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Le festival du Comminges entre hommage et regard vers le passé

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Saint-Bertrand-du-Comminges. Cathédrale Sainte-Marie. 9-VIII-2022. Tomas Luis de Victoria (1548-1611) : Jesu dulcis memoria. Anonymes : México, Couvent de l’Incarnation ; Deus in adjutorium (à 5 voix) ; Misa Susanne un jour (à 5 voix) ; Kyrie, Glora, Alleluia, Credo, Sanctus, Agnus. Cristobal de Morales (1500-1553) : Antienne Misit Herodes (plain-chant) ; Magnificat du 6e ton (à 4 voix). Juan de Lienas (1617-1654) : Salve Regina (à 4 voix). Antonio Rodriquez de Mata (-1643) : Lamentations du Samedi Saint (à 4 voix). Juan Navarro Hispalensis (1530-1580) : Alma redemptoris Mater (à 5 voix). Ensemble Vox Cantoris

Saint-Bertrand-du-Comminges. Cathédrale Sainte-Marie. 22-VIII-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Ouverture de Castor et Pollux ; Prélude de Dardanus ; Chaconne de Castor et Pollux. Giovanni Morandi (1777-1856) : Gran Sonata per organo a quattro mani. Samuel Wesley (1766-1837) : Duet for organ. Johann Christian Bach (1735-1782) : Keyboard duet op. 18/6. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Chaconne de la Partita BWV 1004. Olivier Vernet et Cédric Meckler, orgue à 4 mains

Saint-Gaudens. Collégiale Saint-Pierre. 29-VIIII-2022. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 45 en fa mineur « Les Adieux ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto n° 3 pour violon ; Symphonie n° 38. Renaud Capuçon, violon. Ensemble Consuelo, direction : Victor Julien-Laferrière

La 47e édition du Festival du Comminges (aujourd’hui dirigé par ) porte un hommage appuyé à son ancien directeur artistique, le claveciniste et organiste Jean-Patrice Brosse, décédé l’année dernière.

Pour sa première programmation, le violoncelliste et chef d’orchestre a choisi de se tourner vers le passé en sélectionnant des œuvres et des interprètes qui ont marqué les anciennes programmations de son ainé.

C’est donc tout naturellement qu’en début de soirée l’ensemble retrace quelques anecdotes pour se souvenir de Jean-Patrice Brosse, pour qui ils chantèrent lors de ses obsèques conformément à ses volontés. Ce soir, les cinq voix mixtes (deux superius, un mezzo, un baryton et un ténor) font revivre le strict rite tridentin importé d’Espagne et du Portugal vers le Nouveau Monde découvert par Christophe Colomb. Le programme qui mêle des pièces vocales a cappella de Tomas Luis de Vitoria, source musicale espagnole de ce répertoire musical de la Nouvelle-Espagne, , , Antonio Rodriguez de Mata et Juan Navarro Huspalensis, est la résultante d’un important travail de recherche musicologique autour des fonds musicaux des cathédrales et des couvents du Mexique, dont une partie fut enregistrée l’année dernière pour le label Psalmus (Clef ResMusica) ou encore en 2019.

D’une homogénéité sans pareille, d’une profondeur et d’une sérénité exaltante, les cinq interprètes se mettent en retrait : ils sont visibles seulement une quinzaine de minutes, autant pour les spectateurs installés dans l’église de bois que pour ceux de l’église de pierre. Mais leur déplacement régulier à chaque pièce chantée, permet finalement de recentrer l’écoute sur l’œuvre et ses sonorités, grâce à l’acoustique de l’édifice qui magnifie ce moment de plénitude et de lumière.

Le Festival du Comminges, c’est d’abord le grand orgue en angle et son magnifique buffet Renaissance classé monument historique qui fut à l’origine des prémices du festival. Ce soir, c’est à quatre mains qu’il résonne, et étant d’anciens amis de Jean-Patrice Brosse. Le concert démarre par leurs transcriptions de pièces de Rameau pour orgue à quatre mains, enregistré dans un disque intitulé « Le Rameau d’Olivier » (Ligia). La fougue opératique de l’ouverture de Castor et Pollux laisse peu de place à l’amplitude des sonorités de l’instrument, laissant l’impression qu’un « trop de plein » de notes déferle dans la cathédrale Sainte-Marie, alors que le prélude de Dardanus livre des harmonies disgracieuses que la Chaconne de Castor et Pollux ne saura pas faire oublier.

