Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Leçon de musique avec Lucile Richardot et Philippe Grisvard

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Metz. Basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains. 4-IX-2022. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : « La lezione di musica » H 547 ; toccata VIII pour clavecin ; « Sento nel core certo dolore » H 655 ; toccata terza pour clavecin ; « Al fin m’ucciderete ». Giovanni Bononcini (1670-1747) : « Rompi l’arco ». Anonyme (manuscrit florentin, fin 17e siècle) : toccata e passagagli pour clavecin ; preludio et passagagli pastorali pour clavecin. Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Philippe Grisvard, clavecin.

Dans un programme conçu autour des cantates pour chambre d’, et envoutent le public de la Basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains. Humour, légèreté et bonne humeur font souvent bon ménage avec sincérité, engagement et professionnalisme.


On estime à plus de 800 les cantates de chambre composées par , ce nombre pour le moins imposant s’expliquant en partie par l’interdiction papale, faite à Rome à partir des années 1690, de représenter une action scénique dans les théâtres de la ville. Ces pièces se donnent donc à entendre comme des mini-opéras de chambre, suivant le plus souvent les conventions d’écriture alors en vogue dans l’Italie du tournant du XVIIIᵉ siècle : alternances du récitatif et de l’air da capo, avec toutes les variantes et variations que l’on peut imaginer autour de ce schéma structurel fondamental. Écrites par Scarlatti pour voix et basse continue, c’est dans une version pour simple clavecin que et interprètent ces œuvres, ce dernier ayant fait le choix de jouer au clavecin seul la partie de basse continue, au lieu d’y adjoindre une basse d’archet et/ou un théorbe ou archiluth. C’est dire qu’avec un programme de près de deux heures entièrement conçu autour d’une forme musicale relativement peu connue, on pouvait craindre une certaine monotonie. Grâce aux choix avisés des deux interprètes, mais aussi en raison de leur humour décapant et de leur exceptionnelle science de la communication, il n’est guère question de monotonie tout au long de ce concert.

Le ton est donné avec le choix de la cantate « La lezione di musica », facétie musicale dont le texte verbal repose sur la mise en valeur de sept syllabes – do, re, mi, fa, sol, la, si – destinées à évoquer les notes de la gamme. Les explications savantes mais parfaitement accessibles de Philippe Grisvard permettent d’appréhender la dimension satirique et parodique de l’œuvre. On ne connaissait pas Scarlatti sous ce jour. Le ton est un peu plus sérieux avec la pièce « Sento nel core certo dolore », même si l’on perçoit un léger second degré dans la manière dont Lucile Richardot dépeint les excès exacerbés de la passion amoureuse et ironise délicatement sur la perception baroque des sentiments, générateurs à la fois de tourments et de délices. La cantate de Bononcini « Rompi l’arco », donnée en début de deuxième partie, permet quant à elle de faire entendre un style musical plus galant, celle de Scarlatti « Al fin m’ucciderete » permettant de terminer le concert sur une note véritablement empreinte de tristesse et de pathos. Les cantates sont entrecoupées de compositions pour clavecin, soit des œuvres de Scarlatti soit des œuvres anonymes récemment exhumées par Philippe Grisvard. On goûte tout particulièrement ces dernières, la liberté d’invention des passacailles contrastant agréablement avec les codifications plus marquées des pièces vocales. L’alto profond et cuivré de Lucile Richardot est l’instrument idéal pour ces cantates qu’elle sait varier et colorer avec un talent incomparable. L’art de conter un texte musical et la capacité à détailler les syllabes d’un italien étonnamment compréhensible ont pour contrepoint l’indéniable présence scénique d’une interprète qui, accompagnée d’un musicien avec qui elle est en parfaite osmose, sait créer en quelques instants un climat de connivence avec un public qui, pour un programme comme celui-ci, n’était pas nécessairement conquis d’avance.

Crédit photographique : Philippe Grisvard et Lucile Richardot © Vic Thomé

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Metz. Basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains. 4-IX-2022. Alessandro Scarlatti (1660-1725) : « La lezione di musica » H 547 ; toccata VIII pour clavecin ; « Sento nel core certo dolore » H 655 ; toccata terza pour clavecin ; « Al fin m’ucciderete ». Giovanni Bononcini (1670-1747) : « Rompi l’arco ». Anonyme (manuscrit florentin, fin 17e siècle) : toccata e passagagli pour clavecin ; preludio et passagagli pastorali pour clavecin. Lucile Richardot, mezzo-soprano ; Philippe Grisvard, clavecin.

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