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Esa-Pekka Salonen dirige l’Orchestre de Paris : de l’audace, de l’audace, toujours de l’audace…

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-IX-2022. Claude Debussy (1862-1918) : La Damoiselle élue, poème lyrique pour 2 voix de femme solo, chœur et orchestre ; György Ligeti (1923-2006) : Clocks and Clouds pour 12 voix de femmes et orchestre ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîlâ-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. Axelle Fanyo, soprano. Fleur baron, mezzo-soprano. Bertrand Chamayou, piano. Nathalie Forget, ondes Martenot. Chœur Accentus. Chœur de l’Orchestre de Paris. Chœur de jeunes de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Esa-Pekka Salonen

Colossal programme de musique « totale », vocale et instrumentale, associant Debussy, Ligeti et Messiaen, pour ce traditionnel passage d’ à la tête de l’.

Deux œuvres apparaissent, ce soir, pour la première fois au répertoire de l’, La Damoiselle élue de Debussy et Clocks and Clouds de Ligeti, suivies de la gigantesque Turangalîlâ-Symphonie de Messiaen. Un programme audacieux s’il en est !

Composition de jeunesse, la cantate La Damoiselle élue fut composée en 1887, après le séjour de à la Villa Médicis (Prix de Rome en 1884). Elle s’inspire du mouvement symboliste et plus particulièrement du poème éponyme du poète anglais Dante-Gabriel Rossetti nous contant les affres d’une jeune fille qui attend son amant au Paradis dans une longue litanie à la fois tendre et inquiète, symbole d’une union éternelle dans l’amour. Poème lyrique pour deux voix de femmes solo, chœur et orchestre, « sorte de petit oratorio dans les notes mystiques, un peu païennes » et dédiée à Paul Dukas, La Damoiselle élue déploie une longue cantilène aux cordes, méditative aux influences wagnériennes marquées, toute imprégnée de grâce, de délicatesse et de sensualité où se distinguent tout particulièrement de beaux contrechants, un solo de flute (Vicens Prats) et un solo de cor (André Cazalet) avant l’entrée de l’excellent chœur de femmes de l’Orchestre de Paris. Une pièce empreinte de fraicheur, de mystère et de charme mélodique un peu passéiste qui fait appel à une récitante (la mezzo-soprano ) dont les courtes interventions sont hélas pénalisées par un fort vibrato et une diction approximative, mais surtout à une soprano dans le rôle de l’élue, magistralement interprété par dont on admire tout à la fois le timbre cristallin et l’excellente diction, portée par le lyrisme de l’orchestre (cordes) et une orchestration opulente (vents).

Bien différente dans son esprit comme dans sa forme, bien que faisant également appel à la voix, Clocks and Clouds pour douze voix de femmes et orchestre de , composée en 1972 (période expérimentale) et inspirée d’un essai éponyme du philosophe Karl Raimund Popper, envoûte par ses sonorités hypnotiques qui se transformeront progressivement de la rigueur métronomique obstinée vers un conglomérat sonore onirique et statique où la texture s’affirme graduellement au détriment de la mélodie qui se délite : un processus de dissolution et de condensation (du métronome aux nuages) où se distingue l’impressionnant dont on admire la précision de la polyphonie dans l’entrelacement complexe des lignes de chant soutenu par la harpe, les cordes graves (altos et violoncelles) et les bois, avant que voix et instruments ne se fondent dans le silence originel.

La titanesque Turangalïlâ-Symphonie d’ occupe à elle seule la deuxième partie : une œuvre-monde gigantesque recrutant toutes les sonorités imaginables du grand orchestre, enrichi de nombreuses percussions, piano et ondes-Martenot dont nous donne une interprétation grandiose, magnifiée par l’acoustique de la Grande Salle Pierre Boulez. En réussissant à concilier ampleur orchestrale dans les nombreux tutti, sans saturation aucune, en même temps qu’il parvient à préserver la clarté de la texture mettant en exergue le foisonnement des timbres, le chef finlandais réussit une incroyable gageure qui restera assurément dans les annales de la Philharmonie de Paris. Composée entre 1946 et 1948, elle comprend dix mouvements bâtis sur l’enchevêtrement et la transformation de nombreux thèmes (pesant thème statue, caressant thème fleur, tritanesque thème d’amour et thème d’accords), où se disputent lyrisme et violence dans une pyrotechnie orchestrale haute en couleurs, chargée de variations rythmiques et de contrastes dont livre une interprétation enivrante, virtuose, aux sonorités inouïes, alternant tension et détente dans un flux continu d’où émerge régulièrement le piano tour à tour songeur ou percussif de ou les ondes Martenot, plus discrètes de : un pur moment de grâce !

Crédit photographique : © Patrick Swirc

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-IX-2022. Claude Debussy (1862-1918) : La Damoiselle élue, poème lyrique pour 2 voix de femme solo, chœur et orchestre ; György Ligeti (1923-2006) : Clocks and Clouds pour 12 voix de femmes et orchestre ; Olivier Messiaen (1908-1992) : Turangalîlâ-Symphonie pour piano solo, ondes Martenot et grand orchestre. Axelle Fanyo, soprano. Fleur baron, mezzo-soprano. Bertrand Chamayou, piano. Nathalie Forget, ondes Martenot. Chœur Accentus. Chœur de l’Orchestre de Paris. Chœur de jeunes de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Esa-Pekka Salonen

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