L’orgue de la cathédrale retrouve finalement ses attraits dans deux pièces qui lui sont destinées : Gran Sonata per organo a quattro mani de (1777-1856) et Duet for organ de (1766-1837), puis dans deux pièces de la famille Bach en raison de la grande passion de l’ancien directeur artistique pour la musique du Cantor de Leipzig. Les deux organistes jouent avec une agréable impétuosité, les lignes retrouvent leur lisibilité et leur élégance, grâce à un jeu précis et une technique rigoureuse.

Le 29 août, la prestation de la tête d’affiche du concert, dans la collégiale Saint-Pierre à Saint-Gaudens, dure un peu moins d’une trentaine de minutes, avec le Concerto pour violon n°3 de Mozart. choisit une authentique profondeur interprétative, jouant constamment les yeux fermés ou tourné vers l’orchestre, plutôt qu’une virtuosité « de parade ». Il ressort de cette intériorité une délicatesse attachante dans le mouvement lent, laissant ensuite se déployer une variété d’intentions empreinte d’allégresse dans le finale.

À la tête de l’, Victor Julien-Laferrière semble quant à lui, au contraire, s’inscrire dans une exubérance communicative. Dans la Symphonie n°45 en fa dièse mineur « Les Adieux » de Haydn, les contrastes des deux thèmes de l’Allegro sont particulièrement marqués par un jeu de nuances soutenu et fougueux, la direction s’amusant autant de l’effet de surprise dans le Menuet (le bécarre à la basse sonnant comme une fausse note), que de la délicatesse des cors solistes, sans oublier le célèbre départ échelonné des musiciens, pour ne laisser finalement sur scène que deux seuls violons (une autre facétie du compositeur). Avec la Symphonie n°38 de Mozart qui clôture la soirée, Victor Julien-Laferrière fait tout autant preuve d’abondance, cette fois-ci dans des effets autant gracieux que tragiques, propres au théâtre et à l’opéra.

Crédits photographiques : © Hervé Pouyfourcat ; et © Bernard Martinez ; ©

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Saint-Bertrand-du-Comminges. Cathédrale Sainte-Marie. 9-VIII-2022. Tomas Luis de Victoria (1548-1611) : Jesu dulcis memoria. Anonymes : México, Couvent de l’Incarnation ; Deus in adjutorium (à 5 voix) ; Misa Susanne un jour (à 5 voix) ; Kyrie, Glora, Alleluia, Credo, Sanctus, Agnus. Cristobal de Morales (1500-1553) : Antienne Misit Herodes (plain-chant) ; Magnificat du 6e ton (à 4 voix). Juan de Lienas (1617-1654) : Salve Regina (à 4 voix). Antonio Rodriquez de Mata (-1643) : Lamentations du Samedi Saint (à 4 voix). Juan Navarro Hispalensis (1530-1580) : Alma redemptoris Mater (à 5 voix). Ensemble Vox Cantoris

Saint-Bertrand-du-Comminges. Cathédrale Sainte-Marie. 22-VIII-2022. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Ouverture de Castor et Pollux ; Prélude de Dardanus ; Chaconne de Castor et Pollux. Giovanni Morandi (1777-1856) : Gran Sonata per organo a quattro mani. Samuel Wesley (1766-1837) : Duet for organ. Johann Christian Bach (1735-1782) : Keyboard duet op. 18/6. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Chaconne de la Partita BWV 1004. Olivier Vernet et Cédric Meckler, orgue à 4 mains

Saint-Gaudens. Collégiale Saint-Pierre. 29-VIIII-2022. Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n° 45 en fa mineur « Les Adieux ». Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto n° 3 pour violon ; Symphonie n° 38. Renaud Capuçon, violon. Ensemble Consuelo, direction : Victor Julien-Laferrière

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