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Daphnis et Alcimadure, l’occitan à l’Opéra

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 12-X-2022. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) : Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne en un prologue et trois actes sur un livret du compositeur. Avec : Elodie Fonnard, Alcimadure ; François-Nicolas Geslot, Daphnis ; Fabien Hyon, Jeanet ; Hélène le Corre, Clémence Isaure. Chœur de chambre Les Eléments (chef de chœur : Joël Suhubiette). Orchestre baroque Les Passions, direction : Jean-Marc Andrieu

La huitième édition du Festival Passions Baroques à Montauban s’est faite remarquée par la recréation de Daphnis et Alcimadure, porté par un bien inspiré. Il fallait bien la grande salle du Théâtre du Capitole de Toulouse pour être à la hauteur de cet évènement.

L’Orchestre baroque de Montauban prône depuis 1986 un patrimoine musical régional. Quoi donc de plus naturel que de faire résonner au sein du Théâtre du Capitole de Toulouse le seul opéra en languedocien, soutenu par le musicologue Jean-Christophe Maillard qui établissait le catalogue des fonds musicaux des bibliothèques de Midi-Pyrénées ou encore Roberte Marchard qui y a consacré sa thèse ? Surprenante sur papier, finalement, cette langue occitane résonne naturellement à nos oreilles, s’apparentant facilement à la langue italienne dans les récitatifs, alors que se mêlent les codes de la musique française dans les airs et les chœurs en pleine Querelle des Bouffons – n’oublions pas que le compositeur assurait des fonctions à la Cour en qualité de sous-maître à la Chapelle Royale.

C’est à Fontainebleau devant le roi Louis XV que , dont on commémore les 250 ans de sa mort, présente sa pastorale languedocienne inspirée d’une des Fables de la Fontaine en transformant une fin tragique en dénouement heureux : l’union d’Alcimadure avec le berger Daphnis. C’est cette version originale qu’a choisi pour cette nouvelle production des Passions (co-produite par Les Eléments), avec la difficulté – habituelle pour les baroqueux – d’une partition où ne figurent que les parties de violons et de basses. Le chef d’orchestre a donc pris le parti de reconstituer une partie d’altos (pour 2 instrumentistes) et parfois de seconds violons. L’orchestration comprend également deux flûtes, deux hautbois et deux bassons, ponctués par l’intervention de deux trompettes et de deux cors, instruments anciens particulièrement maîtrisés par les deux musiciens. Pour dynamiser les danses, qui gardent toutefois leur caractère noble malgré l’univers pastoral de la pièce, plusieurs percussions ont été enfin ajoutées.

Les Passions portent bien leur nom tant les couleurs explosent et les couleurs de cette partition inventive foisonnent. C’est avec des tempi enlevés que Jean-Marc Andrieu mène vaillamment la soirée, l’énergie et la vivacité des cordes répondant à la fluidité des bois.

Le prologue, chanté par une d’une belle éloquence, s’inscrit dans la grande tradition médiévale occitane, en redonnant vie à Dame Clémence Isaure, personnage semi-légendaire de Toulouse qui aurait créé l’Académie des Jeux Floraux au XIVe siècle. Ce dessus chante l’amour avec une grâce et un plaisir communicatif, soutenu vaillamment par un chœur majoritairement composé d’hommes, qui se révèle homogène et offrant des phrasés précis tout autant qu’un chant clair et solide.

Le trio amoureux est porté par un admirable. Sa maîtrise du langage baroque, son phrasé séducteur, sa verve expressive et scénique affirment une détermination et une conviction évidentes pour placer le spectateur dans la confidence de cette trame délicieusement naïve. La salle rit grâce à lui, s’extase grâce à lui, et frappe aussi des pieds et des mains grâce à sa bonhommie que son rôle de jeune berger lui laisse le loisir de prendre sans détour.

Le joli minois d’ soutient le jeu de son compère avec un peu plus de réserve, un jeu conforme au personnage de jeune fille qu’elle interprète, que confirme un regard pétillant et malicieux. Le dessus se déploie musicalement avec beaucoup de sensualité grâce à des aigus angéliques dans « Gazouillats auzeléts » et une virtuosité élogieuse dans son grand air « Quand l’amour qol nous enflama ». La chanteuse sait aussi convaincre dans son jeu : son désarroi face à l’annonce de la mort – feinte ! – de son prétendant, nous brisant le cœur, démontrant la capacité de l’interprète à faire intelligemment évoluer son personnage.

(Jeanet) partage la conviction de ses confrères, jouant le frère paternel et pragmatique. Sa projection marquée lors de son évocation de la guerre fait la force d’un des moments les plus intenses de la soirée, même si le chanteur détient un beau sens de l’ironie en portant avec humour cette trame simple et séduisante.

Crédits photographiques : © Patrice Nin

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Toulouse. Théâtre du Capitole. 12-X-2022. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711-1772) : Daphnis et Alcimadure, pastorale languedocienne en un prologue et trois actes sur un livret du compositeur. Avec : Elodie Fonnard, Alcimadure ; François-Nicolas Geslot, Daphnis ; Fabien Hyon, Jeanet ; Hélène le Corre, Clémence Isaure. Chœur de chambre Les Eléments (chef de chœur : Joël Suhubiette). Orchestre baroque Les Passions, direction : Jean-Marc Andrieu

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