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Semyon Bychkov et le Philharmonique tchèque : timides débuts d’une intégrale Mahler

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Chen Reiss, soprano ; Orchestre Philharmonique tchèque, direction : Semyon Bychkov. 1 CD Pentatone. Enregistré du 21 au 26 août 2020 au Rudolfinum de Prague. Notice en anglais. Durée : 56:49

 

et l’, dont il est le directeur musical depuis 2018, initient un projet d’intégrale des symphonies de pour le label Pentatone, avec cet album consacré à la Symphonie n° 4 : une première lecture qui nous laisse sur notre faim.

C’est peu dire qu’elle était attendue cette Symphonie n° 4 de qui doit poser la première pierre d’une nouvelle intégrale Mahler depuis celle réalisée sous le règne de Vaclav Neumann, il y a 40 ans pour le label Supraphon. Avouons qu’à priori elle réunit de nombreux atouts, en appariant pour l’occasion un chef mahlérien reconnu, du moins en concert (on se souvient de l’éblouissante lecture de cette même Quatrième aux Proms avec le BBC Symphony Orchestra en 2019), et un orchestre élevé dans la plus pure tradition mahlérienne depuis la création en 1908, à Prague, de la Symphonie n° 7 sous la direction du compositeur lui-même, tradition entretenue depuis cette date par de nombreux chefs comme Ancerl, Sejna, Ashkenazy, Macal, Inbal ou encore Kobayashi pour n’en citer que quelques-uns…

La Symphonie n° 4 de Gustav Mahler a posé de nombreux problèmes d’interprétation aux musicologues depuis sa création en 1901 à Munich. Elle marque assurément un tournant dans la construction mahlérienne en revenant à un effectif plus réduit et en utilisant pour la dernière fois le Wunderhorn comme source d’inspiration avec « Das Himmlische Leben » (La Vie céleste). Une des caractéristiques essentielles de cette symphonie est sans doute l’ambiguïté qui en constitue le fil rouge, suspendue entre plaisirs terrestres et Au-delà, joie enfantine et dramatisme, ironie et sérénité, certitude et doute : une figure de Janus qui marque de son empreinte ce long cheminement vers le Paradis, entrevu dans les trois premiers mouvements et chanté dans le quatrième qui scelle enfin la Paix retrouvée.

Que dire de cette lecture dont la typologie reste assez floue et qui peine à se démarquer d’une quelconque manière dans une discographie déjà pléthorique ? Apollinienne et élégante sans aucun doute grâce à l’excellence de la phalange tchèque qui fait feu de tous ses bois, mais cela suffit-il à caractériser une interprétation qu’on attendait plus « authentiquement mahlérienne », plus « mitteleuropa » ? Cette lecture, certes très léchée mais fade et dont la sonorité assez sèche (prise de son ou acoustique du Rudolfinum ?) nous donne à entendre de façon (peut être trop) évidente tous les détails de l’orchestration,  en arrive à fragmenter la ligne directrice du discours et à en entacher l’impact émotionnel par son aveuglante clarté et ses excessives variations rythmiques.

Le premier mouvement Allegro (circonspect, sans presser) est à cet égard assez représentatif. Débutant par un rubato très marqué (qui semble être la marque de fabrique du chef américain, puisque déjà remarqué avec les Berliner en décembre 2021), la lecture se poursuit ensuite selon un phrasé très lyrique, assez lisse, clair et équilibré qui laisse émerger de beaux contrechants mais qui manque singulièrement de dramatisme, malgré un sentiment d’attente bien entretenu et un crescendo bien amené. Le second mouvement Scherzo (modéré et sans hâte) n’emporte pas plus l’adhésion, car si le Trio débonnaire nous laisse entrevoir par son lyrisme un coin de paradis, en revanche la danse macabre énoncée par le violon désaccordé semble assez loin du compte, trop peu satanique et oublieuse de l’indispensable ironie sardonique. Le troisième mouvement Adagio (Tranquille) est conduit sur un tempo exagérément lent qui s’étire, hélas, dans un pathos sirupeux, sans tension ni profondeur, malgré les belles performances des solistes, individuelles (petite harmonie) et collectives (cordes), avant que ne s’ouvre, grandiose, la vision du paradis clamée par un tutti retentissant. En revanche, « Das himmlische Leben », quatrième mouvement (Très confortable) est tout entier illuminé par la superbe interprétation tout en nuances de portée par l’accompagnement impeccablement équilibré et symbiotique de qui conclut cet enregistrement en beauté.

Au terme de cette écoute, ne cachons pas notre déception devant cette interprétation assez quelconque qui manque de relief et se réduit à un très bel exercice d’orchestre, d’autant plus étonnante que Semyon Bychkov nous avait habitués à des lectures mahlériennes hautes en couleur et en émotion : un coup pour rien serait-on tenté de dire en attendant le prochain volet de cette parution…

Pour l’heure, dans le domaine des références et pour n’en citer qu’une, on s’en tiendra à la solide intégrale de Vaclav Neumann déjà citée et pour les Quatrièmes isolées à la magnifique interprétation, âpre et corrosive, de Rafael Kubelik avec l’Orchestre de la Radio bavaroise pour DG (si l’on excepte la prestation discutable de Elsie Morison dans le Lied final).

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Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 4 en sol majeur. Chen Reiss, soprano ; Orchestre Philharmonique tchèque, direction : Semyon Bychkov. 1 CD Pentatone. Enregistré du 21 au 26 août 2020 au Rudolfinum de Prague. Notice en anglais. Durée : 56:49

 
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