’auditeur sur sa faim.

En seconde partie, la Symphonie n° 8 de Beethoven souffre encore de l’acoustique « écrasante » de la scène. Avec cette symphonie aux allures martiales, on a l’impression qu’on manque de violons, de bois. À l’opposé, ce sont les timbales et les trompettes qui, dans leurs interventions, résonnent par dessus l’orchestre. On aura beau dire mais la partition de trompette de cette symphonie n’est pas des plus excitantes ni génératrice de grandes envolées mélodiques. Quand, auditeur, vous êtes placé avec pour vue un couloir entre les contrebassistes et les seconds violons et que vous avez en ligne de mire le brave premier trompette, vous n’entendez bientôt que lui. Si beaucoup d’amateurs jugent cette œuvre comme la plus aboutie des symphonies beethovéniennes, l’interprétation qu’en offre et ses est loin de convaincre.


Au lendemain d’une superbe prestation des Vents Français avec Emmanuel Pahud à la flûte, Paul Meyer à la clarinette, Gilbert Audin au basson et Eric Le Sage au piano, le Festival des Variations Musicales clôture sa dizaine de concerts avec l’Orchestre de Chambre de Bâle et la pianiste . Peut-être le choix des œuvres était-il plus propice aux lieux mais, reste qu’avec un effectif de cordes plus important que celui des Cameristi della Scala, les bois et les cuivres s’en trouvent heureusement ramenés à plus de discrétion. D’emblée, on entend un orchestre bien soudé, aux timbres équilibrés. Leur interprétation du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel, parsemé de moments musicaux de belle facture, révèle la direction efficace et dynamique de , pouvant s’appuyer sur le relai très probant de sa première violoniste Julia Schröder.

Le moment-clé de ce concert s’articule autour du Concerto pour piano et orchestre n° 23 de Wolfgang Amadeus Mozart et de la présence de la pianiste dont la réputation d’interprète mozartienne n’est plus à faire. Après un premier mouvement interprété avec soin, en petit soldat impassible, on retrouve une artiste empreinte de beaucoup de sensibilité dans un adagio de rêve. Courbée sur son clavier, ramassée, elle se donne toute entière à son interprétation. On s’embarque bientôt dans un final étourdissant quand, au détour d’un trait, la pianiste a une courte « hésitation » (puisque c’est ainsi qu’on appelle une fausse note !) qui a pour effet de la déstabiliser et de lui faire perdre pied. Ainsi, ce dernier Allegro assai se trouve-t-il quelque peu noyé dans l’ensemble orchestral sans que la personnalité de Maria João Pires soit à même d’influer sur l’esprit quelque peu conventionnel pris par l’orchestre dans les dernières mesures de ce concerto. Et ce n’est pas l’Air de la Suite pour orchestre n° 3 de J.S. Bach donné en bis, en lecture à vue accompagnée par l’orchestre bâlois qui relève le niveau de la prestation.

Puis c’est au tour de la Symphonie n° 2 de Charles Gounod de se projeter sur le devant de la scène. Quatre ans avant Faust, en mélodiste accompli, Gounod écrit de manière élégante l’ébauche des airs qu’il distillera dans ses opéras. Sous l’impulsion dynamique de et la toujours complicité de sa première violoniste, l’Orchestre de Chambre de Bâle envoie cette œuvre avec verve et entrain. Désireux de faire goûter pleinement cette musique facile d’écoute, va jusqu’à arrêter brusquement son orchestre pendant quelques secondes pour laisser s’atténuer le vrombissement d’un jet survolant les lieux avant de reprendre les dernières mesures de ces moments de bien agréable musique.

En offrant en bis une exécution pleine d’humour de La Poule tirée de la suite Les Oiseaux d’Ottorino Respighi d’après une musique de Jean-Philippe Rameau, le Festival des Variations Musicales de Tannay se conclut sur une note de véritable bonheur musical salué par le tonnerre d’applaudissement d’un public ravi.

Crédit photographique : © Fabrice Nassisi

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Tannay. Château. 25-VIII-2022. Richard Strauss (1864-1949) : Concertino pour clarinette, basson, harpe et orchestre à cordes en fa majeur TrV. 293 «Duett-Concertino». Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n+ 1 en do majeur op. 15 ; Symphonie n° 8 en fa majeur op. 93. Fabrizio Meloni (clarinette). Valentino Zucchiatti (basson). Till Fellner (piano). Cameristi della Scala. Direction musicale : Wilson Hermanto.
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